‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 126 sur 260 · M. GUILLOUX · texte numérisé non relu

M. GUILLOUX

le fardeau depuis longues années. Le jour vmt où ses infirmités robligèrent à le partager.

.11 y avait alors, au séminaire de Vannes^ un jeune ecclésiastique^ originaire de Ploërmel, qui, pendant les vacances , aimait à faire le catéchisme aux élèves des Frères. Séminariste modèle après avoir été brillant collégien, Alexis Guilloux était, au dire de ses maîtres, un sujet de grand avenir.

M. de la Mennais le vit à l'œuvre. Il fût charmé de sa piété, de ses connaissances, de sa maturité précoce, et il résolut de se l'attacher.

Afin de secourir immédiatement M. Ruault, il obtint, en faveur de l'abbé Guilloux, une dispense d'âge, et le fit ordonner prêtre, le 11 mars 1843. Le même jour, son protégé était nommé second aumônier des Frères.

L'acquisition pouvait être excellente pour la maisonmère ; mais croire qu'un ecclésiastique de vingt-quatre ans accepterait longtemps une vie de retraite, appliquée à des tâches délicates et malaisées, dans la société de deux vieillards souvent accablés de soucis, n'était-ce pas trop présumer de sa veftu ?

Son attitude ne tarda pas à dissiper les craintes, et son zèle dépassa bientôt les espérances du fondateur. Plusieurs conférences par semaine, une instruction tous les dimanches et jours de fête^ la confession de npmbreux novices et postulants, plusieurs retraites d'enfants chaque année, des catéchismes au pensionnat, la direction des congrégations de la sainte Vierge et des saints anges, telle est la besogne courante à laquelle il s'astreignit sans murmure, et qpi'il accomplit avec une conscience admirable.* Bientôt le ministère de la communauté ne lui suffit plus. C'est à lui que la ville de Ploërmel doit sa con-^ férence de saint Vincent 'de Paul^ et c'est lui aussi qui, avec le consentement du curé, établit dans la paroisse la congrégation de la sainte Vierge et l'association de la Sainte-Enfance, qui ont tant contribué, depuis lops, au progrès de la piété. Enfin, si ses fonctions habituelles lui laissaient quelque répit, il ne résistait pas au plaisir

d'aller^ dans une paroisse rurale, prêcher une retraite d^enfants ou travailler au succès d'une mission (1).

C'était la jeunesse de M. de la Mennais qui revivait sous ses propres yeux, avec son « zèle de feu et son courage de fer », alimentés par la plus tendre piété.

Aussi, quels encouragements il prodigue à ces débuts si riches de promesses ! Quelle intimité unira bientôt ces deux âmes si fraternelles, malgré la différence des âges I

L'amitié est-elle possible entre la jeunesse et l'âge mûr? Non, sans doute, quand il s'agit des mondains. Il est bien difficile que deux vies, dont l'une se repaît d'illusions, tandis que l'autre se consume en vains regrets, tendent d'un même élan vers un avenir si diversement entrevu. D'un côté, emportement de plaisir et d'espérance, besoin de croire à la parole des hommes et à la réalisation des joies rêvées ; de l'autre, scepticisme amer, étroite et vulgaire prudence qui n'attend plus rien que de ses calculs égoïstes : quel trait d'union établir entre de telles extrémités ?

Mais il en va tout autrement dans le sacerdoce. Entre le jeune prêtre qui, pendant les années de séminaire, a longuement médité le Vanitas vanitatum de l'Ecclésiaste, et le vétéran qui, au cours d'un ministère souvent traversé, a maintes fois expérimenté le mensonge des joies terrestres, entre ces deux hommes dont l'un sait ce que l'autre croit, qui ont livré leur vie au même travail avec le même espoir, dont le cœur s'alimente au même foyer, il peut y avoir différence d'impressions ; il n'y a pas opposition de *pensée. Si donc il existe entre eux une de ces ressemblances qui Unissent les âmes par leurs racines profondes et qui, par suite, survivent aux ravages des années, rien ne les empêchera de contracter des liens plus doux que l'estime, plus forts que la simple charité, et de -marcher

(1) Cf. Oraison funèbre de Mgr Alexis-Jean-Marie Guilloux, par Mgr liillion, p. 10.

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