CARACTÈRE PRATIQUE DE L'ENSEIGNEMENT
A Saint-Méloir-des-Ondes, le frère Auguste se délasse de ses cours d'hydrographie par des lectures et des démonstrations pratiques ayant pour hut d'améliorer un jour les cultures de la région (1). En 1845, il a ouvert ses leçons d'agriculture avec dix élèves; de 1853 à 1860, le nombre des amateurs s'est élevé à vingt-cinq, et, à partir de cette dernière année, il a dépassé soixante.
Partout, l'enseignement des Frères est nettement pratique.
L'institut est de plus en plus apprécié ; mais la vaine gloire et l'esprit mondain, qui naissent si naturellement du succès dans les examens publics et du souci de briller aux yeux des familles, ne vont-ils pas être un écueil à la vertu des Frères ?
M. de la Mennais n'épargnera rien pour l'écarter. En premier lieu, il est bien entendu que l'enseignement religieux gardera toujours la place d'honneur dans l'école. Pour l'affirmer une fois de plus, le fondateur réédite, en 1846, les Devoirs du Chrétien, de M. de la Salle, et impose cet excellent manuel, avec l'autorisation du ministre de l'Instruction publique, à tous les établissements, même communaux, qui dépendent de lui.
Convaincu, en outre, que la vie de prière est un contrepoids nécessaire à la vie d'étude, et que rien ne vaut, pour parler à Dieu, le langage mCnne de l'Eglise, il publie, en 18 i7, sous le nom de Bréviaire à l'usage
(1) « L'enseignement agricole du frère Anouste consistait en lectures faites dans de bons ouvrages, tels que les Eléments cfagricuUure de Bo-
din ou la Chimie agricole de Malagutti. 11 consistait encore dans le
choix de dictées et de narrations puisées dans des traités d'agriculture ; enfin, dans des promenades faites sur les terres les plus intelligemment drainées et sur les champs les mieux labourés. 11 menait aussi ses élèves visiter les fermes bien tenues, les exploitations munies des meilleurs instruments aratoires. Il leur prêtait des livres et des journaux techniques. Il avait même monté à ses frais un petit cabinet de chimie. » — E. Herpin, op. cit.., p. 117.
des laïques^ un recueil uniquement composé de formules empruntées à la liturgie romaine.
La grande retraite annuelle est toujours là. d'ailleurs, pour secouer les quelques grains de poussière mondaine égarés sur la robe des Frères, et renouveler, par les exercices de la prière commune et de la pénitence, la grâce de leur profession.
Ce sont de nouveaux amis du Père qui viennent maintenant travailler à la sanctification de ses fils. Nommé évêque d'Angers en 1842, M. Angebault appartient désormais à son diocèse. L'âge condamne M. Langrez à ne plus guère s'éloigner de Quimper. !Mais M. de la Mennais a rencontré dans ses voyages plusieurs prêtres de grand savoir et de solide vertu ; d'autres sont venus à lui, attirés par la reconnaissance, et tous se sont offerls à partager, quelques jours chaque année, son austère labeur.
On voit séjourner à la maison-mère, successivement ou à la fois, M. le chanoine Robillard, de Saint-Brieuc, M. Jan, missionnaire du même diocèse, M. Ropers, supérieur du séminaire de Plouguernével, M. l'abbé de Léséleuc, aumônier de Torphelinat de Saint-Ilan, enfin un ancien élève du collège de Saint-Méen, auteur de savants ou^ vrages et pourvu de trois doctorats, l'abbé Maupied.
Tous rivalisent de zèle ; tous mettent au service des Frères une abondante doctrine traduite par une parole lumineuse et chaude ; mais qui donc connaît les besoins de la famille aussi bien que le Père qui, toute Tannée, suit, d'un œil attentif et inquiet, chacun de ses enfants?
Persuadé que lui seul peut guérir certaines misères, dont seul il a le secret, M. de la Mennais prend la parole, au moins une fois pendant chaque retraite. En présence de ces âmes excellentes, mais exposées, parfois, à de si fortes et subtiles séductions, il rappelle^ avec une netteté pleine de vigueur, les engagements de la profession.
(c L'esprit religieux, déclare- t-il un jour, consiste dans un complet renoncement à soi-même et dans une ferme volonté d'être à Dieu, sans réserve. Or, voilà ce que Ton