‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 104 sur 260 · RIVALITES SUSCITEES A L'ECOLE DES FRERES · texte numérisé non relu

RIVALITES SUSCITEES A L'ECOLE DES FRERES

elle devait succomber un jour sous Taveugie coalition de la défiance et de l'envie, n'était-il pas plus digne de la supprimer tout de suite ?

Aigri par la contradiction, fatigué, malade, le frère Eutyme ne demandait qu'à être transféré dans une autre colonie. D'un caractère entier et autoritaire, il en référait le moins souvent possible à M. de la Mennais. Visiblement, il n'était pas fâché de pousser les choses à l'exlrôme, afin d'arriver plus vite au dénouement souhaité.,

Mais le supérieur de Ploërmel avait d'autres visées.. Au-dessus de ces misérables querelles, il voyait l'influence catholique et française pénétrer, par les Frères, dans les familles musulmanes de Saint-Louis, et, par elles, de proche en proche, jusqu'à ces peuplades du centre^ africain qui, depuis des siècles, vivent et meurent dans la barbarie.

11 écrivit au préfet apostolique, toujours zélé protecteur de l'école primaire (1).

Ses réflexions, aussi justes, que mesurées, calmèrent,, de part et d'autre, les passions. Néanmoins, le frère Eutyme obtint de rentrer en France pour y rétablir sa santé, laissant la direction de l'école à un nouveau venu dans la colonie, le frère Gildas.

Celui-ci était loin d'avoir l'énergi-e de son devancier. Ses rivaux crurent le moment venu de tout oser. Non content de lui prendre ses élèves, l'abbé Boilat al^ jusqu'à s'emparer d'une partie de son logement pour y installer son personnel. La ruine totale était imminente, lorsque, le préfet apostolique, M. Maynard, supplia M. de la Mennais de renvoyer à Saint-Louis le frère Eutyme.

(1) « Le Frère Eutyme, disait-il, a eu tort de discuter lui-même une question qui se trouvait toute résolue dans les règles : « MM. les Curés et « a,utres fondateurs d'école ne pourront exiger des Frères que des services « analogues à leur fonction, et auxquels ils sont obligés par leurs statuts. » Les Frères font la classe et surveillent leurs élèves dans leurs écoles ; mais les conduire d'un établissement à un autre était un abus qui pou^ vait occasionner de graves inconvénients. Les Frères doivent favoriser le collège ; mais il n'est pas à regretter de voir les élèves avancés rester dans l'école, tant pour l'émulation, que pour aider les Frères à instruire les plus jeunes élèves. » — Lettre inédite, citée par le frère Pascal-Joseph, dans sa notice sur l'école de Saint-Louis.

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Gelui-^i avait reçu, à Ploërmel, des conseils de modération, et l'on pouvait espérer qu'il soumettrait désormais ses actes au contrôle de son supérieur. 11 reçut Tordre de repartir. Le succès allait revenir avec lui.

Frivole et mobile à Fexcès, la population de Saint- Louis appartenait à qui savait la llatter. Elle était, en outre, plus sensible que toute autre au charme d'une parole habile. En 1846, une allocution prononcée, à la distribution des prix de Técole, par un ami des Frères, souleva Fenthousiasme des habitants. C'en était assez : ils avaient reconquis les faveurs de Fopinion.

A la rentrée suivante, on quitta, pour un local plus vaste, le réduit malsain dans lequel on avait longtemps végété, et les élèves affluèrent au point qu'il fallut demander de nouveaux Frères.

L'administration^ plus favorable qu'au début, surveillait néanmoins de très près les études. Les Frères, stimulés d'ailleurs par la curiosité d'un grand nombre ^de leurs élèves, durent ajouter à leur programme l'enseignement de l'histoire, de la géographie, de la géométrie et de l'algèbre.

Une nouvelle œuvre leur fut bientôt proposée, ou, pour mieux dire, imposée.

En février 1847, M.^Gramont, gouverneur de la colonie, demanda au frère Eutyme de recevoir , à* titre de pensionnaires, des fils de chefs indigènes, qu'on voulait interner à Saint-Louis, [comme garants de la soumission de leurs pères. Le^^directeur y consentit, pourvu qu'on les obligeât à suivre exactement le règlement de l'école,, et cette][condition fut acceptée.

Ce fut Forigine de VÉcole des otages^ qui, plus tard, porta officiellement le nom dj:,cole des Hls de chefs et interprètes^ et contribua largement à répandre, parmi les indigènes de la Sénégambie, la connaissance de la langue française. Les vues de M. de la Mennais se

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