MINISTERE AU COLLEGE
fesseur leur fera d'abord une série de conférences très simples, très claires, très doctrinales, sur la foi, le baptême et les diverses cérémonies qui accompagnent la collation de ce sacrement.
D'autre part, ces enfants aspirent plus ou moins à la vie parfaite. Plusieurs deviendront prêtres. On les fait assister quotidiennement à la messe; mais pour combien la vue répétée de cette grande action deviendrat-elle. si Ton n'y prend garde, un vulgaire spectacle ! L'abbé de la Mennais se défie de la routine. Pour la combattre, il adressera à ses enfants une suite d'allocutions aussi instructives que pieuses sur la liturgie du Saint Sacrifice. Il fera de même pour tous les sacrements auxquels ses élèves devront participer.
Ce n'est pas tout. Le prédicateur, serait-il un prodige de science et de piété, ne sera vraiment utile que s'il sait se faire écouter jusqu'au bout. Il faut être fort bien doué pour intéresser pendant plus d'une demi-heure un auditoire d'adultes. A moins que l'orateur n'ait, de temps à autre au moins, le mens divinior (1), la fatigue et la distraction gagnent vile les mieux disposés. Que dire des petites tètes de douze ans, condamnées à subir des sermons de trois quarts d'heure, comme on les faisait en ce temps-là? L'abbé de la Mennais comprit tout <ii' suite qu'il fallait rompre avec la tradition. Ne pas dépasser vingt minutes, telle fut désormais sa règle. Il reconnut aussi qu'il y avait lieu de rajeunir la prédication du dernier siècle, et, sans briser le moule classique, il s'appliqua à mettre dans ses compositions de la variété, du mouvement, de la vie.
Lorsqu'il devait exposer nue théorie plus ardue que de coutume, il usait d'un procédé ingénieux pour soutenir jusqu'au bout l'attention dé son petit monde. Il choisissait un ^\v> plus intelligents parmi les écoliers, et le dressait à lui faire, en pleine chapelle, des objections dont il lui donnait, bien entendu, la formule. Ces confé-
(1 Le feu sacré.
ronces dialôguées, dans lesquelles sa verve spirituelle le servait aussi bien que ses vastes connaissances, obtenaient toujours un vif succès.
Tel était le ministère pénible, mais consolant, que M. de la Mennais exerçait au collège, lorsque l'autorité épiscopale vint lui imposer un surcroit de devoirs et de. responsabilités. Le 3 novembre 1804, Mgr de Maillé, sans lui ôter ses fonctions de professeur, le nommait vicaire à la cathédrale. Si grande était la pénurie de prêtres, que le prélat se voyait contraint de surcharger les plus vaillants. Il s'agissait simplement, il est vrai, de soulager M. Engerran, auquel le jeune prêtre était adjoint en qualité de vicaire suppléant. Le vieillard devait lui céder, avec la plus lourde part de son travail, la moitié de son modique traitement.
Ce que fut M. de la Mennais comme vicaire, il est facile de le deviner par ce que nous savons déjà de l'ardeur de son zèle, de son talent de parole et de ses aptitudes comme organisateur.
Le clergé de Saint-Malo avait besoin d'une pareille recrue. Il était composé d'hommes de mérite, assurément, mais affaiblis par l'âge ou les privations de l'exil, et incapables de faire face aux besoins d'une paroisse populeuse, plus avide que jamais des consolations de la foi. Nous connaissons M. Engerran. Le curé nommé à l'époque du concordai était M. Le Saout, ancien vicaire de la cathédrale avant la Révolution. II était lié avec la famille de la Meuuais, et il accueillit à bras ouverts son jeune auxiliaire. Celui-ci devait lui fermer les yeux en 1811.
Avec M. Engerran, l'abbé Jean avait comme collègues M. l'abbé Masson, dont nous ne savons rien, et M. Le Joliff, un de ces héroïques prêtres qui, sous la Terreur, se cachaient dans les greniers* ou, pour fuir les visites domiciliaires, s'enfuyaient, de toit en toit, par les gouttières des petites rues. Il dut s'établir de bonne heure