PROPOSITION FAITE AU FR[>RE AUGUSTE
tance est bien près d'exciter l'envie. Les instituteurs -du camp rival, qui avaient tant décrié la prétendue insuffisance des « Ignorantins », ne pouvant nier maintenant leur supériorité, s'avisèrent, de nouveau, de les exciter à Tapostasie, pour les attirer dans leurs rangs. Il y avait à Saint-Méloir-des-Ondes, paroisse des environs de Saint-Malo, un ancien disciple du frère Bernardin, dont les leçons d'hydrographie étaient fort appréciées. Le principal du collège de Saint-Servan n'eut pas honte de proposer au frère Auguste de quitter l'habit religieux, pour venir enseigner dans son établissement. Il espérait le séduire par Tappât d'un gros traitement, sans se douter même que la première vertu dont M. de la Mennais imposât la pratique, c'était le mépris de l'argent.
Le frère Auguste n'eut pas un instant d^hésitation ; mais au lieu de répondre immédiatmnent par un refus catégorique, il se dit que de tels agissements devaient être connus du Père, et il envoya la lettre à Ploërmel. M. de la Mennais eût pu dénoncer le coupable à ses chefs hiérarchiques, et obtenir contre lui des mesures de rigueur. Il recula devant cette extrémité ; mais, comme il fallait démasquer les menées d'un homme sans scrupule, qui pourpeu près sur l'Ecliptique, resterx parallèle à lui-mêuie, ce qui produira les saisons ; elle fera une révolution entière sur ellemême en un jour sidéral, et cela, combiné avec le mouvement annuel, produira le jour solaire moyen ; de plus, elle entraînera la Lune, qui fera sa révolution autour de la terre en27j.322, ce qui, combiné avec le mouvement de translation de la terre, donnera les phases moyennes.
Mars, accomplissant sa révolution autour du soleil en 686j,86 environ.
Jupiter^ id en4334j,28. — Cette planète fera un tour
sur elle-même en 0j,4137 environ ; elle sera escortée de ses quatre satellites, faisant leurs révolutions à Tentoar : le 1", en lj,719; le 2% en 3,551 ; le 3% en 7,551; le 4% en 16,689; Saturne, faisant sa révolution autour du soleil en 10765j,79. — Cette
planète sera entourée de son anneau. , Uranus, enfin, faisant sa révolution en 30702j,44 environ.
Nota. — L'horloge sonnera les heui'es, les demies et les quarts ; elle sonnera V Angélus le matin, le midi et le soir, et, de plus, pourra chanter qu^.lques morceaux de plain-chait qui ne soient ni trop longs, ni trop difficiles. »
372 JEAN-MARIE De LA iMENNAlS
rait tenter d'autres conquêtes, il dicta la lettre suivante au frère Auguste, qui l'adre&sa, en &on propre nom, an principal de Saint-Servan.
(( Monsieur, votre lettre est un outrage. Je suis Frère, et à Dieu ne plaise que je renonce jamais à mon saint état ! Tous ceux qui violent leurs engagements sont des êtres vils, des hommes de foi m^entie^ et je ne comprends pas comment ils pourraient être chargés de Téducatio-n, à quelque titre que ce soit, et dans quelque établissement que ce soit. Pour moi, je n'oublierai point les foudroyantes paroles que notre Père leur adresse, à la page 37^ de notre Recueil :
« Fa, malheureux ! Calcule par sols et deniers les avantages que le monde peut f offrir... »
Le Frère cite jusqu'au bout l'éloquente invective qui se termine par ces mots : « // n'y a pas jusqu'aux petits enfants qtii^ demain^ en te noyant passer, ne sifflent sur toi, comme s'ils lisaiejit sur ton front : Apostat! » Et il conclut: « Ce titre, monsieur, ne sera jamais le mien ; veuillez le croire (1). »
Cette lettre vengeres&e fut publiée par V Impartial de Dinan, et les universitaires bretons renoncèrent pour longtemps à fortifier leur personnel aux dépens de Finstitut des Frères.
Fier des succès de ses fils dans Fenseignement des sciences, M. de la Mennais leur faisait étudier avec le môme soin les autres matières marquées aux programmes officiels. Il les voulait capables de rivaliser, sur tous les points, avec les meilleurs instituteurs laïques, et il ne négligeait rien pour les stimuler au travail.
