‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 153 sur 260 · TRAITÉ RELATIF A L'ŒUVRE DE GASCOGNE · texte numérisé non relu

TRAITÉ RELATIF A L'ŒUVRE DE GASCOGNE

Aux termes de ce traité, un postulat sera fondé dans le diocèse d'Auch, et dirigé par un Frère, auquel ses collègues établis dans la contrée devront obéissance. Néanmoins, celui-ci ne pourra ni les placer ni les déplacer sans en avoir référé au supérieur général, et, en cas d'urgence, à l'archevêque. Le concours des deux autorités sera nécessaire pour toute fondation nouvelle dans le diocèse d'Auch. Le supérieur général pourra appeler un sujet de ce diocèse à un autre emploi dans la congrégation ; néanmoins, il ne fera de semblables mutations qu'après s'être entendu avec le prélat.

Lorsque le déplacement aura lieu dans l'intérêt du diocèse ou sera demandé par l'archevêque, le supérieur général ne sera pas tenu de remplacer le sujet, et les frais de voyage demeureront à la charge du diocèse. Si, au contraire, c'est le supérieur général qui appelle un Frère gascon dans l'intérêt des œuvres de la congrégation, il supportera les frais du voyage, et fera en sorte que ce déplacement ne nuise pas à l'école qu'aura quittée le maitre mandé en Bretagne.

Les Frères de • Gascogne, aussi bien que les Frères bretons, écriront au supérieur général au moins tous les deux mois, pour leur compte de conscience.

Alin que les liens de fraternité subsistent, malgré la distance, et au besoin s'affermissent, quelques Frères de Gascogne, désignés par le directeur du postulat, avec approbation de l'archevêque, se rendront annuellement à Ploërmel, pour prendre part aux exercices de la grande retraite.

Quant aux intérêts matériels, les deux œuvres restent indépendantes. Les comptes des maisons de Gascogne seront visés annuellement par l'archevêque ou son délégué, et l'on se contentera d'adiesser au supérieur général un sommaire de Tétat financier (IV

(i) D'après une copie du contrat, déposée aux Archives des Frères de Ploërmel.

,4i2 JEAN-MARIE DE LA MENNAIS

Cette charte si sage devait faire loi jusqu'en 1876.

Après le départ de M. Barciet, le frère Jean-Louis de Gonzague avait été nommé directeur du postulat. Son excellent jugement, ses manières graves et sa solide piété justifiaient ce choix; mais ses fonctions de professeur au collège d'Eauze lempêchaient de consacrer tout son temps à sa nouvelle charge; d'ailleurs, il lui restait à faire l'apprentissage de la vie pratique.

Mgr de la Croix songea à procurer aux Frères un directeur ecclésiastique, chargé de les guider dans leurs rapports avec les diverses autorités et de suppléer, pour toutes les difficultés demandant une prompte solution, à l'éloignement de M. de la Mennais.

Le zèle un peu emporté de INI. Barciet ne lui paraissait pas convenir à ce rôle délicat. Tout en continuant d'encourager les efforts du digne chanoine pour le recrutement des Frères, il leur donna pour guide un missionnaire diocésain qui avait toute sa confiance, M. Baboisson.

C'était un sujet d'un rare mérite que ce prêtre de trentehuit ans, choisi depuis longtemps comme compagnon et porte-voix du prélat dans ses tournées épiscopales. Connu de tout le diocèse par sa parole lumineuse et chaude, artisan de conversions éclatantes, recherché des grands aussi bien que des humbles pour sa simple et compatissante bonté, il possédait, avec cela, une clairvoyance et une circonspection qui le rendaient éminemment propre aux affaires.

Mgr de la Croix lui avait déjà confié la direction des Sœurs de la Providence. 11 jugea que personne mieux que lui ne continuerait l'action de M. de la Mennais, et l'avenir lui donna raison.

