LA PREMIERE ECOLE
La Iji'iiédiction divins^ allciit enfin se déclarer. Au mois de septembre, les doux Frères gascons Jean-Louis de Gonzague el Sébastien obtinrent leur brevet de capacité ; un autre, sans être breveté, pouvait rendre, en second, d'utiles services.
C'était le personnel si longtemps attendu par l'archevêque. » Maintenant, Monseigneur, lui écrivit l'abbé Jean, c'est à vous de disposer de vos richesses (1). » Il lui conseillait seulement délaisser quelques mois en Bretagne le frère Sébastien, pour le former à la pratique des classes, et d'adjoindre au frère Jean-Louis le jeune frère Bernard, sur la capacité duquel il comptait.
Le frère Mélite fut donc rappelé, et, en novembre 1847, les deux protégés de Larchevêque se présentèrent à Auch, comme auxiliaires de M. l'abbé Fourquet. La première école des « Frères LaMennais » était fondée en Gascogne.
Ce résultat, bien que modeste, encouragea le clergé. Quelques jeunes gens vinrent grossir le petit postulat d'Eauze ; d'autres, la première épreuve terminée, partirent pour Ploèrmel. On osait désormais croire à l'avenir; d'ailleurs, aux yeux du saint archevêque, l'abandon à la Providence valait mieux que tous les empressements : (i Je laisse faire, disait-il, je veux laisser faire toujours le bon Dieu, sur cela comme sur tout le reste (2). »
M. Barciet ne devait pas jouir de l'école si vivement désirée. Lorsque les Frères Jean-Louis de Gonzague et Bernard arrivèrent à Eauze, il venait de quitter sa cure pour se rendre à Aiich, où Mgr de la Croix l'appelait comme chanoine titulaire.
11 continua néanmoins de protéger l'œuvre, et c'est son zèle auprès de ses confrères qui amena, peu après, la fondation de quelques écoles rurales.
(1) Lettre inédite du 7 septembre 1847. — Archives des Frères. (2; Lettre inédite du 12 mars 1847. — Ibid.
Les Frères s'établirent bientôt à Bassoues, gros bourg de FAstarac, oh les avait fait appeler le vicaire de la paroisse. La séance du conseil municipal où fut discutée la remise de l'école à des « Ignorantins » ne se termina point sans orage.
Si le maire, l'adjoint et les principaux conseillers étaient favorables aux Frères, ceux-ci avaient un fougueux adversaire dans le notaire, qui puisait ses convictions politiques et autres dans les petites feuilles anticléricales de la région.
L'opinion était alors émue par la condamnation de Finfortuné frère Léolliade, des Ecoles chrétiennes, qui, en 1850, devait mourir au bagne de Toulon, victime de la plus indigne calomnie.
Le notaire tonnait avec une vertueuse indignation contre les agissements de « l'armée noire » ; et, à force de rééditer les raisonnements d'Eugène Sue, trouvait moyen de fatiguer ses collègues, lorsque l'adjoint se leva brusquement: « Si je vais visiter les bagnes de Rocbefort et de Brest, déclara-t-il, j'y trouverai certainement quelques notaires. Devrai-je en conclure que tous les notaires sont des fripons ? »
Des rires moqueurs partirent de tous les points de la salle, et le farouche gardien de la morale sortit, exaspéré. La partie était gagnée.
Après Bassoues, dont l'école prospéra rapidement entre les mains du frère Sébastien, la petite paroisse de Barran appela, à son tour, un religieux (l).
Les Frères de Gascogne déjà en exercice atl;eignaient la demi-douzaine. Mgr de la Croix pensa qu'il était temps de régler leurs rapports avec le supérieur de Ploërmel et avec l'autorité diocésaine.
Le 17 octobre 1849, un contrat signé par l'archevêque et M. de la Mennais fixa leurs attributions respectives dans le gouvernement de la jeune société.
(1) L'école de Bassoue? fut fondée en 1848 ; celle de B.irran, Tannée suivante.