LA LETTRE DE JEAN A MGR DE LESQUEN
quel que soit le jugement que notre Saint Porc et les évèques en portent, nous n'hésiterons jamais (et d'avance vous en êtes bien sûr) à nous rattacher invariablement et uniquement aux décisions de ceux à qui il a été dit par la Vérité même : «Qui vous écoule m'écoute; qui vous méprise me méprise. » Je suis dans ces sentiments, etc(l). »
Mgr de Lesquen lui adressa, en effet, quelques bonnes paroles; mais, par suite d'une erreur à jamais regrettable (2), il publia à la fois, dans la Gazette de Bretagne, la lettre de Jean-Marie et sa propre réponse.
Il n'avait pas prévu que c'était précipiter la rupture entre Féli et son frère. Celui-ci comprit tout de suite la gravité de la situation, et il écrivit à l'abbé Goëdro : « Je suis désolé de la publication de ma lettre. . . C'est tout ce qu'on pouvait faire de plus cruel pour moi et de plus fâcheux pour Féli et pour l'Eglise. Désormais je ne pourrai plus rien pour le salut de l'un et pour épargner à l'autre. . . hélas! je n'ose achever. . . Oh! que la vit- nie pèse (3)! »
Que faire? Il voulut, encore une fois, s'adresser au bon cœur de Féli. Le 2'4 niai, il lui lit parvenir, de Saint-Brieuc, une lettre pleine de larmes, où son humilité et >;i droiture éclatent ;i chaque ligne.
«J'ai appris hier, disait-il. une chose qui me l'ail infiniment de peine, parce qu'elle peut t'en faire beaucoup à toi-même. Voici l'exacte vérité. L'évêque me pria, i! y a quinze jours, à I » ; i ï 1 1 - . auprès de Redon, de lui écrire une lettre au sujet de ton ouvrage, qu'il garderait dans son cabinet, et montrerait seulement aux personnes qui pourraient attaquer mes établissements à celte occasion. J'ai fait celle lettre le 10 mai, et j'ai dit que celle publication, dont je n'avais eu connaissance que par lès journaux,
1 Lettre 'lu lu mai 1834, citée par ttopartz, p. 353.
■i Deux missionnaires de Rennes, MM. Coëdro el Dinomais. étaient auprès de l'évêque lorsque lui lui remise la lettre de M. de la Mennais. Il- savaienl que, dans le premier moment, l'abbé Jean avait eu la pensée de laisser publier cette lettre, el ils afû'rmèrenl à Mgr de Lesquen qu'il lui en accordai! la. Faculté.
:; Lettre du 2" mai is:ii. citée par Ropartz, p. 355.
m'affligeait profondément, parce qu'elle foi-ail succéder des tempêtes nouvelles à des tempêtes heureusement apaisées; qu'au j'este <>n ne lisait ton livre dans aucune de mes maisons, et que le jugement que l'Eglise en porterait sciait le nôtre.
« Sans me demander mon consentement, et même sans m'en écrire, on a imprimé cette lettre et une réponse de l'évêque, que je n'ai reçue qu'après qu'elle a été rendue publique. Assurément, si je m'étais douté de cela, si cela s'était fait de concert avec moi, je le l'aurais dit tout simplement dimanche dernier, et je te connais trop bien pour craindre que tu m'eusses blâmé. Mais il résulte des explications ci-dessus que j'ai l'apparence de t'avoir fait un mystère de la conduite que j'ai cru devoir tenir; tu peux croire, de plus, que j'ai voulu faire un éclat, tandis que rien n'est plus faux. et. en vérité, rien ne serait plus lâche et plus odieux. On a abusé de ma lettre en lui donnant une publicité qu'elle ne devait pas avoir; j'en suis désolé, et j'en souffre, bien plus que tu n'en souffriras, sois en sûr : mon cœur est brisé. Je t'embrasse tendrement (1). »
Aulien d'acceptercesfranches explications, Féli répondit par une lettre semée de phrases méchantes, qiïi durent percer comme des dards envenimés le cœur du pauvre Jean. « Si je m'afflige de ceci, osait-il lui écrire, c'est pour loi et non pour moi... Comment dire : J'ai bien voulu faire ceci ou cela en secret, mais non en public? (le serait une houle de pins. Puisqu'il faut, quoi qu'on lasse, toujours souffrir en ce monde, je préférerai toujours, pour mon compte, les souffrances qui ne laissent pas de regret, les souffrances qui ne tachent point (2).»
('elle lettre était d'autant plus injustifiable, que Féli appréciait parfaitement la position de son frère, et qu'il excusait sa conduite vis-à-vis de ses correspondants laïques (3).
(1) A. Blaize, Œuvres inédites, etc. t. II. p. 142.
3 Voici ce qu'il écrivait, le 'M) juin 1834, au marquis de Coriolisj qui lui avait exprimé son étonnement de la conduite île son frère : « Je veux d'abord vous dire au sujet de mon frère, que, sauf un peu de