‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 13 sur 260 · LA BIBLIOTHÈQUE DE PLOERMEL · texte numérisé non relu

LA BIBLIOTHÈQUE DE PLOERMEL

Majesté Louis-Philippe, et que cette Majesté elle-même, si l'on venait à savoir (jue ma charte n'est pas une vérité (i). »

Plus il vieillit, plus s'aiguise la curiosité qui le porte à explorer tous les domaines. « Apportez-moi, je vous prie, écrit- il à Fabbé Langrez, ces vieux livres dont vous m'avez plusieurs fois vanté les charmes, et que j'ai tant envie de connaître. J'ai trop d'affaires pour lire le jour, mais je lis la nuit, car enfin, il est temps que le bonhomme fasse ses études (2) ».

Est-il malade? Comme autrefois à la Ghesnaie, c'est à la lecture qu'il demande diversion et apaisement.

Un jour qu'il souffrait d'un violent accès de goutte, un ami qui le soignait, Fabbé Maupied (3), enleva, sur l'ordre du médecin, les livres et les brochures qui encombraient la table voisine de son lit, puis quitta la chambre. Lorsqu'il rentra, il trouva le malade assis sur son séant, un volume à la main. L'intrépide lecteur s'était levé, malgré sa faiblesse, et, profitant, pour braver l'ordonnance médicale, d'un exercice qui retenait la communauté à la chapelle, il s'était traîné à la bibliothèque, et en avait rapporté, à la dérobée, un de ses auteurs favoris.

Si les sciences ecclésiastiques gardaient ses préférences, il n'était étranger à aucune branche du savoir humain. Aussi voyait-on des mathématiciens, comme M. Querret, tenir

(1) Lettre inédite du 17 février 1845. — M. de la Meimais fit encore une exception aux prescriptions de la « charte >» en faveur de l'abbé Bouix, l'auteur justement apprécié de nombreux ouvrages de droit canonique. Celui-ci lui avait demandé, par l'intermédiaire de M. Gauthier, prêtre de la congrégation du Saint-Esprit, les œuvres de Bianchi : « Cher ami, écrivit-il a M. Gauthier, Bianchi, docile à vos ordres souverains, partira

fiour Paris dans le courant de celte semaine, par la diligence, mais à a condition expresse dim fidèle retour, le plus promptement possible, dans ma bibliothèque. Cet ouvrage est fort rare. L'édition presque entière fut brûlée à l'époque de la première invasion de Rome par la France. On n'en sauva qu'une centaine d'exemplaires. L'abbé de Sambucy en avait un, qu'il me céda, et qui va bientôt avoir l'honneur de se présenter devant vous. Je suis heureux cju'il puisse être utile au savant M. Bouix, pour ses travaux. » — Lettre inédite du 23 octobre 1850. — Archives des Frères.

(2) Lettre du 13 février 1852.

(3) Ancien professeur suppléant à la Sorbonne, auteur de divers ouvrages philosophiques et scientifiques, devenu, plus tard, prélat romain, et décédé récemment curé de Saint-Mariin de Lamballe.

compte de ses corrections dans un ouvrage d'algèbre, et des historiens comme l'abbé Badiche (1), Tabbé Tresvaux (2), M. Geslin de Bourgogne (3), lui demander des notices destinées à prendre place dans leurs propres ouvrages. Le bon abbé Bohrbacher lui envoyait régulièrement les tomes successifs de son Histoire ecclésiastique; il faisait le plus grand cas, de ses corrections, et lui promettait « des cerises» pour chacune de ses observations critiques (4).

Ces études, qu'il s'imposait pour l'avancement de ses Frères aussi bien que par goût personnel, ne le détournaient point des préoccupations plus immédiatement pratiques. Le personnel de Ploërmel augmentait sensiblement. Léï^ Frères qui, tout le jour, étudiaient et priaient, ne pouvaient suffire aux besognes manuelles que nécessitait Tentretien d'une communauté. D'ailleurs, l'abbé Jean était trop pauvre pour payer les services de domestiques nombreux.

Bientôt, il remarqua, parmi ses postulants, de braves jeunes gens, à qui une mémoire rebelle ou une intelligence trop lente interdiraient probablement toujours les fonctions d'instituteur, mais que leur piété et leur obéissance semblaient néanmoins prédisposer à la vie religieuse. Au lieu de les renvoyer à la charrue, il les chargea des services matériels de la maison-mère, et en

1) Auteur du Dù'h'oww«f/'e des ordres religieux ])iiblié dans la collection des Dictionnaires de Migne.

^2) Auteur de l'Histoire de la persécjitioji religieuse en Brelagfie pen- (lant la Révolution.

3) Auteur des Anciens évêchés de Bretagne.

4) Les questions d'esthétique n'étaient pas non plus indifférentes à AL de la Mennais. Goiutne autrefois à Saint-Brieuc, il se préoccupait de la conservation des monuments d'art religieux qui couvraient le sol breton. La cathédrale de Dol menaçait ruine, faute d'entretien. Nous trouvons, aux Archives nationales, à la date du 2 juin 1826, une lettre écrite en entier = de sa main, et signée par le comte de la Yieuville, député d'Jlle-et- Vilaine. Cette lettre, adressée au ministre des Affaires ecclésiastiques, est une demande de secours pour la réparation de cette cathédrale, dont, par suite, on doit, en partie, la conservation an supérieur de Ploërmel.

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