‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 91 sur 270 · LA MISSION DE SAINT-BRIEUC · texte numérisé non relu

LA MISSION DE SAINT-BRIEUC

riencc qui, cette année même, avaient déjà fait leurs preuves à Laval et à Mayenne.

On a beaucoup critiqué ces grandes missions de la Restauration, que le pouvoir encourageait volontiers comme moyen de propagande monarchique. Il est certain qu'on n'y distingua pas toujours assez la cause de Dieu de la cause du roi. D'autre part, on eût désiré peut-être, dans ces fêtes de la parole, moins d'apparat et plus de solide doctrine, moins de rigorisme gallican et plus de cette onction bienfaisante qui attire les âmes au lieu de les épouvanter. L'œuvre des missionnaires, trop peu préparée, trop passagère, surtout trop peu continuée par les prêtres des paroisses, ne porta pas toujours des fruits durables. Mais quelle est l'excellente institution dont on n'ait parfois abusé? Ce qui est certain, c'est que les missions produisirent alors un réveil général de l'esprit chrétien, et firent retrouver le chemin de l'église au monde des fonctionnaires, qui l'avait désappris pendant la Révolution.

Les disciples du P. de Clorivière étaient étrangers à toute préoccupation politique, et M. de la Mcnnais eut bien des fois l'occasion d'en bénir Dieu. Ils ne recherchaient point les effets oratoires; d'ailleurs, ils n'avaient guère le temps de polir leurs phrases; mais leur parole chaude, imagée, vibrante, faisait passer sur les auditoires un frisson d'épouvante et de repentir; on sentait en eux des hommes de Dieu, et l'on se convertissait. Un digne ecclésiastique d'Amiens, qui avait suivi les sermons d'un de ces apôtres, disait : « Le P. Gloriot. je l'entendrais les pieds -dans le feu (I). »

Les exercices de la mission commencèrent, à la cathédrale de Saint-Rrieuc, le dimanche G octobre 1816. M. de la Mennais abandonna la chaire aux pères Jésuites, atin d'aller lui-même prêcher à domicile.

Bien des préjugés rendaient le succès douteux. Les jacobins, contre lesquels l'abbé Jean avait si énergique-

1 Notices historiques par le P. Guidée, t. I.

ment bataillé, ne voyaient point sans terreur sa nouvelle entreprise. On allait, disaient-ils, jeter le trouble dans les consciences, réveiller des souvenirs pénibles, semer la division dans les familles, rallumer des haines mal apaisées.

M. de la Mennais ne dissipa point sans peine ces bruits calomnieux. Heureusement, les autorités de la ville lui prêtèrent l'appui moral de leur exemple. Le préfet, M. de Belle-Isle, le maire, M. Boismenu, le général commandant la garnison, le capitaine de la gendarmerie, étaient des chrétiens pratiquants. Ils suivirent tidèlement les prédications de la cathédrale, et leur exemple entraîna la population. « Le succès fut si étonnant, dit le P. de Clorivière, qu'on peut à peine en croire le récit (1). »

La mission se termina par l'érection d'un calvaire sur la place Saint-Pierre. A la vue de ces milliers d'hommes de Saint-Brieuc et des alentours, qui venaient de porter en triomphe la croix du Sauveur, et qui l'acclamaient d'une voix pleine d'émotion, M. de la Mennais se sentit électrisé, et quelques paroles lui montèrent aux lèvres, brûlantes et passionnées. Ce fut un dernier cri à l'adresse des brebis égarées, un dernier appel du père aux prodigues obstinés. On pleura, on se jeta à genoux, une immense supplication s'éleva en faveur des impénitents. Ce fut incomparable.

La mission finie, il fallait en assurer les fruits. De concert avec les pères Jésuites, M. de la Mennais érigea d'abord dans la cathédrale une association en l'honneur

(1) Deux ans après la mission, le 16 février 1818, M. de la Mennais pouvait écrire à M. Querret : « Notre carnaval s'est bien passé : point de bal, quelques danses furtives dans les maisons, mais en très petit nombre et sans bruit ; on n'ose pas, tant le souvenir de la mission est profond. Il n'y a eu qu'un seul rassemblement un peu nombreux, au Légué, c'est-à-dire à une demi-lieue de la ville, hors paroisse. C'était un repas d'une trentaine de personnes. »

Féli, de son côté, écrivait à son frère, le 17 novembre 1817 : « 11 m'était revenu de plusieurs endroits que la mission de Saint-Brieuc opérait des merveilles. A Domino f'actum est istud;]e l'en bénis. » — Œuvres inédites, t. I , p. 298.

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