RESTAURATION DE LA CHAPELLE
j'y ai été fort occupé des réparations de la maison principale. Elles vont assez vite, mais elles seront très dispendieuses (1). »
Dans l'espace de quelques semaines, l'aile de l'ancien couvent donnant sur le jardin fut. démolie ; quelques mois après, elle était reconstruite, non pas, certes, avec luxe, mais avecles proportions imposantes et la noble simplicité qui conviennent aux demeures monastiques.
M. de la Mennais avait hâte surtout de rendre au culte la chapelle profanée. Le boulanger voisin refusait d'enlever les fagots qui l'obstruaient. Les Frères dur^^nt les prendre un à un sur leurs épaules, pour en débarrasser le vieux sanctuaire.
Sous l'énergique impulsion du supérieur, maçons et menuisiers firent si bien, que, le 15 août 1825, la messe se célébrait dans l'enceinte vénérable oii la louange de Dieu, muette depuis trente ans, avait jadis retenti pendant plus d'un siècle (2).
C'était l'époque de la retraite annuelle. Tous les Frères en exercice étaient, ce jour-là, présents à Ploërmel. A la lin de cette retraite^ on prononça, pour la première fois, le vœu de cinq ans (3).
Cent trente-trois Frères avaient suivi la procession solennelle de l'Assomption, après un magistral discours du fondateur, à l'église paroissiale. En outre, depuis l'arrivée du Père, en l'espace de quelques mois, le nombre des novices avait doublé (4).
Fixé désormais pour toujours en Bretagne, M. de la Mennais s'appliqua à donner à ses disciples une formation aussi complète que méthodique. Sa grande ambition fut
(1) Lettre au frère Laurent, directeur de l'école de Quintin.
(2) La chapelle avait été bénite, quelques jours auparavant, par M. Dano, curé de Ploërmel.
(3) Cette retraite fut présidée, comme les autres, par MM, de la Mennais et Deshayes. Les principales instructions y furent données par M. Duval, futur curé de Gancale, et AL Houeix, aumônier des Ursulines de Ploërmel.
(4) Ils étaient dix seulement lors de leur arrivée à Ploërmel sans compter, bien entendu, ceux qui résidaient dans les petits noviciats de Dinan et de Tréguier.
d'être un parfait maître des novices, et, pour y parvenir, il s'exerça plus que jamais aux vertus qu'il exigeait des Frères.
Certes, dans sa vie d'administrateur et de missionnaire, il ne s'était guère épargné. Il voulut montrer à ses Frères à quel prix on fait œuvre d'apôtre, et, pour encourager au travail ces pauvres jeunes gens qu'attendaient plus tard de si dures besognes, il reprit, à travers les landes de Bretagne, les rudes chevauchées dont il était coutumier à Saint-Brieuc.
Les Frères dirigeaient déjà plus de trente écoles. Il se mit à les visiter avec une régularité qui stimula partout la piété et le travail.
Il quittait Ploërmel, à cheval, le plus souvent seul, quelquefois accompagné d'un Frère, qu'il voulait former à la fonction de visiteur. Par esprit de pauvreté^ on n'entrait point dans les auberges. Le dîner se prenait à la lisière d'un bois, et consistait en un morceau de pain et de fromage, dont le Père donnait à son disciple la meilleure part.
Parfois, les voyageurs étaient troublés dans leurs arrangements de vie mortifiée. Un jour, un garde forestier débouche d'un taillis, au moment oii l'abbé Jean et son compagnon, assis sur l'herbe, commençaient leur repas d'anachorètes. Il va droit à eux, et leur demande leurs papiers. Le Père arrache son rabat, et, le tendant an garde : « Je n'ai pas d'autres papiers que ceci, » dit-il. Puis, montrant le crucifix du Frère : « Quant à mon disciple, il porte les siens sur sa poitrine. »
— Monsieur^ cela ne suffit pas ; suivez-moi. »
Il fallut obéir. Le pauvre Frère cheminait, anxieux, derrière l'agent de la force publique, qui marchait sans mot dire.
Une clairière apparaît, et, au fond, la maison du garde. Arrivé au seuil, celui-ci se découvre, et prie