VOYAGE A PARIS
cette disposition s'est changée en une inaltérable douceur (1). »
Jean-Marie était descendu au séminaire des Missions- Etrangères. Un matin, dans la chapelle de la maison, il s'avance pour servir la sainte messe. La voix du prêtre au Confiteor réveille en lui des souvenirs lointains. Chaque fois que le Dominus vobiscum place sous ses yeux les traits du célébrant, il croit mieux fondé un soupçon que la dernière bénédiction change en certitude.
« C'est bien mon évoque, se dit-il. »
La messe terminée, il précède le prélat à la sacristie, puis, tombant à ses pieds : « Ah ! s'écrie-t-il, vous êtes bien, n'est-ce pas, Monseigneur de Pressigny?
— Oui, reprend l'évèque, mais vous, Monsieur, qui êtes-yous doue ?
— Monseigneur, je suis Jean-Marie! »
L'évèque de Saint-Malo retrouvait, après tant d'années de séparation, son enfant de chœur de la Chesnaie. Ce fut un moment de douce effusion. Les larmes de M. de- la Mennais disaient encore, dans sa vieillesse, ce qu'avait été pour lui le nouvel embrassement du pontife.
Bientôt Mgr de Pressigny sut quelle grâce son diocésain venait implorer de lui. Il fallait se hâter. Pour le bien de l'Eglise, le pape avait dû supplier l'évèque de Saint- Malo, comme tous les prélats français, de renoncer à son siège, et l'acte de démission allait être envoyé dans quelques jours. L'ordinand serait placé désormais sous la juridiction de l'évèque de Rennes. Mais quand le siège de Rennes serait-il pourvu d'un évèque légitime? Personne alors ne le pouvait prévoir.
Mgr de Pressigny prit le parti d'user immédiatement du droit qu'il avait encore de conférer les ordres à son diocésain : « Après-demain, lui dit-il, je ne serai plus l'évèque de Saint-Malo. Je le suis encore, et je tiendrai la parole que je vous donnai autrefois, à la Chesnaie. Si je ne vous
1 Cité par l'autour du volume intitulé : Un (uni de l'enfance au XIX siècle : l'abbé J.-M. de la Mennais, p. 21.
fais pas prêtre, je puis du moins vous ouvrir les portes du ■sanctuaire. Vos études ont-elles été suffisantes? »
Jean-Marie rendit compte à son évêque, avec la sincérité d'un entant, de l'emploi de son temps depuis le jour où il avait reçu le sacrement de confirmation. Le prélat reconnut que cette âme énergique était mûre pour la grâce de l'ordination : « Puisqu'il en est ainsi, lui dit-il, et que le temps presse, préparez-vous. Demain je vous ferai sous-diacre. »
L'ancien servant de messe allait donc déposer les vœux de son sous-diaconat aux pieds du pontife qui avait reçu les promesses de ses dix ans.
C'était le 2\ décembre 1801. La chapelle d'un couvent d'Ursulines était le lieu choisi pour la cérémonie. En s'y rendant avec le jeune homme, Mgr de Pressigny eut l'idée <le soumettre à une dernière épreuve sa foi et sa vertu. On passait devant l'église des Carmes de la rue de Vaugirard, teinte encore, après neuf ans, du sang des martyrs de septembre.
« Ici, dit l'évêque, une foule d'ecclésiastiques et de religieux ont été sabrés et fusillés en haine de la religion, il y a quelques années. Voici les traces du massacre, voici les ossements des victimes, [.es bourreaux vivent encore; pensez-vous, mon lils. qu'ils ne recommenceront pas?
— Ils peuvent recommencer, Monseigneur. En Bretagne, j'ai vu des prêtres monter sur L'échafaud. Ce spectacle a fait naître les premiers germes de ma vocation. Le triomphe de la religion est une cause pour laquelle je serais heureux de mourir. . .
— J'attendais celle réponse, dit l'évêque ; je vous avais bien jugé, mon (ils ! »
Quelques heures après, Jean de la Mennais était sousdiacre. Mgr de Pressigny lui avait conféré successivement, et dans une même cérémonie, la tonsure, les ordres mineurs et le premier des ordres sacrés.
Jean-Marie rentra aux Missions-Etrangères. Il était désormais obligé à réciter L'office divin. Cette fonction exige, on le sait, une certaine initiation. L'aspirant au