‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 20 sur 260 · SALVERÏE ET GLAIS-BIZOIN · texte numérisé non relu

SALVERÏE ET GLAIS-BIZOIN

affiliée aux Jésuites. L'autre leur reprochait, avec la précision de termes et la courtoisie de langage usitées en pareille rencontre, « d'abrutir les enfants et d'arrêter les progrès de la civilisation. »

M. de la Mennais releva le gant. Dans un mémoire destiné vraisemblablement à un journal, et que nous avons sous les yeux, il prit en main la défense <le ses fils; mais, en présence d'attaques oi^i l'extravagance le disputait à la fausseté, il ne s'imposa point de prendre toujours *au sérieux ses adversaires.

« Ces Frères,, affirmait M. Sal verte, se lient par des vœux monastiques ; la chose m'est affirmée par un député de l'Ouest, digne de toute confiance.

— Et moi, réplique M. de la Mennais, j'affirme que les statuts des Frères ne les obligent à faire aucun vœu, et qu'ils ne font réellement aucun vœu monastique (1).

«... Il y a, sans doute, des rapports de dépendance. entre eux et leurs supérieurs ; mais n'y en a-t-il pas aussi entre un soldat et ses chefs? Et, à cause de cela, prétendrait-on que les soldats sont des moines ?

(( Je ne connais pas de loi qui me défende de promettre, même devant Dieu, à Fhonorable M. Salverte d'être son très obéissant serviteur, et qui s'oppose à ce que je l'appelle : Mon Révérend Père (2). »

Un député ami de l'institut lut ce passage à la Chambre, où il excita des rires homériques. Le pauvre Salverte, salué par ses collègues sous le titre de « Révérend Père », resta plusieurs jours ahuri et confus.

Un reproche avait paru plus sérieux à M. de la Mennais. Glais-Bizoin avait accusé le fondateur des Frères de s'opposer malignement au succès des écoles mutuelles.

« Si mes écoles, écrivit l'abbé Jean, sont tellement peuplées, qu'il faut presque partout agrandir les classes pour recevoir les nouveaux élèves, est-ce un mal?

(1) Le vœu d'obéissance, que faisaient les Frères, ne les constituait pas dans Félat proprement monastique.

(2 ' Observations siœ quelques discours relatifs aux Frères de VInstruction chrétienne, prononcés à la Chambre des Députés. — Cf. Ropartz, p. 393 et suiv.

« Ai-je tort de ne pas laisser un enfant sans instruction dans les communes où je m'établis ? Si les écoles d enseignement mutuel sont languissantes, et si elles restent à peu près vides dans la plupart des endroits mêmes oîi je ne suis pas en concurrence avec elles, est-ce ma faute? Souvent, ne serait-ce pas plutôt la faute de ceux qui nous accusent, et, quelquefois, avec tant de violence? Je ne veux rien dire là-dessus, sinon que mes Frères ont vécu jusqu'ici dans une paix profonde avec leurs rivaux. Ils ne cherchent à triompher qu'en enseignant mieux et en' coûtant moins cher aux communes que. tous les autres instituteurs. Je ne puis promettre à M. Glais-Bizoin de renoncer à ces deux moyens de succès ; mais je m'engage volontiers à n'en jamais employer d'autres.

« En vérité, je m'étonne d'entendre crier au monopole parce que je suis parvenu à fonder cent trente écoles dans un pays où il en. faudrait au moins douze cents. Il en reste mille soixante-dix à la disposition de M. Glais-Bizoin ; sa part n'est- elle pas assez belle (1) ? »

Ce langage fit impression, et l'incident de la Chambre n'eut d'autre résultat que de faire connaître en dehors de la Bretagne, une œuvre sainement démocratique, dont ridée devait bientôt faire son chemin dans plusieurs provinces.

cl) Cf. Ropartz, p. 399.

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