PÉNIBLES DÉBUTS DE L'OEUVRE DE GASCOGNE
Tout portait à croire que le premier Frère venu du diocèse d'Auch serait le premier à y rentrer comme instituteur, lorsque la maladie s'abattit de nouveau sur la colonie gasconne^ A peine le frère Alphonse de Liguori était-il rerais d'une fièvre typhoïde, que le frère François- Xavier fut contraint d'abandonner sa tâche et de revenir à Ploërmel, terrassé par une cruelle maladie.
La mort le prit, après quelques jours de souffrances supportées avec une abnégation sans bornes et une angélique douceur.
M. de la Mennais écrivait, le 24 septembre 18i6, à Mgr de la Croix : « Ce matin, nous avons eu l'inconsolable douleur de conduire au cimetière notre bon frère François-Xavier. 11 avait reçu les derniers sacrements samedi avec une grande piété, et sa résignation à la sainte volonté de Dieu était parfaite. Mais, depuis dimanche, il reconnaissait à peine ceux qui l'assistaient. Tous les habitants de la maison sont désolés de cette perte; mais les frères Louis de Gonzague et François de Sales surtout en ont été vivement affectés. Ils n'ont pas eu le courage de suivre le convoi. Nos autres Frères d'Auch, quoique non moins affligés, ont été plus fermes. Votre pauvre défunt était beau à voir dans sa châsse découverte ; en le regardant, il me semblait voir quelques rayons des joies du ciel briller sur ses traits ^1). »
Qu'allait devenir, si cruellement contrariée, l'oeuvre de Mgr de la Croix? 11 faut savoir comment il accueille la nouvelle de cette mort pour comprendre la puissance de Tesprit de foi. Il avait reçu la lettre de l'abbé Jean au cours dune retraite ecclésiastique. Il répond aussitôt: « Votre lettre m'a consolé en me disant comment ce pauvre jeune homme avait terminé sa vie. J'ai confiance que Dieu nous en aura fait un avocat pour son œuvre. J'ai parlé à messieurs les retraitants de l'état oii elle se trouve, de la confiance qu'elle vous inspire; je leur ai dit la mort du bon Frère ; tout cela a fait sur les
(1) Lettre inédite. — Ibid.
prêtres le meilleur effet, et je vois que l'on commence à croire au succès (1). »
Le succès devait être acheté par de nouveaux sacritices ; mais, en attendant, il fallait agir.
M. Barciel, dont le petit collège périclitait, rappela à M. de la Mennais la promesse obtenue lors de son voyage en Bretagne. Il redoubla d'instances pour obtenir des Frères, et l'archevêque comprit qu'il était temps de le satisfaire, dans l'intérêt même de l'entreprise. Mais de quels sujets disposer, après les pertes récentes?
M. de la Mennais crut le moment venu d'élargir provisoirement la règle qu'il s'était imposée. A la prière de Mgr de la Croix, il consentit à prêter à l'œuvre de Gascogne un Frère- breton, convenablement préparé pour diriger, au collège d'Eauze, une classe de français.
Au mois de novembre 1846, le Frère Mélite se présenta à M. Barciet pour seconder M. l'abbé Fourquet, chargé, au collège, de l'enseignement primaire communal. Le choix était heureux; mais la présence d'un Frère breton n'était pas une preuve suffisante de la vitalité de l'œuvre; elle disait même que l'essai poursuivi depuis quatre ans n'avait pas encore abouti.
Mgr de la Croix désirait, autant que M. de la Mennais, voir à la tête de l'école d'Eauze des Gascons authentiques ; mais la Providence s'obstinait à retarder le succès. Le frère François de Sales, « un vrai saint », au jugement de l'abbé Jean, fut atteint, au mois de mars 1847, d'une maladie de poitrine. Au mois de juillet suivant, il mourut, lui aussi, eu prédestiné, u Cette nouvelle perte est bien douloureuse, écrivait au prélat le supérieur des Frères ; mais j'ai la confiance que si Dieu éprouve de la sorte l'œuvre entreprise pour sa gloire, il la bénira et la fera prospérer plus tard. » Et il ajoutait : « tous vos Gascons de Ploërmel continuent à être des modèles sous tous les rapports ; il m'est bien doux de leur rendre ce témoignage (2). »
(1) Lettre inédite du 3 octobre 184G. — Arciiivcs des Frères.
(2) Lettre inédite du H juillet 1847. — Ibid.