‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 194 sur 260 · LA VIE PRIVÉE. L H0M3IE, LE CHRÉTIEN, LE PRÊTRE · texte numérisé non relu

LA VIE PRIVÉE. L H0M3IE, LE CHRÉTIEN, LE PRÊTRE

(( La suprême beauté de la vie, a dit le P. Gratry, c'est la vie donnée et consacrée, pour l'amour de Dieu et des hommes, au travail et au sacrifice. »

A en juger par cette règle, nulle existence ne resplendit, aux reg-ards humains^ d'un plus pur éclat que celle de Jean de la Mennais ; nul front ne porte, à meilleur titre, Tauréole discrète de l'homme de bien.

Est-ce assez, et doit-on se contenter de lui assigner un rang d'honneur dans l'immense légion des bons prêtres?

Les autorités ecclésiastiques du diocè'se de Vannes n'en ont point ainsi jugé. A l'heure où nous écrivons, parles soins de Mgr Latieule et du Révérend Frère Abel, troisième supérieur général de l'institut, Fabrégé de sa vie et l'exposé de ses longs services sont sous les yeux des Congrégations romaines. 11 s'agit de savoir si l'aîné des deux hommes qui ont illustré le nom de La Mennais, si le frère du prêtre qui trahit l'Eglise et fut enseveli sans prières, est digne, par l'héroïcité de ses vertus, d'être placé sur les autels.

Que ces démarches s'expliquent, on le reconnaîtra, nous l'espérons, après avoir lu le présent chapitre.

Loin de nous la pensée de prévenir le jugement de l'Eglise; mais qu'il nous soil permis d'exposer les motifs

d'espérance de ceux qui, déjà, aiment à contempler notre héros dans la gloire des saints.

Ses grandes œuvres de relèvement et d'éducation contribueront, sans nul doute, à attirer sur lui Tattention de l'Eglise, et le souverain Pontife ne saurait voir sans une faveur marquée son action aussi incessante qu'intrépide en faveur des doctrines romaines (1).

De telles entreprises requièrent des vertus plus qu'ordinaires. Ces vertus, le lecteur en a admiré, au cours de notre récit, les actes multipliés. Toutefois, il est impossible d'apprécier moralement une vie, tant qu'on ne la connaît que par le dehors. Peu importe qu'on ait ébloui le monde par des œuvres grandioses, si l'on ne soutient point, en particulier, le rôle assumé en public. D'autre part, que sert d'avoir donné à Dieu et aux hommes la période active de son existence, si, parvenu aux années sombres et volontiers égoïstes de la vieillesse, on dément, par un retour offensif de l'amour de soi, un renom laborieusement acquis de générosité? que sert d'avoir été loué de son vivant, si la mort révèle des fautes ignorées ou de secrètes faiblesses?

Pour justifier les espérances des amis du Père, nous allons pénétrer dans sa vie intime ; nous allons le suivre dans les menus détails de ses journées, et dans ses rapports avec les plus humbles de son entourage, surtout pendant ces années silencieuses de l'extrême vieillesse où l'enthousiasme éteint le laisse face à face avec le devoir, soutenu par sa seule vertu.

(1) C'est à lui que Ton doit, en particulier, l'accord presque unanime qui, lors du concile du Vatican, se manifesta dans le clergé du diocèse de Saint-Brieuc en faveur de rinfaillibilité pontificale. L'évêque d'alors, Mgr David, ayant pris ouvertement parti contre l'opportunité de la définition, deux anciens professeurs du grand séminaire, MM. Julien Gocheril, aujourd'hui protonotaire apostolique, et Louail, mort curé de Plémet, prirent l'initiative d'un mouvement qui avait pour but, non de protester contre les démarches du prélat, mais de rappeler l'ancienne tradition de TEglise de Saint-Brieuc au sujet de la question en litige. La presque totalité du clergé s'y associa, et M. Louait adressa à Mgr David une lettre très fortement documentée, dans laquelle il faisait remonter à M. Jean de la Mennais et à M. Vielle la reprise de cette tradition diocésaine, après la Révolution et le Concordat.

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