‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 89 sur 270 · LÀ RETRAITE ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

LÀ RETRAITE ECCLÉSIASTIQUE

Avant d'étudier à fond les besoins du diocèse, M. de la Mennals résolut de s'assurer le concours du clergé en prenant directement contact avec lui. Il n'y avait pas eu de retraite ecclésiastique depuis la Révolution. Le grand vicaire invita tous les prêtres qui pourraient quitter leurs paroisses à se réunir au grand séminaire pour le mois de juillet 1816. Un missionnaire originaire de Saint-Malo, l'abbé Gilbert, dont l'éloquence et le zèle avaient fait merveille en Angleterre pendant l'émigration, prêcha l'ouverture de la retraite.

Quelle émouvante réunion que celle de ces vieillards dont beaucoup ne s'étaient point revus depuis le séminaire! Quelle joie de se retrouver au seuil de la tombe, après des événements qui devaient les séparer pour toujours, et comme ils durent chanter de bon cœur YEcce quam bonum et quam jucundum des années lointaines!

Quelques-uns, hélas! avaient faibli pendant les jours mauvais. Réconciliés en toute hâte par Mgr CafTarelli, ils n'avaient pas tous donné au diocèse les gages publics de pénitence que réclamait l'opinion (1). A force de zèle et de prudence, M. de la Mennais obtint d'eux toutes les déclarations désirables.

Les curés les plus estimés du diocèse, choisis par les soins du grand vicaire dans la région de Saint-Brieuc et dans celle de Dinan, avaient, de concert avec M. Gilbert, exhorté et confessé leurs confrères. C'était un délicat hommage rendu à leurs lumières et à leurs vertus. Tous se retirèrent renouvelés dans la grâce de leur sacerdoce, rajeunis pour de nouvelles luttes, profondément] reconnaissants au prêtre, qui, en soutenant jusqu'au bout les saintes ardeurs des uns, avait assuré aux autres le pardon de l'Eglise et la paix de leurs derniers jours.

1 " L'installation «le l'évêque ne pouvait avoir lieu qu'au préalable la réunion des deux clergés u'ei'it été consommée. A cette fin, ils furent convoqués chez le prélat, où le préfet se rendit. M. Courcoux, depuis curé de la cathédrale, homme de tète et très instruit, voyant rapprochés les éléments de cet amalgame, dit très haut, en entrant dans la salle : «Mauvaise besogne que tout cela! » — .Mémoires du chanoine Lesage, t. I, p. "ï.'j.

Un pareil succès ne pouvait qu'encourager le grand vicaire. Il convoqua à Saint-Brieuc, pour le mois de septembre, tous les prêtres qui n'avaient pu assister à la première retraite. Cette seconde réunion fut plus imposante encore que la première. Cette fois, M. de la Mennais voulut diriger lui-même les exercices. Nous avons seulement son discours d'ouverture. C'est une simple exhortation d'un caractère exclusivement pratique, dans laquelle la modestie du ton n'exclut ni l'autorité, ni la vigueur.

Au cours de la retraite, une fois maître de son auditoire, il n'hésita pas à entretenir ses confrères de ses préoccupations et de ses espérances au sujet de l'enseignement primaire en Bretagne. C'est la première révélation de l'idée féconde qui allait bientôt faire surgir du sol breton des écoles par centaines.

Les exercices se terminèrent par une émouvante cérémonie. On sait que, selon l'usage de nos diocèses, après les huit jours de recueillement d'une retraite, les prêtres réunis vont solennellement renouveler entre les mains de l'évèque les promesses de leur première tonsure. Ce rappel des souvenirs de la vingtième année, cette évocation des saints enthousiasmes d'autrefois est une source d'émotions très douces, et il n'est pas rare de voir des vieillards répéter en pleurant les paroles de leur consécration cléricale.

Ce spectacle inspira à M. de la Mennais une de ses plus vibrantes allocutions. Après avoir rappelé à ses confrères la gloire d'être associés par le sacerdoce à la rédemption du monde, il leur parla de l'ineffable joie de souffrir pour Celui qui a réservé à ses prêtres la meilleure part de sa tendresse, puis il ajouta : « Maintenant, Messieurs, si quelque chose doit exciter votre étonnement, ce n'est pas qu'il se trouve encore des hommes qui aspirent au sacerdoce, c'est qu'à la vue de tant de terres couvertes d'épines, faute de bras qui les cultivent, aux cris de tant d'enfants qui demandent du pain sans que personne se présente pour le leur rompre, il y en ait si peu qui disent

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