‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 112 sur 260 · UNE CHRONIQUE DE FRANCISQUE SARCEY · texte numérisé non relu

UNE CHRONIQUE DE FRANCISQUE SARCEY

après avoir achevé sa besogne, et s'est endormi dans le Seigneur, qui le rappelait à lui. Et je me , disais en moi-même, après avoir lu cette biographie, que j'aurais voulu plus détaille'e et plus complète :

« Voilà un homme heureux, car il a fait son œuvre, et cette œuvre, bien qu'obscure et humble, était bonne et abondante en fruits. Qui sait, quand ses supérieurs l'expédièrent au Sénégal, qui sait s'il n'eut pas d'abord un mouvement, non de révolte, mais de tristesse et de regret? 11 se sentait capable d'arriver haut, et il avait pu concevoir, sans sortir de son ordre, des ambitions en rapport avec ses grandes facultés. S'en aller mourir làbas, après avoir enseigné le b a ha à quelques douzaines de négrillons tout nus, ce n'était pas une perspective bien séduisante.

« Il s'est résigné ; il a pris sa tâche au sérieux, à cœur, comme disent les bonnes gens, et le fait est qu'il a mis toute son âme et consacré toutes ses forces à l'accomplir. Il a vécu quarante ans d\me même pensée et d'un même travail. Il ne comptait, j'imagine^ que sur la récompense que Dieu lui avait promise dans un autre monde ; le bonheur lui a été donné, par surcroît, dans celui-ci.

« Le frère.... Vous voyez que je ne l'ai pas encore nommé : c'est par scrupule de respect. Je suis convaincu que sa modestie souffrirait si \>n nom était prononcé dans ce panégyrique de ses vertus. Mais, que voulez-vous ? mon Frère, pardonnez-moi : il est si difficile à un journaliste de parler de quelqu'un sans le nommer ! Laissezmoi consigner ici le nom que vous aviez pris devant Dieu, et que vous avez rendu célèbre au Sénégal. C'est le nom de Didief-Marie que poi*te la croix qui se dresse sur votre tombe.

(( Le frère Didier-Marie n'a pas seulement fécondé ce coin de terre de son travail, il l'a encore fécondé de son amour. Il a aimé ce peuple noir, parce qu'il l'a instruit ; et il ne l'aurait pas instruit s'il ne l'avait pas aimé ; et il n'aurait pas été l'homme heureux que nous décrivent

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ses panégyristes, s'il ne l'avait pas aimé et instruit... (1) » Lorsque parut cet artiele, en mai 1893, M. delà Mennais dormait, depuis plus de trente ans, dans sa tombe de Ploërmel. En glorifiant son humble disciple, le journaliste se doulail-il que ses éloges remontaient jusqu'au fondateur de l'école d'héroïsme où s'était formé le frère Didier? Non, sans doute ; mais quiconque sait ce qu'il y avait de l'ame du Père dans l'àme de ces trois apôtres qui s appelèrent frère Didier, frère Liguori et frère Etienne ne peut s'empêcher d'attribuer, pour une large part, au maître des novices de Ploërmel l'honneur de l'œuvre accomplie au Sénégal. De même, quiconque aujourd'hui apprécie Tappoint apporté par cette œuvre à l'influence française plaoera volontiers les Frères sénégalais parmi les premiers agents de la conquête qui devait aboutir à notre vaste empire africain.

(1) Annales politiques et littéraires.

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