‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 46 sur 270 · PLAN D'ACTION SACERDOTALE · texte numérisé non relu

PLAN D'ACTION SACERDOTALE

Nous savons avec quel intérêt Jean de la Mennais avait suivi, à Paris, le rétablissement des congrégations île la sainte Vierge.

La haute estime en laquelle il tenait ces œuvres d'apostolat devait laisser des traces dans le livre des Réflexions. « Le bien qu'ont fait les missions, dit-il, les congrégations le conservent, et l'on ne saurait trop recommander ces pieuses associations, où la ferveur de chacun s'accroît de la ferveur de tous; où une heureuse émulation de sainteté s'établit entre les personnes de même âge et de même condition, unies par les liens d'une charité mutuelle et. par une touchante communauté de prières et de bonnes œuvres; où la faiblesse trouve un appui, l'inexpérience un guide, l'inconstance un frein, et toutes les vertus des modèles (1). »

Ces observations, nous l'avons vu, ne devaient point rester lettre morte. Jean de la Mennais ne fut jamais un idéologue. Son coup d'œil était rapide et juste, et, ses plans une fois dressés, il en poursuivait l'exécution sans repos ni trêve. Les congrégations sont utiles au relèvement et au maintien de la piété, donc il en établira partout où son activité trouvera le champ libre. Et ainsi de toutes les œuvres qu'il préconise dans la deuxième partie des Réflexions.

C'est ce qui fait pour nous l'intérêt spécial de ce livre, et justifie cette longue analyse. Toute la vie de Jean de la Mennais est dans ce programme de réformes qu'il propose au zèle de ses confrères. Lorsque nous le verrons établir à Saint-Brieuc des retraites ecclésiastiques, organiser des missions dans toute la Bretagne, créer un institut de Frères et un autre de religieuses enseignantes destinés à l'instruction des enfants du peuple, fonder une congrégation de prêtres pour l'enseignement supérieur de la théologie et des lettres, il nous sera facile de reconnaître dans toutes ces grandes œuvres

1 Ibid., p. 140.

JEAN-MARIE DE LA MENNAfS

la réalisation de ses projets de 1807. Aucune vie n'embrassa une plus grande variété de travaux; aucune ne se déroula dans une plus admirable unité.

La brochure des Réflexions, composée à la Chesnaie pendant les loisirs forcés des deux frères, ne parut qu'en 1808. Elle n'était pas signée. Peut-être les auteurs craignaient-ils de braver les susceptibilités d'un pouvoir ombrageux, qui voyait partout des indices de rébellion et ne craignait rien tant qu'une parole libre. On avait eu so;n, il est vrai, de payer le tribut obligé « au grand homme qui avait rendu à la France son bonheur ». Mais, on lisait aussi dans le mémoire que les conciles provinciaux ne sauraient inspirer de défiance raisonnable à un prince « qui n'aurait pas le secret dessein d'envahir l'autorité spirituelle ».

Des critiqués intéressés crurent voir dans cette phrase un blâme plus ou moins voilé des entreprises de Napoléon contre Pie VII. Il n'en fallut pas davantage aux Argus du temps. Fouché, qui dirigeait la police impériale, supprima l'ouvrage. Il devait être réimprimé en 181 i, et susciter alors un mouvement d'opinion favorable aux réformes demandées. On en donna une nouvelle édition en 1819. Il parut, à cette date, sous le nom de Félicité de la Mcnnais, et, depuis lors, on le lui a généralement attribué (1).

Ceci nous amène à rechercher la part de chacun des deux frères dans ce travail. Selon certains biographes de Féli, la rédaction est du célèbre écrivain. D'autres critiques pensent qu'il faut accorder à Jean une part prépondérante dans l'ensemble de l'œuvre.

Disons tout de suite que, parmi ces derniers, on compte

1 M. Spullervoil dans ce travail « le vrai point do départ» de l'écrivain. — (Lamennais, El mie d histoire politique et religieuse, p. il).

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