‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 135 sur 260 · LES FRÈRES BREVETÉS NÉCESSAIRES AUX COLONIES · texte numérisé non relu

LES FRÈRES BREVETÉS NÉCESSAIRES AUX COLONIES

tout concilier : « Si vous preniez, dit-il, le parti d'envoyer aux Antilles tous les Frères non brevetés ; si vous réserviez, par conséquent, pour le continent, pour ce que vous appelez justement « votre si chère Bretagne » les Frères brevetés, n^éviteriez-vous point, par là une grande partie des embarras que vous éprouvez relativement aux autorisations provisoires ? Et ce serait une grande chose que de faire, le plus possible, économie d'embarras et de difficultés, dans un temps où elles naissent sous les pas et se multiplient avec une si prodigieuse et si triste fécondité. J'ai faim et soif de votre tranquillité, de vos succès, et j'ai cru voir dans Tidée que je vous expose un moyen de concilier ces succès et cette tranquillité avec un autre intérêt qui m'est cher aussi, et qui touche tout le monde, avec l'intérêt de la légalité (1). »

Le remède était moins simple .que ne le soupçonnait M. Rendu. M. de la Mennais lui fît remarquer qu'il ne pouvait coûfier la mission des Antilles, mission si lointaine et si périlleuse au point de vue des mœurs, qu'à des Frères de vertu éprouvée et qui consentiraient eux-mêmes à s'y dévouer. D'ailleurs^ les mille difficultés des fondations scolaires, dans des pays dont lès Frères ne connaissaient ni la langue, ni les usages, et où ils devaient traiter directement avec les plus hautes autorités, exigeaient des hommes instruits, d'esprit délié, de caractère ferme autant que prudent. En un mot, le fondateur," sous peine de tromper la confiance du gouvernement, était obligé d'envoyer aux colonies l'élite de ses Frères.

Il y avait bien une ressource, sur laquelle il avait compté en traitant avec l'amiral de Rosamel. C'était de faire appel au clergé français, afin de renforcer le noviciat, de façon que bientôt il y eût assez de Frères brevetés pour suffire, à la fois, aux besoins des colonies et aux exigences de la légalité. Mais, pour entretenir un noviciat nombreux, il fallait des ressources, et M. Villemain les supprimait !^

(1) Lettre inédite du 9 novembre 1839. — Archives des Frères

M. Rendu comprit alors toute la portée de ces tracasseries. Mais certaines apparences donnaient raison à M. Villemain. C'était le temps oii les dénonciations des instituteurs de Morlaix, appuyées par le recteur de TAcadémie de Rennes, pleuvaient au ministère. On accusait M. de la Mennais de fonder illégalement des pensionnats, d'y faire donner, malgré les règlements, des leçons de latin, enfin de vouloir tout envahir.

Quoique foncièrement chrétien, M. Rendu était trop bon universitaire pour entendre raillerie sur cet article. Avec une fermeté qu'il s eflor^^ait de rendre aimable, il

écrivit à M. de la Mennais: « La loi et toujours la

loi ! Avec elle, vous serez fort; contre elle, vous

finirez par échouer. Croyez-moi, moi qui aime tant vos Frères et leur digne et habile fondateur. La soumission pleine et entière enfantera des subventions. Sinon, non, comme on dit en Espagne (1). »

Le fondateur, qui se sentait en règle avec la loi, et qui savait qu'on Lavait respectée, aussi bien au pensionnat de iMorlaix que dans ses autres écoles, fut douloureusement affecté de voir un modèle d'honnêteté et de droiture comme M. Rendu partager de telles préventions.

Les autorisations provisoires accordées par M. de Salvandy expiraient le 1'^^' janvier 1840. Si l'on se refusait à les prolonger, qu'allaient devenir les écoles jusqu'alors tolérées? Allait-il falloir les livrer à des instituteurs laïques, qui, ur]ie fois maîtres de la place, sauraient s'y maintenir, alors même que les brevets surabonderaient à Ploërmel ?

Dix jours avai^t le terme fatal, le supérieur des Frères adressa à M. Rendu une longue lettre, où Lhomme de cœur poursui\i, harcelé, menacé pour avoir mis trop de

(1) Lettre inédite du 16 décembre 1839. — Archives des Frères.

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