‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 182 sur 260 · LA NOUVELLE CHAPELLE DE PLOÈRMEL · texte numérisé non relu

LA NOUVELLE CHAPELLE DE PLOÈRMEL

pelle ; mais comment supporter l'énorme dépense, à une époque où le budget du noviciat se soldait en déficit, et où les bâtiments indispensables au logement du personnel n'étaient pas terminés ?

M de la Mennais hésita, longtemps. Enfin, sur les instances de M. Guilloux, il se décida à raser le vieil édifice et à jeter les fondements d'une chapelle digne d'un chef-lieu de congrégation.

Ne pouvant aboutir qu'à force d'économie, il résolut, tout d'abord, d'économiser un architecte. On se rappelle le jeune Frère qui, à Pordic, avait dressé le plan d'une si remarquable église. Le Père avait sur lui de grands desseins. « Mon successeur, avait-il dit, sera un tout petit FrèrC;, placé seul dans une grande paroisse du pays de Saint-Brieuc (1). »

Le frère Gyprien fut mandé à Ploërmel. Déjà avancé en âge, le frère Hippolyte ne pouvait^ plus mener de front les fonctions de maître des novices et d'assistant du supérieur. Le nouveau venu fut chargé, à la fois*, de former les jeunes recrues et de diriger les travaux de la chapelle.

Chacun se mit à l'œuvre, M. de la Mennais sollicitant tous ceux de ses anciens amis qui pouvaient l'aider de leur bourse ou de leur influence, le frère Gyprien combinant sur le papier les lignes architecturales de sa future église, les Frères des écoles bretonnes et des missions se privant de tout pour apporter leur pierre à la maison de Dieu.

Le 14 septembre 1853, le fondateur posait la première pierre de la chsipelle, avec la solennité accoutumée.

Bientôt, tous les ateliers de la maison-mère furent en travail pour la construction, et les exercices des Frères durent se poursuivre au bruit des pioches, des rabots, des vrilles grinçantes, des scies et des marteaux.

Les murs s'élevaient rapidement, lorsque survint la cherté de 1854 , qui devait prendre les proportions

(1) Oraison funèbre du Révérend Frère C'(/pWen,parM. l'abbé Daniel, p 10.

d'un Iléau. Loin de ralentir "les travaux, elle permit, au contraire, de les activer, car M. de la Mennais, pour fournir du pain à une foule d'ouvriers sans travail, les réunit sur les chantiers de la maison- mère.

11 n'était pas toujours facile de maintenir la paix parmi ces artisans de rencontre. Un jour qu'ils s'étaient pris de querelle, le maire vint dire à M. de la Mennais : « Renvoyez tous ces drôles ; ils ne méritent pas qu'on les fasse travailler.

— Je m'en garderai bien, déclara le supérieur ; je vous punirais trop durement, vous et les habitants de Ploërmel. »

Grâce à cette patience inspirée par la charité, la crise passa, les ouvriers secourus portèrent aux nues « le Père de la Mennais », et, dans l'espace d'une année, la chapelle fut bâtie. Elle avait coûté deux cent mille francs.

Un incident d'ordre tout intime avait marqué la dernière période des travaux.

Persuadés que le Père n'avait plus longtemps à vivre et que la place de son tombeau était sous les voûtes qu'on achevait de construire, les Frères assistants (1) eurent la pensée de faire creuser un caveau destiné à recevoir ses cendres. ,

On se mit à l'œuvre, mais dans le plus grand seci-et, car le fondateur n'admettait guère Uidée dé cette glorification posthume, et on était bien sûr de voir le travail arrêté net, le jour oii il découvrirait le complot.

On avait donc soin de faire obstruer l'entrée du caveau par des madriers et des planches, aux heures de sa visite accoutumée. Mais, un soir, arrivant à l'improviste^ il surprit les ouvriers en train de cimenter la voûte.

« Que faites- VOUS: là? demande-t-il brusquement.

— ^ Nous n'en savons rien, disent les maçons. »

(1) Peut-être les Frères que M. de la Mennais avait choisis pour secrétaires ne portaient-ils pas encore ce titre ; mais, de fait, ils 1 assistaient dans le gouvernement de l'institut.

Page 1