Au fond d'une paroisse rurale du diocèse de Saint- Brieuc vivait un jeune Frère dont les multiples aptitudes attiraient, depuis quelque temps^ son attention. Mathématicien hors ligne, dessinateur, architecte, auteur du superbe plan sur lequel on venait de rebâtir l'église de Pordic, le frère Gyprien connaissait à merveille les
(I) L'Impartial, journal de Brelagne, N" du 10 octobre 1845.
y.ÈLE DU FONDATEUR POUR L'INSTRUCTION 373
principes et les règles, souvent capricieuses^ de la syntaxe grammaticale ; entin, ses écrits de circonstance révélaient un mérite littéraire peu commun.
Pour continuer la série des ouvrages classiques composés par les Frères, M. de la Mennais lui demanda une Grammaire française. Le jeune maMre se mit au travail avec un zèle que ralentissaient à peine de fréquents accidents de sajité ; mais il dut laisser à d'autres l'achèvement de son œuvre : comptant, plus que jamais, sur ses rares qualités, le Père l'avait appelé à Ploërmel, pour lui confier un poste de confiance, oii nous le retrouverons bientôt.
On s'étonnera peut-être de voir M. de la Mennais, d'abord si réservé vis-à-vis de la « science qui enfle >), et si désireux de restreindre l'instruction de ses fils aux nécessités de leurs fonctions, leur faire donner maintenant une culture littéraire soignée, elles lancer, sans frein apparent, dans la vaste carrière des recherches scientifiques. '
Rappelons d'abord que le programme des examens ne lui laissait pas la^ faculté de borner, à son gré, le càamp des études. D'autre part, c'est dans les villes que, plus que jamais, on demandait des Frères, et là, les exigences de l'opinion, aussi bien que les nécessités de la concurrence, obligeaient de viser à une capacité professionnelle indiscutable. Enfin, dès 1845, M. de la Mennais prévoyait que la science grandirait dans lestime du siècle, jusqu'à devenir, à ses yeux, une divinité, et il avait deviné que ses Frères ne garderaient Finfluence qu'en se montrant à la hauteur de tous les progrès.
Du reste, tout en empruntant aux programmes de l'Université ce qu'ils pouvaient avoir d'excellent, il prétendait bien ne pas se faire Fesclave des règlements officiels. Il se réservait d'ajouter aux matières imposées les connaissances qu'il jugeait utiles, soit pour l'intérêt bien entendu des élèves, soit pour la perfection spirituelle des maîtres.
Nous avons signalé ses essais d'enseignement industriel et agricole (1). On était alors au début de ce mouvement d^émigration vers les villes, qui devait s'accentuer sous le second Empire, et qui, depuis lors, a pris les proportions d'une calamité. Gomment rattacher le paysan au sol qu'il déserte, malgré l'accoutumance et les souvenirs, parce qu'il en retire trop difficilement le pain quotidien? En lui apprenant à fertiliser, par une culture moins routinière, le coin de terre dont il ignore les ressources.
M . de la Mennais ne manque pas une occasion d'inculquer cette idée à ses compatriotes. Avec sa claire intuition desbesoins sociaux, il se dit que là est l'œuvre conservatrice par excellence, et que dans ce sens devra s'orienter l'activité de ses fils.
En attendant que les découvertes de la chimie permettent de donner un enseignement agricole vraiment scientifique, il encourage les Frères à multiplier les observations, à comparer les résultats, et, en associant les élèves à leurs recherches, à développer chez eux le goût d'une culture raisonnée.
Dès 185Ô, le frère Augustin, placé à la tête de l'école de Pleurtuit, se préoccupe d'améliorer les récoltes par un choix judicieux des meilleures semences ; avec l'autorisation du Père, il emploie une somme de huit cents francs à l'achat d'un champ de démonstration, et lorsque ses élèves ont reconnu, avec lui, le rendement supérieur des graines qu'il s'est procurées, il leur en donne, à chacun, une petite provision, afin que leurs parents fassent de semblables essais.
(1) C'est sous son inspiration que les Frères des Antilles avaient commencé, dans ce sens, l'éducation des noirs. Il écrivait, dès le 17 octobre 1840, au ministre de la Marine : « Je viens d'engager fortement le frère. Ambroise à faire tout ce qui dépendra de lui pour déterminer quelques jeunes nègres de nos écoles à travailler au Morne- Vannier, sous la direction des Frères qui y travaillent eux-mêmes. J'ai fait la même recommandation à .M. l'abbé Evain. Puissions-nous persuader à ces pauvres et si chers enfants que la culture de la terre honore celui qui s'y livre ! Je ne sais ce que deviendra cet essai. Peut-êta-e mes espérances ne sont elles qu'un rêve ; mais enfin, il faut essayer, et nous allons voir. » ~ Lettre inédite. — Archives des Frères.