PROJETS D'ÉLÉVATION A L'ÉPIS COPAT
chaque pas les traces de son zèle; bénir, comme pontife, ces fidèles qui ne prononçaient son nom qu'avec vénération et reconnaissance ; relever ces œuvres auxquelles il avait prodigué Tardeur de ses meilleures années; assurer, par une protection plus que jamais efficace, l'avenir de ses deux instituts, quel couronnement pour sa carrière !
Le succès paraissait d'autant plus probable, que l'œuvre des colonies avait concilié au supérieur des Frères la .bienveillance du gouvernement. Mais il eût fallu faire, ou du moins laisser faire, quelques avances au préfet de Saint- Brieuc et aux députés des Côtes-du- Nord, presque tous hostiles à l'Eglise ; il eût fallu aussi gagner, par des concessions ou des -promesses, le parti qui, après vingt ans,. n'avait pas désarmé contre l'ancien grand vicaire. M. de la Mennais. avait refusé la mitre alors que sa dignité n'avait rien à craindre ; cette fois, la fierté du bon prêtre et de l'homme de cœur fortifiait les répugnances de son humilité; il s'empressa de décourager ses amis:
« Dieu me garde, mon cher Robillard, écrivit-il, de mettre sur mes épaules de soixante ans un fardeau tel que celui dont il vous plaît de me menacer! Mais, vraiment, ce serait folie à moi de le craindre. 11 ne peut en être question sérieusement : j'ai cent et une raisons d'être tranquille à cet égard. Pour vous, mon bon ami, vous avez deux torts dans cette circonstance. Le premier est de désirer une pareille chose ; le second est de prendre vos désirs pour une espérance fondée. Vous n'aimez plus comme il faut votre vieux Père.
« Je dirai demain la sainte messe pour le vénérable évêque qui vient d'achever si douloureusement sa longue carrière, et je ne cesserai, jusqu'à la nomination de son successeur, de demander ardemment au bon Dieu que celui-ci ait tous les genres de mérites que je n'ai pas : ce n^est pas peu dire.
« Il vous faut un évêque tout à fait nouveau, tout
à fait étranger à ce qui s'est passé dans le diocèse ^ et contre lequel il ne puisse y avoir, par conséquent, aucune prévention. Or, assurément, je ne suis pas cet homme-là.
« Adieu, mon cher ami! Tâchez de devenir plus raisonnable et de ne plus me souhaiter de mal. Adieu, encore une fois. Je vous pardonne à cette condition, et je vous embrasse ex toto corde (1). »
Grâce à sa réserve, le fardeau lui fut^ encore une fois, épargné. Mais, comme si la Providence avait. voulu que le diocèse de Saint-Brieuc fût gouverné, du moins, selon son esprit, le choix du roi tomba sur son ancien protégé de Saint-Su Ipice, sur le vicaire général qu'il avait formé à l'administration et soutenu de ses conseils, M. l'abbé Le Mée. Ce n'était pas l'homme nouveau que désirait M. de la Mennais ; mais, sa prudence l'ayant toujours tenu éloigné dès luttes des partis, on put espérer de voir l'évèque garder les sympathies qui étaient venues, de toutes parts, au grand vicaire.
Le nouveau prélat s'annonçait, d'ailleurs, comme le protecteur naturel des Frères de Ploërmel et des Filles de la Providence. M. de la Mennais applaudit à sa nomination.
Il importait d'autant plus au fondateur d'assurer à ses œuvres de nouveaux appuis, que les anciens disparaissaient l'un après l'autre. Mgr de Quélen, le confident des années de jeunesse, était mort récemment. Le vieil évêque de Rennes^ Mgr de Lesquen, qui, malgré de pénibles malentendus, avait rendu à l'abbé Jean plus d'un
(1) Lettre inédite du 22 février 184L — Archives des Frères. — L'année précédente, il avait été question de M. de la Mennais pour un siège épiscopal à l'occasion de la mort de Mgr de Quélen, archevêrpie de Paris. M. Ruault lui écrivait, le 10 mars 1840 :
« Vous me parlez du futur archevêque de Paris. Vous ne me dites pas que votre nom a été mis aussi sur les rangs, dans, les Villes et Camparjnes et dans la Quotidienne. »