CINQUANTE-CINQ BREVETS A LA FOIS
lui était pas hostile. Tous ses Frères se trouvant réunis à Ploërmel, à Foccasion de la retraite, il constitua en jury les frères Julien, Bernardin et Ilippolyte , les chargeant d^examiner tous les maîtres de première et de seconde classe non encore brevetés, et de lui désigner ceux qui auraient des chances d'être reçus par une commission raisonnable. Sur leur rapport, il résolut d'en envoyer soixante-srpt à Rennes, en masse et sans préparation immédiate.
Cette audacieuse tentative eut un succès inespéré. Quelques jours après, M. de la Mennais écrivit à Mgr de la Croix : « En voyant arriver subitement ce bataillon d'ignorantins, nos universitaires devinrent furieux, flaiûboyants : « Ce M. de la Mennais, crièrent-ils, — et M. le recteur de « l'Académie plus haut que les autres — Ce M. de la Men- « nais nous insulte ! Il ne présente aucun candidat ni à (( Vannes, ni à Nantes, ni à Saint-Brieuc, ni à Quimper : «. il les présente tous à Rennes ! Apparemment qu'il prend « la commission de Rennes pour une machine à brevets ! » M. le recteur de l'Académie dit encore très vivement beaucoup de belles choses que j'ai déjà oubliées, et Tins pecteur, membie de la commission, se montra hautement animé des mêmes sentiments. Qu'en advint-il ? Douze pauvres Frères non moins instruits que les autres, qui eurent le malheur de tomber sous sa main, furent occis en un clin d'oeil. Mais pendant que notre aile gauche était enfoncée, mitraillée, hachée, notre aile droite, triomphant dans la salle voisine, enlevait cinq liante -cinq brevets au pas de course. Cinquante-cinq brevets, Monseigneur, et pas un de plus, hélas !
« Cette victoire est brillante, sans doute, et j'en rends au bon Dieu d'humbles et vives actions de grâces. Toutefois, elle n'aura, pour le moment, que de très faibles résultats, car, remarquez-le, tous les Frères nouvellement brevete's étaient déjà en exercice, et je ne pourrais en disposer immédiatement sans désoi-ganiser les établissements auxquels ils appartiennent... Si, enivrés par un succès inattendu, nous allions trop vite
en avant, je craindrais fort qu'on ne nous appliquât ce mot du Prophète : Multiplicasli gentem^ non magni^ ficasti lœtitiam (1). »
La conclusion, c'est qu'il n'y avait pas lieu encore de fonder de nombreuses écoles^ en Gascogne. Néanmoins M. de la Mennais crut sage d'accepter celles de Mirande et de Viella, et il s'engagea à en fournir les titulaires.
Quatre sujets furent donc choisis, capables de représenter honorablement Tinstitut breton (2), et pour la première fois, les Frères eurent à diriger une école importante.
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Une autre mesure devait contribuer plus sûrement au succès de l'œuvre.
Eauze est un bourg perdu loin de la ville épiscopale, et les prêtres du diocèse s'intéressaient peu à des postulants qu'ils ne voyaient jamais. D'autre part, à cette distance, M. Raboisson ne pouvait que difliciiement s'entendre avec le frère Jean-Louis. Enlin, depuis quelque temps, des manifestations hostiles d'une partie de la population gênaient les Frères lorsqu'ils sortaient en ville.
Pour ces divers motifs, ]\lgr de la Croix cherchait à rapprocher de lui le berceau du cher institut. Une occasion se présenta vers la fin de l'année 18o2, et il la saisit. Voici l'annonce joyeuse qu'il iaisait parvenir à Ploërmel, le 24 décembre : « Je viens de faire l'acquisition, non d'une maison, mais d'un vrai château, avec jardins, prés, champs, cours, etc, le tout de la contenance de près de trois hectares et demi ; position superbe, château et bâtiments superbes aussi, avec Hnobilier, linge, batterie de cuisine et autres objets utiles. De
(1) « Vous avez multiplié votre peuple, mais vous ne l'avez pas comblé de Joie. » IsAÏE, IX, 3. — Lettre du 13 septembre 1852. — Archives des Frères.
(2) C'étaient les frères Lcobartl, Celse, Ilernin et Savin.