‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 149 sur 260 · LE FRERE JOSEPH MARIE · texte numérisé non relu

LE FRERE JOSEPH MARIE

gnon, après quelque temps d'hésitation, embrassa luimême la vie parfaite avec une telle ardeur, qu'en 1844, M. de la Mennais écrivait à l'archevêque : « Si vous en aviez six comme ceux-là, vous pourriez considérer votre œuvre comme fondée. »

Mais comment affirmer le succès d\me entreprise, tant qu'elle n'a pas résisté aux coups de l'épreuve ? Celle-ci ne tarda pas à s'abattre sur la petite colonie. Le trère Joseph-Marie fut attaqué d'une maladie de langueur qui le réduisit à l'inaction absolue. On ne saurait dire quels efforts furent tentés pour ramener à la santé ce pauvre petit paysan gascon. Un archevêque et un fondateur d'ordre y épuisèrent leur dévouement et leur savoir-faire.

Après lui avoir procuré les soins d'un habile médecin de Dinan, M. de la Mennais lui fait observer lui-même tous les détails du régime prescrit; il met à sa disposition sa propre voiture pour des promenades quotidiennes à la campagne. De son côté, Mgr de la Croix demande avec anxiété son bulletin de santé, et enjoint de ne rien négliger pour le guérir, comme s'il s'agissait d'un ami particulièrement cher ou d'un personnage marquant dans son diocèse. Il se désole à la pensée d'un dénouement fatal: « Voilà, écrit-il à M. de la Mennais, que déjà Dieu nous met à l'épreuve, et semble se préparer à nous demander un sacrifice. Seraient-ce des prémices qu'il attend de nous (1)? »

Le malade, disons-le, se montrait digne de tant d'intérêt : « Ce cher enfant, écrivait le fondateur, est vraiment admirable, et si nous le perdions, ce qu'à Dieu ne plaise ! je ne m'en consolerais point. On lui a proposé de retourner dans son pays, dans l'espoir qu^il pourrait s'y rétablir plus facilement, mais il ne l'a pas voulu; il montre pour son état l'attachement d'un vieux Frère, et du Frère le plus fervent (2). »

Le mal résistant à tous les remèdes, le jeune homme dut,

(1) Lettre inédite du 9 mars 1844. — Archives des Frères.

(2) Lettre inédite à Mgr de la Croix, 6 mars 1844. — Ibid.

en désespoir de cause, tenter d'un séjour en Gascogne. C'est là que la Providence attendait la patience et l'esprit de foi de ses protecleurs.

La vocation du Frère, qui n'avait pas chancelé devant les assujettissements du noviciat et la perspective d'une vie sacrifiée, ne résista pas aux sollicitations de la famille et aux caresses de l'air natal. Rendu enfin à la santé, il écrivit à Mgr de la Croix qu'il renonçait à la vie religieuse.

Cette défection fut très sensible au cœur du prélat, mais n'ébranla pas sa confiance. Le frère François- Xavier donnait toujours pleine salisfaclion, et il venait d'être rejoint à Ploërmel par un postulant qui présentait les plus sérieuses garanties.

Ancien élève du collège d'Aire, où il avait terminé ses études classiques, et ne se sentant pas appelé au sacerdoce, Jean Dubourdieu avait connu l'œuvre de Ploërmel et le projet de Mgr delà Croix par M. Senescau, son condisciple et son ami. Désireux de se consacrer à l'enseignement dans un institut religieux, il se présenta au collège d'Eauze, où il fit son postulat sous la direction de M. Barciet et de ses auxiliaires. En juin 1844, il quittait la Gascogne pour se rendre à Ploërmel.

C'était une excellente recrue. Ses connaissances relativement étendues, son expérience de renseignement et, plus encore, sort bon esprit et son dévouement firent de lui un auxiliaire précieux pour le maître des novices.

Devenu le frère Jean-Louis de Gonzague, il fut chargé d'accueillir ses jeunes compatriotes, lorsque, le cœur meurtri de récentes séparations, ils arriveraient à Ploërmel.

Deux protégés de M. ' Barciet ne tardèrent pas à demander leur entrée. C'étaient Osmin Filhos, qui reçut le nom de frère Alphonse de Liguori, et Jean Talés, qui

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