LA MISSION DE SAINT-BRIEUC
comme saint Paul : Malheur à moi si je n'évangélisc pas!... Si vous êtes trouvés dignes de souffrir pour le nom de Jésus-Christ, acceptez pleins de joie le calice des humiliations et des douleurs; buvez-le, s'il le faut, jusqu'à la lie. C'est la veillée du jardin des Olives; le Bien-Aimé sera auprès de vous pour en adoucir l'amertume. Oh! si vous saviez comme il vous aime! Il veut que vous soyez traités comme il a été traité, que sa passion tout entière s'accomplisse en vous, que vous soyez brisés des mêmes coups, ornés des mêmes plaies, couronnés des mêmes épines, afin que vous ressuscitiez comme lui, et que la conformité soit parfaite entre le chef et les membres (1). »
Cette retraite confirma le bien qu'avait produit la première. Les prêtres constitutionnels qui n'étaient pas encore en règle se prêtèrent à ce qu'on exigeait d'eux. Un seul dans tout le diocèse refusa de faire sa rétractation publique.
Les exercices donnés aux ecclésiastiques étaient à peine terminés, que s'ouvrait à Saint-Brieuc une grande mission. « Les petits enfants ont demandé du pain, et personne ne s'est présenté pour le leur rompre (2), » répétait le grand vicaire, avec le Prophète des douleurs. C'était vrai d'un grand nombre de paroisses veuves de leurs pasteurs; c'était vrai surtout de cette ville réduite aux soins d'un clergé décimé par la Révolution, et privée, depuis vingt-cinq ans, de ces solennelles manifestations qui réveillent la foi des masses.
Saint-Brieuc comptait alors huit ou dix mille habitants. Si deux de ses églises, la cathédrale et Saint-Michel, avaient été rouvertes au culte, un grand nombre de ses anciens sanctuaires : la collégiale de Saint-Guillaume, les
(1) Fragment inédit. — Archives des Frères.
(2) Jérémie, Lamenta lions, IV, i.
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chapelles de N.-D.-de-Beaulieu, de Saint-Pierre, de N.-D.de-Couédic, de Saint-Gilles, etc., restaient dévastés ou fermés.
Les communautés d'hommes : Cordeliers, Capucins, Prêtres de la Mission, Frères de J.-B. de la Salle, qui secondaient autrefois le clergé séculier, étaient dispersées. Des anciennes congrégations de femmes, il ne restait plus que les religieuses de la Charité-du-Refuge, les Dames de Saint- Thomas-de-Villeneuve et les sœurs de la Charité de Saint- Vincent-de-Paul. Les Ursulines, les Calvairienncs, les Filles-de-la-Croix n'avaient pu retrouver un asile à Saint- Brieuc, et leurs couvents profanés tombaient en ruines.
En 1801, une cure avait été érigée dans la cathédrale sous le vocable de saint Etienne; mais le curé, qui était en même temps chanoine, pliait sous le fardeau. Le chapitre, composé de vieillards, ne pouvait lui être d'aucun secours; M. Vielle et les deux ou trois prêtres qu'on lui avait donnés comme auxiliaires étaient absorbés parla conduite du séminaire; le soin de l'évangélisation des fidèles et de l'administra lion des sacrements incombait, en grande partie, au clergé trop peu nombreux de l'église Saint-Michel.
Jamais de cérémonies religieuses extraordinaires ; jamais de solennités joyeuses; à peine, chaque dimanche, quelques messes basses, une messe hâtivement chantée, un prône familier, trop familier parfois, et un catéchisme. Si l'on ajoute que le clergé de Saint-Brieuc comptait dans son sein quelques constitutionnels tardivement reconciliés et d'une piété douteuse, on comprendra les besoins spirituels de la population confiée au zèle de M. de la Mennais.
Les Jésuites avaient été rétablis, en 1814, par Pie VII, et, au commencement de l'année 1810, le P. de Clorivière avait fondé, à Laval, une résidence destinée à devenir célèbre. Il envoya à M. de la Mennais huit missionnaires de cette maison (1). C'étaient des prêtres de grande expé-
(1) C'étaient, avec le P. Gloriot, les PP. Thomas, L. Déplace, E. Cahier, Ladavière, Chapelle, et deux autres dont les noms n'ont pas été conservés. — Cf. P. Achille Guidée. Notices historiques sur le R. P. François Renault, S. ./., p. 19.