‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 145 sur 260 · LES LETTRES DES VIEUX AMIS · texte numérisé non relu

LES LETTRES DES VIEUX AMIS

à son journal quelques lignes mélancoliques :« Notre Père est parti à près de sept heures. Ce départ est triste ; il me semble toujours y assister pour la dernière fois (1). »

Si Saint-Brieuc est un des foyers oi^i s'alimente la vie affective du fondateur, d autres régions lui conservent un ^ulte fidèle. Trémigon, la solitaire gentilhommière où vivent sa sœur. st)îi beau-frère et ses nièces, aspire toujours à le posséder (2). Ailleurs, il est vrai, le cercle des vieux: amis se rétrécit; la mort éteint les uns après les autres tant d'excellents cœurs dont la lîamme a rayonné sur ses belles années ; ceux qui demeurent sont dispersés, et leurs lettres viennent seules raviver de chers souvenirs. Cependant, chose remarquable aux yeux de quiconque sait combien peu de liaisons résistent aux longues absences, aucune de ces amitiés de jeunesse ou d'âge mûr ne s'est refroidie.

Mgr Angebault, récemment promu au siège d'Angers, lui a écrit, en apprenant sa nomination : <( 0 vous, cher ami, qui faisiez des évoques et n'avez pas voulu prendre ce fardeau, ayez pitié de moi (3) ! » \li ils continuent d'entretenir une correspondance qui ne sarrètera qu'à la mort du Père. Trois mois ne s'écoulent jamais sans qu'une lettre de Tabbé Blanc, ou de l'abbé Rohrbacher^, ou du chanoine Langrez, vienne lui rappeler les temps lointains de Malestroit ou de Saint-Malo.

Après dix ans, les anciens novices de la congrégation de Saint-Pierre sont aussi atfectueux, aussi reconnaissants qu'autrefois envers celui qui se dit aujourd'hui « leur vieux père ».

L'abbé Mermet, devenu professeur à Oullins, lui écrit, une fois prêtre ; « Au premier Mémento de ma première

(1) Journal de 1830, 24 juillet.

(2) Ce manoir, peu éloipié de la Chesnaie, possédait une antique chapelle, reconstruite et bénite, en 1827, par l'abbé Jean de la Mennais. — Cf. Guillotin de Corson, Pouillé Idsloriqve de Varclievêclié de Rennes, t. IV, p. 46o.

(3) Lettre inédite du 12 mars 1842. — Archives des Frères.

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messe, votre nom m'est venu le premier. Que le bon Dieu écoute mes prières comme il a écouté les vôtres, quand vous l'avez prié pour moi (1) ! » Plus tard, exilé de cette Bretagne « où, pendant sept ans, l'excellent Père lui a tenu lieu de toute sa famille », et n'y pouvant plus tenir, il court à Ploërmel, accompagné d'un élève d'Oullins. C'est en 1848. On trouve le pauvre supérieur brisé par la maladie^ absorbé dans la pensée du ciel, mais plus que jamais compatissant pour ses fils spirituels, aux prises avec l'âpre labeur des collèges.

Le prêtre soumet à son ancien directeur projets et inquiétudes, tandis que le jeune collégien, ému de la sérénité de ce vieillard prêt à quitter la terre comme on s'éloigne d'un gîte de rencontre, parait, lui aussi, possédé de saints désirs.

Après quelques jours passés dans la joie des souvenirs, les deux voyageurs retournèrent à Oullins. Peu de mois après, M. Mermet faisait tenir au Père ces quelques lignes : « Votre peu de regret à quitter la vie ne m'étonne pas. Ces jours derniers^ un de nos anciens élèves, qui m'écrit souvent, me disait : « Je sens parfois quelque chose comme le mal du ciel. » Ce jeune homme est plus pieux que fort de santé. C'est Eugène Captier, que j'ai pris la liberté de vous mener aux vacances. Le mal du ciel, est-ce vous qui le lui avez donné ? Peut-être en partie (2). »

Qui- pouvait prévoir alors que les germes déposés dans l'âme d un jeune homme inconnu par les entretiens d'un saint prêtre s'épanouiraient en héroïques vertus, et que le futur prieur des Dominicains d'Arcueil, à qui Jean de la Mennais avait jadis communiqué « le mal du ciel w^ entrerait au ciel par la porte du martyre (3) ?

(1) Lettre inédite du 8 janvier 1841. — Archives des Frères.

(2) Lettre inédite, non datées — Ibid.

•3) On sait que le P. Gaptier, prieur des Dominicains d'Arcueil (Seine), fut fusillé, en haine de la foi, pendant la Commune de Paris, avec plusieurs de ses reliiiieux.

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