‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 30 sur 270 · LE SOUS-DIACONAT · texte numérisé non relu

LE SOUS-DIACONAT

sous-diaconat doit prendre soin, tout d'abord, d'étudier les rubriques du bréviaire. Or, le pauvre ordinând n'avait eu personne pour le guider dans celte délicate matière, et il était parfois embarrassé,

Un jour, il aborde, à la sacristie, un vieux prêtre au visage sévère, et le consulte sur l'ordre à suivre dans la récitation de ses [trières.

« Vous dites le bréviaire, monsieur; à quel titre?

— Monsieur, je suis sous-diacre.

— Quel est le téméraire qui vous a fait sous-diacre sans que vous sachiez dire voire bréviaire ?

— Monsieur, reprend Jean-Marie avec assurance, c'esl Mgr de Pressigny. Il a dû céder à la difficulté des temps et m'ordonner au premier moment libre. Il comptait sur la charité de mes aines pour m'enseigner les rubriques. »

Le respectable bourru, d'abord scandalisé par l'apparente légèreté d'une ordination précipitée, s'inclina devant l'autorité de l'évêque de Sainl-Malo, et donna le renseignement demandé.

Il tardait à M. de la Mennais de revoir la Bretagne. « La moisson est grande, mais les ouvriers sont peu nombreux (4). » Plus que jamais les événements donnaient raison à cette parole du Maître. Jean-Marie avait compris que choisir pour emploi de sa vie le travail sacré de la moisson de Dieu, c'est choisir la meilleure part, et, à peine enrôlé dans la milice cléricale, il brûlait de consacrer aux âmes ses forces et sa vie.

La Révolution est achevée; il s'agit de relever les ruines qui couvrent le sol breton. Le clergé a été décimé par la persécution et l'exil. Plus d'écoles ecclésiastiques; plus de séminaire diocésain. Seuls, quelques vieux prêtres, malades et pauvres, entourentles autels dévastés. Gomment donner à ces vieillards des aides et des successeurs? Cette préoccupation assiège depuis longtemps les deux maîtres vénérés de l'abbé Jean : M. Engerran et M. Vielle.

Confident de leurs desseins, le jeune homme leur a

(1) S. Matth. IX, 37.

promis depuis longtemps son concours. Avant même d'être prêtre, il travaillera à former des prêtres.

Mais comment quitter Paris? Dans la situation irrégulière où il se trouvait, obtenir un passe-port était chose difficile. La sainte Vierge, qu'il avait toujours beaucoup aimée, lui aplanit les voies. 11 s'était décidé à solliciter des autorités la pièce officielle, et, un samedi, après avoir longuement récité son chapelet, il attendait le moment de présenter sa requête, lorsqu'un passe-port lui fut remis en bonne et duc forme, sans qu'il l'eût réclamé, et sans qu'il ait jamais su quelle main le lui avait procuré.

Quelques jours après, il était à Saint-Malo (1). Il trouva M. Vielle entouré de quelques jeunes gens, auxquels il donnait, à domicile, des leçons de latin. De son côté, M. Engerran essayait de discerner des vocations ecclésiastiques parmi les enfants que la Providence plaçait sur son chemin.

Le zélé chanoine qui. avant la Révolution, joignait aux fonctions de précepteur du chapitre (2) celles de desser-

L) L< is conseils île Mgr de Pressigny restaient le thème de ses méditations, el conime l'aliment de sa pieté. Voici une lettre inédite qu'il adressa à son ancien évêqùe, quelques jours après son arrivéeà Saint-Malo : « En vous quittant, je nie suis dit que je n'avais d'autre moyen de reconnaître les bontés dont vous m'avez honoré el toutes les obligations que je vous ,-ii, qu'en çonservanf toute ma vie l'inébranlable volonté de suivre vos conseils el de pratiquer les devoirs de l'état saint que j'embrasse. c'est pour moi une grande satisfaction que d'y avoir été consacré par VOS mains, comme je le desirais tant, .l'en remercie la divine Providence, en l'adorant, en la bénissant du bonheur doni je jouis. Après elle, c'est à vous, Monseigneur, que je le dois; je ne l'oublierai jamais. Je vais tâcher de me mettre en état de mériter \\n jour de plus grandes grâces encore. Je n'ai point d'autre désir. Je sais que, pour cela, il Tant marcher de vertus en vertus, sans regarder en arriére. Ceux à qui j'ai remis vos Lettres, MM. Engerran et Vielle, m'y aideront. J'attends tout de leur bienveillance et de leur tendre amitié. Ils ont pour moi les soins d'un père, pour sou enfant: je les honore et je les aime comme si j'étais leur fils. Ma famille ne m'a entretenu que de vous. .Monseigneur, et nous avions bien du plaisir dans cet entretien. Je me suis chargé auprès de vous de la reconnaissance de tous, car il n'y en a pas un qui ne la sente et qui ne partagé mon bonheur. » — Archives des Frères.

2 Le précepteur du chapitre, à Saint-Malo, était le supérieur d'un véritable collège ecclésiastique, — Voir Guillotin de Corson, Pouillé historique de larehevêché de Rennes, t. III, p. i66.

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