MORT DE M. RABOISSON
de sueur, pour Gastelnau, où il s« remit à entendre les confessions.
Le lendemain et les jours suivants, brisé de fatigue, tremblant de fièvre, il poursuivit néanmoins sa campagne. Ce devait être la dernière. Sa retraite terminée, il fut forcé de s'aliter au presbytère de Gastelnau. Quelques jours après il était mort.
Cet événement, qui jeta le deuil dans la ville et dans le diocèse d'Aucb, fut particulièrement douloureux à M. de la Mennais. Il estimait tant la haute prudence, le dévouement simple et intrépide, le cœur d^or de ce vrai prêtre !
/ Pour comble d'épreuves, la santé du frère Jean-Louis était ébranlée, et des malaises rebelles à tous les traitements ne permettaient plus d'espérer une complète guérison. Seul, Taumônier de Lavacan, M. Fabbé Laboubée, mettait au service de l'œuvre un zèle servi par toutes les énergies de la jeunesse.
L'institut de Gascogne ne comptait encore, après dixhuit ans d'efforts, que quarante-huit Frères, dont trentehuit employés dans les écoles, et dix à la maison de Lavacan (i).
D'où viendra le secours désormais ? Mgr de la Groix^ accablé d'années, ne vit plus que de la pensée du ciel ;
(1) Les Frères avaient néanmoins pénétré dans le diocèse d'Aire, où ils tenaient Fécoie de Lannemezan, et aidaient les missionnaires de Notre- Dame de Buglose à desservir le pèlerinage. Us possédaient aussi divers établissements dans le diocèse de Tarbes, en particulier à Ibos et à Saint-Pé. Le 24 août 1856, Mgr Laurence, évéque de Tai'bes, marqua sa satisfaction à M. de la Mennais en lui adressant la lettre suivante :
Tarbes, le 24 août 1856.
« Monsieur le supérieur, le grand bien que vous avez fait et que vous faites encore à la religion me fait vivement désirer que vous soyez attaché par quelque lien à l'église et au clergé de Tarbes. C'est pour ces motifs que je vous ai nommé chanoine de la cathédrale de Tarbes, avec dispense d'installation. Je vous remets ci-joint le titre ; veuillez, je vous prie, l'agréer et en porter parfois les insignes ; nous en serons honorés par
« M. Raboisson vous donnera de bonnes nouvelles de ceux de vos enfants qui sont dans mon diocèse. Puisse cette excellente famille s'y multiplier !
« Je suis avec respect, monsieur le supérieur, « Votre tout dévoué en J.-G. N.-S.
f B. S. Evêque de Tarbes. »
Mgr de^ Salinis le^précédera dans la mort ; le supérieur de Ploërrael, plein de jours, lui aussi, partira le premier des trois.
L'œuvre est-elle donc condamnée ? Non, car la Providence lui reste. Le futur archevêque d'Auch, Mgr Delamare, recueillera la moisson semée parmi tant de labeurs et de larmes. Quant à louvrier de la première heure, il ne recevra, à la fin de sa tâche, que le maigre denier distribué aux mercenaires ; non, certes, que le Maître du champ le juge suffisamment payé, mais parce qu'ail lui est bon de mériter jusqu'au dernier instant avant d^entrer dans la joie de son Seigneur, et de ne recevoir ici-bas qu'un acompte sur l'éternité.