PROJET DE NOVICIAT A LAVAGAN
Frères a été prechée concurremment par M. Guilloux, que Votre Grandeur connaît bien, et par M. l'abbé Raboisson. Ce dernier était allé, quelque temps auparavant, à Ploërmel, pour assister à la retraite générale, et régler avec le bon Père les petites affaires de la communauté. La retraite a été excellente ; les deux prédicateurs n'ont eu qu'à se louer du recueillement et de la piété qui ont régné parmi les Frères pendant les huit jours de sa durée. Le jour de la clôture, j'ai donné l'habit à quatre postulants, qui m'ont paru d'excellentes recrues. Le troupeau s'accroît ainsi peu à peu, et, ce qui est plus consolant, en s'augmentant, il ne perd rien de l'esprit de simplicité et de dévouement qui le caractérise. ïl y a, sans doute, comme dans toutes les communautés, quelques petites misères ; mais j^ose dire qu'ici elles n'ont rien d'inquiétant. « La plus grande difficulté, autant que j'ai pu en juger, vient de la différence qui existe entre les caractères bretons et les caractères gascons. J'ai cru remarquer également que l'éloignement du noviciat contribuait un peu à diminuer l'autorité du Frère directeur. Les Frères, ayant fait leur noviciat à Ploërmel, sont naturellement portés, dans leurs peines et leurs difficultés, à s'adresser plutôt à la maison-mère qu'à Lavacan. Il en résulte que le cher Frère n'a pas assez d'action et d^ascendant, et qu'il ne peut, par conséquent, maintenir comme il le devrait les jeunes Frères. J'ai causé assez longuement avec M. Guilloux de cette situation, et je lui ai demandé s'il ne croyait pas qu'il serait bon, pour consolider l'œuvre naissante, de préparer, le plus prochainement possible, rétablissement d'un noviciat à Lavacan. M. Guilloux a partagé sur ce point, ma manière de voir, ainsi que M. Fabbé Raboisson. Cependant, avant de communiquer ma pensée à Monseigneur, je serais bien aise de connaître, sur ce point, la pensée de Votre Grandeur. Qui pourrait, mieux qu'un père, savoir ce qui convient à l'éducation de son enfant (1) ? »
(1) Lettre inédite du l*' novembre 1856. — Archives des Frères.
452 JEANe*MARIE DE LA JMENNAIS
Mgr de la Croix approuva le projet, qui fut immédiatement réalisé.
A partir de 1857, la formation entière des Frères de Gascogne fut confiée au frère Jean-Louis, assista' d'un aumônier.
Cet acte aurait pu relâcher les liens de fraternité entre Lavacan et Ploërmel, si le Père n'avait veillé à l'observation de Ja règle qui le maintenait en relations épistolaires avec chacun des Frères ; mais, de part et d'autre, on se garda de rien modifier sur ce point. D'ailleurs, une députation des Frères de Gascogne continua de se rendre, chaque année, à la grande retraite de la maison-mère. Enfin on eut soin d'entretenir la communauté d'esprit par un échange presque constant de prédicateurs de retraite. M. Guilloux apporta à Lavacan les traditions et coutumes des Frères bretons, tandis que M. Raboisson faisait participer la maison de Ploërmel à la vie de sa sœur cadette.
Le rôle de ce dernier, quoique dépourvu de tout caractère officiel depuis l'arrivée du nouvel archevêque, n'était pourtant point effacé. Dès les premiers mois de son séjour à Auch, Mgr de Salinis s'était senti terrassé par une maladie de cœur. Chargé, presque seul, de l'administration du diocèse, M. de Ladoue laissa, dès lors^ M. Raboisson reprendre auprès des FVères ses anciennes fonctions.
Hélas ! cet appui allait aussi leur manquer. Le missionnaire n'avait jamais compté avec sa santé, que minait un travail accablant. En 1819, il prêchait une retraite jubilaire dans la paroisse de Castelnau-Barbarens^ lorsqu'on le pria d'aller haranguer une foule nombreuse de pèlerins accourus au sanctuaire de Notre-Dame de Cahusac. Obligé de parler en plein air devant un immense auditoire, il prit un ton élevé, fit des efforts violents, termina à grand'peine son discours, et repartit, baigné