SINITE PARVULOS VENIRE AD ME
au novice qui occupait lo bout de la table. C'était une correction qu'on était loin de redouter, car le bon Père, craig-nant que sa main eût été trop lourde . disait incontinent : « Mon fils, je t'ai fait mal? Embrasse-moi ! » Un frère était-il malade ? Alors ce n'était plus de la condescendance ou du dévouement, c'était une tendresse de mère. « Un jour, raconte le frère Casimir (1), le vieux supérieur arriva à Tréguier, tout mouillé et transi de froid, ayant été obligé de marcher dans la neige pour gravir certaines pentes fortraides. Cela ne l'empêcha pas, ayant appris que j'étais soulTrant, de monter immédiatement au dortoir oii je tremblais la fièvre, et de passer un bon quart d'heure au pied de mon lit, pour me consoler et m 'encourager à la patience. »
Mais c'est surtout avec les enfants que son vieux cœur s'épanouissait. Le Sinlte pan-vulos venire ad me^ qu'il a fait graver à l'entrée de la maison-uière, exprime bien le sentiment qui l'attira, toute sa vie, à l'exemple du Maître, vers les fronts purs et les âmes innocentes.
Un éminent historien, qui fut jadis l'élève des Frères de Vitré, M. de la Borderie, a gardé un souvenir ému des visites du Père dans la classe où il s'essayait à l'orthographe. « J'ai vu, disait-il en 1894, j'ai vu l'illustre et vaillant abbé Jean^Maric de la Mennais venir inspecter l'école de, Vitré. Je l'entends encore nous adresser de bons conseils, toujours sous une forme aimable, accompagnés d'histoires plaisantes, qui nous amusaient... Dieu sait ! — Je le vois encore avec sa ligure irrégulière, mais si originale et si caractérisée, toute rayonnante d'intelligence, de bonté et de bonne humeur: je le vois passer entre nos rangs, distribuant plus volontiers l'éloge que le blâme, donnant à tous de bonnes paroles, embrassant affectueusement les petits, qui rougissaient de plaisir, bien qu'ils fussent un peu intimidés par son nez... prépondérant, tout barbouillé de tabac; mais il savait si bien les
(1) Actuellement (1902) doyen d'âge de l'institut, et directeur de l'école de l'Ile d'Arz.
faire rire, et il donnait de si belles images ! C'est sous cette physionomie souriante et patriarcale qu^est resté dans ma mémoire ce grand serviteur de Dieu et des hommes (1). »
Il n'était pas rare que sa visite déposât dans une âme d'enfant le germe d'une vocation. En parcourant les rangs des écoliers, il aimait à coiffer de son tricorne leurs petites têtes mutines, en disant à Fun : « Toi, je veux que tu sois prêtre, » puis, à son voisin : « Toi, je veux que tu sois Frère de l'Instruction chrétienne. » Pour un très grand nombre le vœu s'est réalisé.
Ce n'était pas seulement aux minois intelligents et auXjfrais visages qu'allaient ses caresses. Il les prodiguait de préférence à ceux qu'un mal passager ou une infirmité native avaient défigurés. « Il aimait et caressait les enfants, a raconté le frère Jérôme, de manière à attendrir le cœur. Au cours d'une visite qu'il fit dans les classes de Paimpol, je l'ai vu prendre un petit écolier sur ses genoux et l'embrasser tendrement quoique cet enfant eût la tête recouverte de croûtes purulentes. »
Nous sera-t-il permis de rappeler un fait extraorordinaire, dont on a longtemps parlé à la Providence de Saint-Brieuc ?
Le Père faisait la visite des classes. Après avoir encouragé et égayé les enfants par ses joyeuses» histoires, il aperçoit, dans un coin, une pauvre petite fille que la maîtresse a cru devoir séparer des alitres, crainte d'une maladie contagieuse. Il s'inform^de son mal, s^approche, et la comble de caresses. Le soir, l'enfant retourne à la maison, et sa mère ne peut retenir un cri d'étonnement, en la voyant parfaitement guérie.
« — Quel médecin t'a soignée au couvent, cet aprèsmidi? »
L'enfant répond qu'on ne lui a administré aucun remède mais qu'un bon prêtre, visitant la classe, a beaucoup fait
(1) Discours à la distribution des prix de l'école de Vitré. — Chronique des Frères, t. IX, p. 364.