CHAPITRE XVI
^'OUVELLES LLJTES POIU LA LIBERTÉ DE l'eNSEïGNÎIMEIST PRIMAIRE.
Nous sommes en 1839. Sur les sollicitations de l'amiral de Rosamel, M. de Salvandy avait, on s'en souvient, promis au supérieur des Frères d'appliquer avec bienveillance à son institut la loi de 1833. M. de la Mennais possédait une lettre de lui contenant l'assurance que « des autorisations provisoires seraient facilement accordées aux Frères, à raison du service essentiel qu'ils allaient rendre à l'Etat. « On entendait par là les fondations d'écoles coloniales. Fort, de cette promesse, le supérieur envoya aux Antilles quelques sujets brevçtés et plusieurs jeunes Frères dignes de l'être.
En attendant de nouvelles recrues capables d'enlever le fameux diplôme, il fallait laisser une dizaine d'écoles bretonnes sous la direction de Frères non brevetés. Ceuxci obtinrent bien les autorisations requises ; mais, le 13 mai 1839, M. de Salvandy passa le portefeuille à M. Villemain, et celui-ci refusa de faire honneur à la parole de son prédécesseur (1).
(1) En 1838, M. de la Mennais avait obtenu, de M. de Salvandy, un certain nombre d autorisations provisoires. Régulièrement, elles devaient
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M. de la Mennais crut d'abord à une méprise et s'imagina qu'un mot suffirait à la dissiper ; mais en apprenant les attaques que, deux fois, du haut de la tribune, le nouveau ministre avait lancées contre l'enseignement clérical, il comprit qu'il avait affaire à un adversaire, et se mit sur la défensive.
Heureusement^ M. Rendu était toujours membre du Conseil royal. Il appréciait dé plus en plus M. de la Mennais. Prévoyant lui-même la tempête, il lui adressa ces lignes cordiales: « Comptez sur moi. Je sais quel bien font vos Frères, et comment ils occupent, dans beaucoup de villages de votre chère Bretagne, des postes que d'autres maîtres ne pourraient accepter. Ils y sont les pionniers de renseignement, et votre fondation est bien véritablement un fruit du terroir; ce sont lesbons.
(( L'année dernière, dans mon excursion trop rapide, j'ai vu par moi-même ce qu'il faut d'abnégation religieuse pour se faire maître d école dans certains villages pittoresques (que le mot est commode !) des Côtes du-Nord ou du' Finistère. On n'y a pas grand'chose à envier à la^ Thébaïde. Multipliez les saint Antoine ; vous ave:^ pour cela, deux armes toutes puissantes : le courage et la prière (1). «
M. de la Mennais résolut de s'appuyer sur le digne conseiller dans la lutte qui allait s'ouvrir.
M. Villeinain ne refusait pas seulement de tolérer les Frères non brevetés ; il se faisait encore prier pour accorder les subventions annuelles promises au noviciat. Le supérieur exposa à M. Rendu les besoins de l'institut: « Après tout, disait-il, à quoi se bornent mes prétentions ? Je suis loin de réclamer, dans aucun cas et sous quelque .prétexte que ce soit, des autorisations pour des écoles nou-
être délivrées par le recteur de l'Académie de Rennes. C'était alors M. Le^^rand Hostile au supérieur de Ploërmel. et croyant, sans doute complaire au ministre, il refusa de délivrer aux Frères une seule autorisation, à partir de l'avènement de M. Villemain.
(l) Cité par Eugène Rendu, M. Ambroise Rendue/ l'Univerf^ité de France p. 125. '
velles ; mais je voudrais que, pour le^ e'coles qui, après avoir élé régulières^à l'origine, cesseraient de l'être, comme pour les écoles déjà existantes, le nombre des autorisations fût proportionné au nombre des Frères en exercice aux colonies. Aucune autorisation ne serait donc accordée qu'à raison d'utilité publique, et Ion serait certain qu'il n'y aurait pas d'abus, puisque chaque Frère qui jouirait de cette faveur représenterait un autre Frère absent pour le service de TEtat.
« Soyez assez bon, monsieur, pour me marquer si vous jugez à propos que j'adresse moi-même ces observations directement à M. le ministre de l'Instruction publique, ou si je puis espérer que vous voudrez bien vous charger de les lui faire agréer.
« Comme vous m'avez tellement enhardi, que je ne crains point d'abuser de votre complaisance, je vous serai infiniment obligé de me dire encore si le secours de six mille francs que j'ai demandé pour 1839 me sera alloué. Ce n'est pas, sans doute, quand on m'engage à multiplier mes envois aux colonies qu'on me refusera les moyens de soutenir et de peupler mon noviciat. L'année' a été ruineuse pour moi; plus de vingt de mes Frères n'ont pas touché un centime de leur traitement, faute d'autorisation, et la cherté toujours croissante des vivres me mettra dans la douloureuse nécessité, si je ne suis pas secouru, de réduire le nombre des admissions, tandis que je devrais l'augmenter.
« J'ai un sincère et vif désir de répondre pleinement à la confiance que le gouvernement me témoigne, et mes Frères montrent^ dans cette circonstance, un dévouement et un courage que Dieu seul peut inspirer et récompenser ; mais enfin, quelle que soit ma bonne volonté, je ne puis agir si on me lie les mains, ni marcher si on me coupe ■ les jambes (1). n
Ne pouvant apprécier exactement la situation de l'institut, M. Rendu crut avoir trouvé lîn moyen de
(1) Lettre médite du 26 septembre 1839. — Archives des Frères.