‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 188 sur 260 · DÉCÈS MULTIPLIÉS · texte numérisé non relu

DÉCÈS MULTIPLIÉS

quelques semaines, mon excellente sœur, ma nièce bienaimée (1) et six de mes plus anciens et de mes meilleurs Frères ! Mon cœur est brisé, et ma santé, déjà si mauvaise, comme vous le savez, est devenue plus mauvaise encore. Cependant elle commence à se remettre. Ne vous inquiétez pas ; mais, toutes, demandez pour moi courage, patience et résignation (2). »

L'année suivante, nouveau deuil, moins imprévu, mais non moins douloureux. C'est, cette fois, M. Ange Blaize, le beau-frère, le vieil ami de Fabbé Jean^ qui disparaît. A la nouvelle de cette mort, il écrite Fun de ses neveux : « Cher Hyacinthe, je reçois ta lettre, et j'y réponds à l'instant, ou plutôt, je ne puis y rej)ondre un mot. Je n'ai que des larmes !.... Mais j'ai aussi les espérances de la foi. Elles seules peuvent adoucir nos inconsolables regrets! Il me tarde de vous revoir tous, pour pjeurer avec vous: Prions, et aimons-nous les uns les autres plus que jamais (3) ! »

Du moins, ceux-là s'en allaient bénis et pardonnes ; jusqu'à la résurrection promise, ils dormiraient leur sommeil de paix à côté des aïeux. Mais comment finirait Finfortuné qui, à Paris, attendait la mort dans sa solitude désolée ?

Depuis trois ans, l'abbé Jean n'avait de ses nouvelles que par les feuilles publiques, et, parfois, celles-ci n'étaient guère rassurantes.

Au mois de mai 1833, on fit courir sur la santé de l'écrivain des bruits sinistres. Aussitôt, le supérieur de Ploërmel adressa à tous les membres de la famille Blaize une lettre collective : « J'ai appris par les journaux, dit-

(1) M-^e Félix de Kertanguy. Elle était morte à la suite des fatigues éprouvées en soignant sa mère.

(2) Lettre inédite. — Archives des Frères.

(3) Ropartz, p. 471.

il, que Féli a été gravement malade, ce qui me donne de bien pénibles inquiétudes. Si vous avez de ses nouvelles, faites-m'en part, et, si vous n'en avez point, écrivez à Paris pour en demander. Il me tarde d'en recevoir (1). »

Ses craintes n'étaient pas fondées ; mais, au mois de novembre de la même année, nouvelle alerte. Les journaux parlent, cette fois, de danger imminent. Très inquiet, l'abbé Jean écrit à son neveu, Hyacinthe Blaize,: « Dismoi, le plus tôt possible, ce que tu peux savoir sur l'état d'une santé qui nous est si chère ; réponds sans retard ! Des informations positives (2) ! »

Les informations arrivèrent. Elles étaient désolantes. C'était le 31 janvier 18o4 . L'abbé Jean saisit une plume, et traça péniblement ces simples mots, à Padresse de M. l'abbé Houet, de Rennes :

« Lis, et, avec moi, pleure et prie (3) ! »

La lettre qu'il communiquait à son ancien disciple était signée de M. de Gornulier-Lucinière, le neveu de sa vieille amie. Celui-ci se trouvait alors à Paris, avec sa sœur, M"'^ de Grandville, qui avait jadis habité, en même temps que Féli, la maison des « Feuillantines ».

A la première nouvelle du danger, ils s'étaient rendus, rue du Grand-Chantier, au domicile de Fécrivain, et voici en quels termes M. de Cornulier annonçait à l'abbé Jean le résultat de sa visite : « Nous n'avons appris qu'hier soir la maladie de M. votre frère, et nous venons de nous présenter chez lui ; mais, malgré les plus vives instances, ma sœur n'a point été admise à voir le pauvre malade. Plusieurs hommes, se disant ses amis, se relèvent pour le garder, et assurent à ceux qui se présentent que le médecin défend qu'il voie personne. Ma sœur a mis en avant notre ancienne liaison, notre intimité avec ses nièces, le tout en pure perte (4). »

(1) Ropartz, p. 472.

(•2) Ibicl. — Lettre du 2 novembre 1853, p. 473.

(3) Cité par A. Roussel, op. cit., T. Il, P- 371.

(4) Id. op. cit., T. II, p. 372.

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