M Baboisson voulut prendre contact avec les Frères gascons en prêchant leur première retraite. C'était un bien faible auditoire pour un prédicateur de renom : quatre pauvres religieux sous la conduite du frère Jean-

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Louis. iMais Thomme de foi, qui voyait dans cette si modeste assemblée le germe d'une grande œuvre, n'eut garde de se rebuter. A l'exemple de Fabbé Jean, qui naguère avait prêché pour une pauvre paysanne, il prodigua à ces ouvriers de la première heure, faibles dan& leur isolement et tristes de leur impuissance, tous les encouragements d'un cœur dévoué.

Mais pour faire d'excellente besogne, il fallait s'entendre avec le supérieur général. Au mois d'octobre 18 il), M. Raboisson accompagna Mgr de la Croix à Pioèrmel.

Ce que fut la première rencontre de ces deux âmes d'apôtre, on en peut juger par les lettres que, de retour à Auch, M. Raboisson adressa au fondateur.

L'enclos de Ploërmel, avec ses vastes allées bordées de chênes, Fattirait comme un séjour de paix, et le silence recueilli des Frères, leur vie mortifiée, leur application au travail, leur docilité au premier appel de l'obéissance lui inspiraient sympathie et respect.

Peu à peu l'intimité s'établit entre le Père et celui qui aimait à se dire son lieutenant. Devinant les ardeurs de ce zèle impatient de se donner, M. de la Mennais le mit tout de suite au service de ses œuvres bretonnes, et^. à partir de 1852, le missionnaire dut, presque chaque année, s'arracher à ses travaux pour venir, à Ploërmel, prêter son aide aux prédicateui's de la grande retraite.

Quels saisissants discours, quelles exhortations enflammées les Frères entendirent alors î Et comme ces efforts d'un prêtre pénétré de l'esprit de Dieu, initié aux détails de la règle, habitué à la direction des communautés, secondèrent ceux du Père, pour maintenir dans l'institut la générosité et la ferveur !

Les journées de cette huitaine se terminaient bien^ tard : il fallait faire de si longues séances au confessionnal ! On avait, du moins, le temps des repas pour s'entretenir et se récréer.

La petite communauté ecclésiastique de Ploërmel s'était augmentée, en 1847, d'un troisième aumônier, M. Gracia. C'était un ancien élève de Malestroit, qui avait passé huit

ans aux îles Marquises et à Valparaiso, en qualité de missionnaire.

Comme M. Ruault, il connaissait, en partie du moins, le passé du Père. Les récits de M. de laMennais, lorsqu'ils roulaient sur les vingt dernières années, évoquaient chez lai des souvenirs pleins de charme ; mais quel intérêt pour tous dans les conversations qui rappelaient les missions de la Restauration ou le noviciat des premiers Frères bretons !

La semaine s'écoulait ainsi, dans les travaux d'un ministère consolant et dans la joie d'âmes fraternelles, qui, d'un jour à Tautre, sentaient leurs liens se fortifier.

De retour à Auch, M. Raboisson s'efforçait d'appliquer les principes de direction du Père ; il se réglait aussi, pour procurer Taccroissemf'nt de l'œuvre, sur les pratiques jadis employées en Rretagne par le supérieur.

VU

De 1848 à 1856, le nombre des fondations avait plus que doublé en Gascogne. Successivement Castex et Saint- Mont avaient eu leur école, puis Mgr de la Croix avait voulu confier à des Frères les cours élémentaires du petit séminaire d'Auch, et le frère Mélite, de nouveau exilé de Rretagne, avait dû se charger de la classe principale.

Malgré tout, l'institut était encore à peine connu. La difliculté de disposer, chaque année, de plus d'un ou deux Frères obligeait à refuser plusieurs demandes, et le clergé, étonné de voir dix ans d'elforts aboutira d'aussi minces résultats, se reprenait à douter.

M. Raboisson voulut affiimer la vitalité de l'œuvre en acceptant, d'un seul coup, plusieurs fondations dans des paroisses en vue, comme celle de Mirande. Pour réaliser ce dessein, la Rretagne devait envoyer des renforts.

Mais il fallait des Frères brevetés^ et M. de la Mennais n^en avait plus. Pour sortir d'embarras, il eut l'idée défaire un coup d'Etat. La commission de Rennes ne

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