‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 52 sur 270 · PROJET D'HISTOIRE ECCLESIASTIQUE · texte numérisé non relu

PROJET D'HISTOIRE ECCLESIASTIQUE

à concevoir le plan d'une nouvelle Histoire ecclésiastique.

C'est dans cette vue que, tout d'abord, les deux frères entassèrent a la Chesnaie notes et documents sur toutes les époques de la vie de l'Eglise. Lorsque les événements les obligèrent à circonscrire le champ de leurs recherches, ils remirent à plus tard celte grande œuvre, sans y renoncer absolument. De fait, ils ne purent ni l'un ni l'autre la conduire à bonne fin; mais leur initiative ne resta pas inféconde. Deux de leurs disciples, MM. Rohrbacher et Blanc, ont repris le travail à peine ébauché, et de leur plume sonl sortis deux ouvrages d'inégale étendue et d'inégal mérite, qui, malgré des lacunes inévitables, ont contribué pour une large part à propager en France le- doctrines romaines (1).

La Tradition de VEglise sur l'institution des évêques restera le meilleur titre littéraire de l'abbé Jean de la Mennais", et le témoignage éloquent de ce qu'il aurait pu faire dans le domaine de l'apologétique et de l'histoire, h les œuvres extérieures de zèle ne l'avaient repris trop lût, pour l'absorber jusqu'à la fin.

Avant même que sa santé fût rétablie, il avait dû repartir pour Saint-Malo, et c'est parmi les tracas d'un collège que fut achevé son grand ouvrage.

M. Vielle, ù la fois vicaire, professeur de théologie et surveillant de tous les élèves el de tous les ordinands, pliait sous le fardeau. Coûte que coûte, l'abbé Jean voulut se porter à -"ii secours. En décembre 1N07, il quittait la Chesnaie.

11 y avait accompli deux grandes œuvres. Avec l'aide île son frère, il avait, dans de savant- el vigoureux écrits, combattu l'esprit révolutionnaire qui, depuis la fin du dernier siècle, tendait sans cesse à s'insinuer dans l'Egl ise : il avait surtout donné au catholicisme un défenseur de premier ordre dans la personne de son frère lui-même.

Ce sont ces deux années de la Chesnaie qui firent de Félicité de la Mennais un écrivain religieux. Longtemps

1 L'Histoire universelle de l'Eglise catholique, par l'abbé l;"!;r)>acher et le Cours d'histoire ecclésiastique de l'abbé lilanc.

tourmenté par le doute,, revenu aux pratiques catholiques dans les circonstances que nous avons rappelées, il cherchait encore sa voie, lorsque la Providence le conduisit dans la solitude, auprès de son aîné. Il se mit à lire la Bihle, les Pères, les historiens du catholicisme, et il se sentit philosophe chrétien.

Ce n'est pas tout. Les prières de l'abbé Jean, et plu* encore ses exhortations tendres et discrètes, disposèrent son âme à l'action de la grâce, si bien qu'au bout de peu de temps, le néophyte songeait à devenir prêtre (1). Nous raconterons au chapitre suivant ses premiers pas dans la carrière cléricale.

Le prêtre capable d'inspirer de telles résolutions à une âme que l'orgueil avait déjà possédée et devait finir, hélas ! par dominer, n'était certes pas un directeur vulgaire. Il était loin de s'attribuer un si heureux changement; mais, tout en rapportant à Dieu ce don de sa miséricorde, il en jouissait avec ravissement. « Ce cher Féli est pieux comme un ange, » écrivait-il à l'abbé Brute.

C'est dans cette union des coeurs pour l'avancement du règne de Dieu que les deux frères retournèrent à Saint-Malo.

En quittant le cabinet de travail de la Chesnaie, Jean de la Mennais disait adieu au calme studieux, mais non à la vie d'étude. Désormais l'action extérieure l'absorbera, au point de lui rendre difficile une œuvre littéraire un peu étendue ; mais il conservera jusqu'à ses derniers jours le goût du travail intellectuel et cette ardeur pour la science sacrée dont la magnifique bibliothèque de Ploërmel demeure un témoignage imposant.

La Chesnaie restera, d'ailleurs, l'asile du haut savoir. Elle connaîtra plus tard, grâce à la réputation de Féli, des années pins brillantes que celles de 1806 et 1807. Aucune ne sera plus féconde.

I II semble que ses premières velléités dans ce sens liaient de l'année 180C). Cf. A. Roussel, Lu mennais à la Chesnaie. iîevr.e du monde eatholique, n" du 15 août 1900, p. 416.)

Page 1