‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 203 sur 260 · FIDÈLE SOUVENIR DE L'ABBÉ BORNET · texte numérisé non relu

FIDÈLE SOUVENIR DE L'ABBÉ BORNET

ses confrères de Malestroit, le sympathique abbé Bornet, devenu vicaire à Bordeaux (1). Celui-ci, de son côté, gardait à son vieux supérieur un fidèle souvenir.

Les lignes suivantes, datées du 21 septembre 1850, et trop tardives à son gré, diront la chaleur de ses sympathies :

« Vous êtes si bon et si parfaitement père pour tous ceux qui se sont une fois dits vos enfants, qi>e, malgré mes torts à votre égard, je vous écris avec la même confiance et la même liberté, que si je répondais à une lettre que vous m'eussiez écrite depuis trois jours... Je sais que le mieux est de m'avouer coupable, en ajoutant seulement que le cœur n'y est pour rien. Oh ! pour cela, j'y tiens comme à la vie. Non, très cher Père, jamais le cœur n'a été ni ne pourra être pour rien clans mes torts envers vous.

« J'étais fermement résolu à aller recevoir mon pardon, dans cet embrassement où votre âme sépanche tout entière sur le fils que vous revoyez après quelque temps d'absence. La partie ayant été arrangée avec le très cher abbé Blanc, je n'ai pas eu le courage de partir sans lui.... J'ai appris^ avec la peine la plus profonde, que vous aviez été, à plusieurs reprises, extrêmement souffrant, et que votre santé était bien affaiblie. Le cher abbé Houet me dit que vous êtes bien maintenant, et que votre retraite ne vous a pas fatigué. Que^Dieu vous conserve longtemps, mon bien-aimé Père, et à son Eglise et à l'amour de tous vos enfants ! Puissé-je, quand j'aurai le bonheur de vous revoir, trouver que voire santé a refleuri I Quant à votre cœur, je sais qu'il ne vieillit pas, et que je le trouverai toujour-s plus tendre et plus aimant que celui des jeunes gens les plus ardents (2). »

Le pardon si aimablement imploré fut accordé, à Ploèrmel, Tannée suivante. M. Bornet s'y rencontra avec MM. Blanc et Houet, heureux de se rajeunir, eux aussi,

(1) En att( nduut (|ue Mj^r Gerbet, (vrdue ûc P(i]n-;nan, le prit pour vicaire généra!.

l2, Lettre inédite. - Archives ôc^ Fi ères.

au contact du cœur paternel. Puis, ce fut Mgr Gerbet^ depuis peu évêque de Perpignan, qui, à son tour, traversa la France pour revoir la Bretagne, et embrasser une dernière fois « son cher abbé Jean » .

Gerbet, Blanc, Bornet, Houet, c'était le Malestroit de 1830. Un des anciens, toutefois, manquait à la réunion, c'était l'excellent « Père Rohrbacher ». Lui aussi achevait sa journée. Eloigné, à la suite de pénibles malentendus, du séminaire de Nancy, il s'était retiré à Paris, dans la maison -mère des Pères du Saint-Esprit. 11 y devait mourir, le 17 janvier 1856, deux ans à peine après «le pauvre M. Féli », qu'à la dernière heure, il avait vainement tenté d'approcher.

Depuis longtemps malade, et obligé de passer ses hivers à Nîmes, l'abbé Blanc l'avait précédé dans une meilleure vie. 11 avait été nommé, peu de temps auparavant, supérieur de l'infirmerie Marie-Thérèse, à Paris (1). Tandis que ses condisciples, ses collègues dans l'enseignement, ses jélèves mômes, étaient promus aux premières dignités de l'Eglise, lui, tout entier à ses études liistoriques, bornait son ambition à un modeste canonicat qui lui permît de les poursuivre sans distraction. Il ne put l'obtenir. Il s'usa dans les fonctions pénibles de professeur et d'aumônier, et, quand on lui accorda la retraite honorable de Marie-Thérèse, il. était trop tard. Peu de prêtres furent plus laborieux, plus savants^, plus droits, plus indulgents, ajoutons plus éprouvés.

Resté seul, en Bretagne, de ce petit groupe jadis si étroitement uni, M. de la j\lennais s'acheminait vers ces sommets glacés de l'existence, où le vieillard en quête d'affection ne trouve, d'ordinaire, que désert aride et perspectives désolées. ^

Dieu voulut épargner cette solitude de Pâme au prêtre qui, pendant plus d'un demi-siècle, s'était donné aux autres sans compter.

(1) Maison de retraHe des prêtres âgés et infirmes du diocèse de Paris Elle a été l'ondée par M""" de Chateaubriand.

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