‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 31 sur 270 · RETOUR A SAINT-MALO · texte numérisé non relu

RETOUR A SAINT-MALO

vaut de la chapelle de Notre-Dame-des-Ànges au faubourg du Marais, avait accepté, à l'âge de plus de soixante ans, l'humble poste de vicaire à la cathédrale, et il ambitionnait maintenant de former une école cléricale.

Toutefois, rien de durable n'était fait encore. Tout se réduisait à des efforts isolés. On n'avait ni ressources, ni local suffisants pour fonder même un rudiment de collège. Il fallait attendre l'heure de Dieu.

Le jeune sous-diacre ne laissa point s'écouler siins profit pour son àme les quelques mois qu'il dut passer dans sa famille. L'abbé Jean n'oubliait point qu'il n'avait pas fait d'études régulières, et que, malgré son application des années précédentes, il lui restait beaucoup à apprendre.

Mgr de Pressigny lui avait conseillé de passer une année à Saint-Sulpice, sous la direction du vénérable M. Duclaux. Il n'avait pas accédé à ce désir, parce que MM. Engerran et Vielle pouvaient, d'un jour à l'autre, avoir besoin de lui; mais il comptait bien, en attendant l'heure fixée pour l'action, continuer chez lui sa vie fervente de séminariste. Le règlement de la Société du Cœur de Jésus lui devait être une sauvegarde.

De Paris, d'ailleurs, son ancien évèque suivait ses travaux théologiques. « Je vois avec satisfaction, lui écrivaitil en 1802 (1), que vous n'avez pas perdu le goût que vous m'aviez paru avoir pour les bons livres. Vous ne pouvez rien lire de meilleur sur tout ce qui concerne l'autorité de l'Eglise et les moyens de repousser les sophismes des hérétiques, que le Traité 'des prescriptions de Tertullien et les petits traités de Nicole dont vous me parlez (2). »

Ces graves études, alternant, comme au séminaire, avec des exercices de piété parfaitement réglés, ne lui

1 m décembre.

2 Cité par Ropartz, La Vie et Ls Œuvres de J.-M. Hubert de la Mennais, p. 30.

font pas oublier ce qu'il doit à ses proches. Nous l'avons déjà vu triompher, à forée de zèle, de l'indocilité de son frère Féli. C'est maintenant auprès de son père qu'il essayera la vertu d'un apostolat aimable autant que discret.

L'armateur vient de s'embarquer, avec son lils Louis, pour un long voyage sur les cotes d'Espagne. On s'est arrêté à Paris, et le frère aîné de l'abbé Jean lui communique, avec une naïveté qui n'est pas sans charme, ses premières impressions sur les hommes et les chosi s de la capitale ( l).

Quelques jours après, on est en mer.

M. Pierre-Louis de la Mennais avait l'esprit ouvert à toutes sortes de questions, et ses dernières conversations avec son tils Jean lui avaient donné le goût des controverses religieuses. Il résolut de reprendre, dans les loisirs du bord, les discussions qui l'avaient passionné à Saint-Malo, et il se mit à écrire au jeune abbé de longues lettres, parfois pétillantes d'esprit, toujours pleines d'observations et de bon sens (2).

La philosophie du brave négociant, très humaine, mais un peu terre à terre, demandait à être complétée et élargie

1 Nous citerons quelques passages de refle lettre, la seule probablement qui subsiste ilu jeune Louis de la Mennais: « Je profite, mon cher Jean, (l'un moment de répit pour te donner île mes nouvelles, et répondre au petit mot que tu avais mis pour moi au pied de la lettre de .Marie. J'ai vu avant-hier Bonaparte à la parade. Le premier consul riait sur un cheval blanc de toute beauté et richement enharnaché. 11 n'avait qu'un simple li.ihit vnt d'uniforme de cavalerie, avec deux épaulettes à gros grains et, un chapeau à trois cornes tout uni et sans galons. Il est très petit et jaune, mais je te charge de dire ,-i papa Mennais que le buste qu'il a sur sa cheminée est ressemblant, c'est-à-dire qu'il se rapproché beaucoup pour les traits, quoique l'ensemble ne soit pas tout à fait le même. Nous allons aller voir un de ces jours M. de Pressigny; mais papa est si surchargé d'affaires, qu'on ne sait auquel entendre. Nous le rencontrâmes avanl hier dans la rue S'-IIonoré. Il venait pour nous faire une visite. Je l'assure qu'on ne le prendrait pas pour un évoque à son costume, car il est habillé on ne peut plus simplement, etc. » Lettre inédite. — Archives des Frères.

2 On en jugera par l'extrait suivant. Jean et Féli lui avaient vahté le, avantagea de la conformité au hou plaisir divin. « Rien de si vrai. répondit-il, que ce que vous dites de la Providence, et en même temps de si consolant; mais cette résignation parfaite à ses décrets est fort rare. Ne l'a pas qui veuf. . . .

« Les réflexions chrétiennes peuvent adoucir les maux de l'homme, mais . non pas l'empêcher de souffrir plus ou moins, selon son caractère et son

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