PROGRAMME DES LEÇONS QUOTIDIENNES
La lecture et l'écriture sont utiles, même au dernier paysan; aussi les fait-il enseigner universellement dans se^ écoles; mais les règles de l'arithmétique, — ce qu'on appelait alors « le chiffre », — sont déjà une matière d'enseignement moins élémentaire; aussi, exige -t-il « dix sols » par an des Ifamilles qui demandent, pour leurs enfants, ce complément d'instruction. Les classes de dessin, cela va de soi, ne sont établies que dans les villes. Quant au latin, il l'interdit rigoureusement aux Frères, soit pour ne pas surcharger leur journée déjà si remplie, soit pour ne pas les exposer à trahir leur vocation.
Pendant plusieurs années, l'institut, créé surtout pour les campagnes, se borna à ces humbles leçons. Du reste, les premiers Frères, hâtivementformés, auraient peut-être difficilement fait davantage. M. de la Mennais écrivait, un jour, à M. Gorbel, vicaire de Plœuc (1), en lui envoyant un de ses disciples : « Quant aux qualités du Frère , attendez-vous à trouver un homme bien simple, bien pieux, bien humble, qui laissera dire les beaux esprits de Plœuc, et qui ne répondra pas un. mot à leurs doctes critiques. Je sais que, dans votre pays, il y a une foule de gens qui joignent les grâces de la syntaxe à tout l'esprit du rudiment, et qui, dès lors, doivent être très redoutables. Je recommanderai au Frère de leur tirer son chapeau, mais voilà tout (2). »
Cependant le Père n'ignorait pas qu'au fond des plus pauvres villages, il se trouve parfois des intelligences susceptibles d'une culture de choix. D'ailleurs, les villes demandaient des instituteurs capables de préparer aux carrières industrielles. L'heure vint de faire donner un enseignement d'un ordre plus élevé.
M. de la Mennais était toujours seul, à Ploërmel, chargé
(1) Paroisse des Gôtes-du-Nord.
2) LeUre inédite, 9 août 1824. — Archives des Frère».
de la formation des novices^ Certes, s'il eût pu leur consacrer tout son temps, rien n'eût manqué à leur instruction, même profane; mais, surchargé comme il l'était par ses fonctions de prédicateur et de supérieur des religieux de Saint-Pierre, il avait besoin d'un aide : il eut recours à M. Querret.
Le vieil ami de l'abbé Jean était devenu une célébrité scientifique. Après son séjour de onze ans au collège de Saint-Malo, M. de la Mennais, nommé vicaire général du Grand-Aumonier, l'avait fait venir à Paris. Là, des savants comme Cauchy, Poisson et Ampère, avaient distingué son mérite et l'avaient associé à leurs travaux. C'était, au témoignage de M. Poisson, le seul homme connu de lui qui, n'ayant étudié les sciences qu'en province, les sût néanmoins à fond.
Ces hautes influences valurent bientôt à M. Querret une chaire de mathématiques à la faculté des sciences de Montpellier. *
Cette ville était un centre scientifique où la réputation du professeur ne pouvait que grandir; mais elle avait un grand défaut : elle était fort loin de la Bretagne. M. Querret ne put vivre longtemps à pareille distance de ses amis, et, le 14 décembre 1826, il acceptait les fonctions de professeur de physique au collège royal de Nantes. L'année suivante, il passait, avec le même titre, au collège de Rennes.
Il était désormais à portée de seconder M. de la Mennais pour la formation des futurs maîtres.
Dès 1822, il avait composé, « à l'usage des écoles des Frères de l'Instruction chrétienne», des Leçons élémentaires d'arithmétique pratique, qui servaient de manuel dans toutes les maisons de Tinstitut. Plus tard, après 1830, il écrivit, toujours à l'intention des Frères, une série de traités scientifiques plus développés, sur lesquels nous reviendrons. En attendant, à l'époque des vacances, ou pendant les rares semaines qu'il passait à Pleurtuit, dans son château de la Motte, il donnait à quelques novices de Ploërmel des leçons d'arithmétique, de géométrie, de* physique, voire d'hydrographie. C'est à un autre Breton.