‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 197 sur 260 · L'ESPRIT DE FOI DÛ FONDATEUR · texte numérisé non relu

L'ESPRIT DE FOI DÛ FONDATEUR

rire les petites élèves, puis est venu à elle et Ta baisée au front, et que, depuis lors, elle ne souffre plus (1).

Lorsque Dieu donne à des caresses une pareille vertu, c'est qu'elles ne procèdent pas d'une bonté purement humaine. Le ciel couronnait, par ce don merveilleux, la foi, l'espérance, la mortification, l'humilité du grand chrétien que fut Jean de la Mennais. Contemplons la pleine floraison de ces vertus defns l'âme de notre héros^ sous Faction de la grâce divine.

Inutile de rappeler que la période active de sa vie fut un perpétuel et très méritoire acte de foi. Professer les doctrines ultramontaines en face de Napoléon et du gouvernement gallican de la Restauration, rompre en visière aux opinions du clergé d'alors ; fonder des écoles catholiques, malgré les libéraux du temps de Louis-Philippe, c'était se condamner d'avance à des oppositions redoutables et à des tracasseries sans fin.

Il est vrai, ce rôle militant ne fut pas imposé à la vieillesse du fondateur ; mais comment expliquer cette volontaire réclusion des années de Ploërmel, avec toutes les privations qu'elle entraîne, sans la pensée d'une grande mission surnaturelle à remplir?

Cet homme distingué par la naissance, né dans la richesse, habitué à traiter avec les esprits les plus cultivés de son temps, porté; dès le début de sa carrière, aux charges ecclésiastiques les plus en vue, s'est confiné au centre de la Bretagne, dans un pays retiré et, à cette époque, presque inaccessible. Là, il s'est entouré de jeunes paysans incultes, et, au prix de raille sacrifices, s'est appliqué à les instruire;, non pour les élever à son niveau et trouver en eux, après quelques années d'efforts, des hommes capables de penser et de sentir

(1) D'après un récit du frère Théophane-Marie, qui s'est fait Técho d'une tradition toujours vivante au couvent de Saint-Brieuc.

comme lui, mais pour leur donner la culture rudimentaire d'instituteurs de campagne.

Afin d'exercer, jusqu'à l'extrême vieillesse, ce rôle modeste de catéchiste et de pédagogue ; pour faire, « sur toutes choses, que Dieu fût mieux servi et mieux aimé » (1), il a renoncé aux satisfactions intellectuelles les plus élevées, et s^est, en quelque sorte, déclassé jusqu'à devenir et rester jusqu'au bout, au moins par les besognes quotidiennes, « l'Ignorantin breton ».

De pareils renoncements ne requièrent pas seulement une dose plus qu'ordinaire d'esprit de foi ; ils ne s'expliquent que par un ardent désir et une espérance inconfusible des biens célestes. Le monde n'a rien à offrir en retour de l'absolu don de soi. Gomment donc passer sa vie au service des ignorants et des humbles sans la pensée constante de la gloire promise à qui s'immole par dévouement?

Et quant à la charité de l'homme de Dieu, dont les pages précédentes relèvent quelques traits aimables, ne brille-t-elle pas d'un merveilleux éclat dans toute la suite de cette vie sacrifiée, dont l'unique mobile est la gloirede Dieu et le bien des âmes? Sauver la foi du peuple breton, le maintenir chrétien, à tout prix, et, par là, augmenter le nombre des élus, n'est-ce pas la seule explication de tant de travaux et d'efforts, qui se poursuivent depuis Tordinàtion jusqu'à la dernière messe?

Si de pareils actes avaient besoin d'un commentaire, nous n'aurions pas à le chercher bien loin. Nous le trouverions dans les livres, dans les sermons manuscrits et dans la vaste correspondance de l'excellent prêtre. Là, pas un mot qui trahisse des préoccupations étrangères aux grands intérêts qui dominent sa vie ; pas une ligne qui ne puisse être signée par un saint.

Citons, au hasard, quelques maximes qui, revenant habituellement sous sa plume , paraissent exprimer le fond de son âme.

(1; Devise du Cardinal Richard, archevêque de Paris, emprunté à une maxime de la bienheureuse Françoise d'Amboise.

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