LES FRERES DE GASCOGNE
Lorsque, d'un diocèse étranger à sa province, on adressait à M. de la Mennais une demande de Frères, il répondait invariablement : « Mon institut a été fondé pour la Bretagne ; tant que la Bretagne manquera d'écoles, je ne puis en établir ailleurs. Envoyez-moi des sujets; je les formerai selon nos méthodes, et ils deviendront, chez vous, le noyau d'une œuvre pareille à la mienne. »
Jusqu'en 1 8i0, personne n'avait goûté la proposition (1). Envoyer à Ploërmel des enfants pauvres et sans instruction ; supporter, pendant de longues années, les frais de leur séjour à la maison-mère ; courir le risque de les voir, plus tard, rentrer dans le monde, faute de guide capable de remplacer auprès d'eux M. de la Mennais, c'était, au point de vue humain, bien hasardeux.
Un homme se trouva néanmoins, en 1841, dont la ferme foi résolut de tenter l'entreprise. Mgr de la Croix d'Azolette, récemment nommé archevêque d'Auch, était un saint prélat, dont le passé rappelait, par plus d'un trait,
(1) Sauf quelques curés du Berry, dont nous avons raconté l'infructueux essai.
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celui du supérieur des Frères. Simple prêtre, il avait contribué à fonder, au diocèse de Lyon, la société des Gharlreux (1), qui se proposait sensiblement les mêmes œuvres que la société de Saint-^Iéen. Evèque de Gap, il avait établi dans son diocèse, pour rinsiruclion des enfants pauvres, des Frères et des religieuses qui, par une remarquable coïncidence, portaient le nom de Sœurs de la Providence.
Dans cette contrée montagneuse et aride, où trop souvent les paysans manquaient de pain, on l'avait vu multiplier en leur faveur les œuvres de charité, et se faire lui-même mendiant pour leur épargner la faim. Admis, unjour^ à l'audience de Louis-Philippe, afin d'y plaider la cause de ses pauvres, il avait tout à coup déposé sur un guéridon un morceau de pain noir, mélange grossier de son et de farine avariée, en disant: « Voilà, Sire, le pain dont se nourrissent, chaque jour, les enfants que Dieu m'a donnés. » Et le roi avait dérogé, en sa faveur, à ses habitudes d'économie.
Dès son arrivée dans le diocèse d'Auch, il y appela les Sœurs de la Providence, et, pour faciliter leur recrutement, leur permit d'établir un second noviciat à Lectoure (2). Mais l'éducation des garçons réclamait également ses soins. Des instituteurs laïques clairsemés et peu consciencieux étaient loin de suffire à tous les' besoins.
C'est alors qu'on signala à Mgr de la Croix l'œuvre de Ploërmel. Savait-il déjà que M. de la Mennais voulait réserver ses Frères pour la Bretagne? Désirait-ii, pour l'éducation de ses jeunes diocésains, un institut exclusivement recruté en Gascogne? Le fait est qu'il ne demanda pas tout d'abord de Frères bretons. De lui-même, il entra dans les vues du fondateur, en le priant d'aduiettre au noviciat de Ploërmel quelques jeunes sujets de son diocèse; puis, afin de régler en détail les conditions
(1) Cette société existe encore, et se livre aux œuvres de prédication et d'enseignement, sans exclure le ministère paroissial.
(2) Leur maison- mère avec leur principal noviciat, est à Gap.