‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 35 sur 270 · I.A CONVERSION DE F KM · texte numérisé non relu

I.A CONVERSION DE F KM

Conscient de l'influence qu'il avait recouvrée sur cette âme inquiète; préoccupé d'ailleurs de sa mobilité, l'abbé Jean résolut de fixer auprès de lui, s'il était possible, cet ancien prodigue, et négocia son entrée comme professeur au collège de Saïnt-Malo.

( lette entrée était facile : le nombre des élèves augmentait de jour en jour, et les maîtres pliaient sous le fardeau. On confia à Féli l'enseignement des sciences. Le personnel était désormais au complet, pour longtemps du moins Voyons la part de travail qui revenait à l'abbé Jean

L'œuvre s'abrite toujours sous le toit de M. Engerran. Toutefois, il est devenu impossible de recevoir, à titre de pensionnaires, tous les élèves qui affluent de Saint-Malo et des environs. Ceux dont les parents habitent la ville sont admis comme externes; les autres, et principalement les idèves en théologie, qui inspirent plus de confiance, sont confiés, pour la nourriture et le logement, à d'honnêtes familles : « Tous ceux de la campagne voisine, écrit M, Meslé de Grandclos, sont fixés en ville comme « chambriers. » Leurs parents leur envoient de petites provisions de beurre, lard, etc., par ceux qui viennent au marché (I). »

Ces jeunes gens se rendent, pour les classes, au logis de .M. Engerran, et se réunissent, pour les exercices religieux, dans une modeste chambre de la maison transformée en chapelle.

Les étudiants en théologie, quoique peu nombreux encore, sont d'âge très différent, de culture 1res inégale. Le professeur est obligé de les diviser en plusieurs sections, ce qui l'oblige à faire jusqu'à [rois cours par jour.

Quiconque a enseigné ces difficiles matières sait avec quel soin il faut préparer une classe de théologie pour la rendre vraiment utile à déjeunes esprits peu familiarisés

1 Lettre inédite. — Archives des Frères.

avec les sublimités du dogme ou les complications des cas de conscience.

L'abbé de la Mennais avait l'esprit net, l'élocution facile, l'exposé limpide. Personne ne professait plus d'horreur pour le vague ei l'a peu près. Ces dispositions native- se développèrent merveilleusement au contact de ces intelligences un peu frustes, qu'il fallait bon gré mal gré éclairer et élargir. 11 dut peut-être à ces exercices obscurs les qualités qui firent de lui plus tard un maître de la parole.

Du reste, en dehors même de ses cours et sans sortir du collège, les occasions ne lui manquaient point de se former à l'éloquence. On prêchait chaque dimanche dans l'étroite chapelle. Lorsque c'était le tour de l'abbé de la Mennais, les écoliers de sixième, aussi bien que les étudiants en théologie, se rendaient au sermon comme à une fête. Ce n'est point pourtant que le jeune prêtre s'exerçât, comme tant de prédicateurs novices, au rôle de virtuose littéraire. Il savait que quiconque a reçu la redoutable charge de parler au nom de Dieu doit se proposer d'éclairer et non d'éblouir, sous peine de voir sa parole frappée de stérilité. Aussi quelle plénitude de doctrine et en même temps quelle simplicité, quelle onction dans ses premiers essais!

Il nous a été donné de parcourir ces pages jaunies, conservées pieusement dans les archives des Frères de Ploërmel. Plus d'une, aujourd'hui encore, pourrait être consultée avec fruit par des prêtres vieillis dans le ministère de l'éducation. Outre les qualités déjà signalées, on remarque dans ces compositions un caractère pratique, qui dut en faire la puissance et en explique le succès.

L'abbé de la Mennais révèle tout d'abord sa clairvoyance par le choix même des sujets. La Révolution a détruit les écoles et chassé les prêtres. Les enfants de dix à quinze ans qu'il a sous les yeux n'ont assisté qu'à de rares catéchismes faits à la dérobée; tout au plus ontils reçu dans la famille quelque rudiment d'instruction religieuse. 11 faut établir sur une base solide la foi qui devra guider leur vie entière. Dans ce but. le jeune pro-

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