‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 204 sur 260 · LES AMIS DES DERNIÈRES ANNÉES · texte numérisé non relu

LES AMIS DES DERNIÈRES ANNÉES

En dehors de la société de Malestroit et des chers aumôniers de la maison-mère, quatre prêtres restaient, fidèles au passé : Tabbé Langrez, que ses infirmités retenaient à Qaimper (1), l'abbé Houet, un des visiteurs les plus assidus du Père, Fabbé Maupied et l'abbé Kermoalquin (2). Mais, dans sa longue carrière de bonnes oeuvres, l'abbé Jean s'était fait d'autres amis. Avec les Frères de la maison-mère et les religieuses de la Provideace, qui le visitaient avec un rare dévouement, les compagnons les plus habituels de ses dernières années furent les laïques^ jeunes et vieux, qu'il avait jadis éclairés, secourus ou consolés, et qui vinrent, jusqu'à la fin, égayer d'un sourire ou d'un mot affectueux sa chambre de reclus.

Les familles de Kergariou, de Lambilly, de Lorgeril, de Kergorlay, de Champagny, de Murât," Petit, de la Villéon, figurent au premier rang de celles qui le vénéraient, soit comme guide spirituel, soit comme ancien maître, soit môme à titre d'allié ou de parent. On venait, du reste, à Ploërmel sans y être attiré par la reconnaissance. On voulait voir, on voulait connaître le fondateur des Frères ; on tenait à féliciter le créateur de cette magnifique institution qui répandait ses bienfaits dans les Deux-Mondes.

11 était devenu, pour ses amis, expansif et affectueux comme un aïeul. Perclus des jambes, mais capable de tracer encore quelques lignes, il n'avait garde d'oublier un certain nombre de braves cœurs, qu'il avait rencontrés jadis dans ses voyages, et qu'il ne devait pas revoir.

Nous avons sous les yeux deux lettres adressées à un ami qui avait naguère habité Saint-Brieuc. Nous citons la première en entier, parce que, à la suite de paroles cordiales qu'il prodigue à un homme frappé dans ses affections de famille, on 3^ trouve un état exact de l'institut des Frères en 1852.

« Cher ami, j'avais appris, par les journaux, la perte

(1) Il devait mourir en 1862.

(2i Ce dernier devait succomber, en 1870, aumônier volontaire des mobiles bretons.

cruelle que nous avons faite, et je vous aurais écrit à cette occasion, si j'avais connu votre adresse. Je dis noiis^ car j^ai partagé tous vos regrets, et mêlé mes larmes à vos larmes. Madame de Mayet [{) était si bonne pour moi ! Jamais je ne l'oublierai, non plus que je ne puis vous oublier, vous, mon cher aaii, qui m'avez donné tant de marques de bonté, dans un temps déjà loin de nous, mais qui est toujours présent à ma mémoire. Je comprends tout votre chagrin ; il est de ceux pour lesquels il n'y a point de consolations humaines : nohiit comolari quia non sunt. Cependant, ne vous en laissez point accabler. La mort n'est qu'un passage, séparation douloureuse, il est vrai, mais courte ; nous reverrons un jour dans un monde meilleur ''ceux que nous avons aimés sur la terre, et qui se sont endormis, un peu plus tôt que nous, dans le Seigneur. Ils vivent pour ne plus mourir ; nous les retrouverons de l'autre côté de la tombe, dans le sein de Dieu.

« Vous voulez bien me demander de mes nouvelles. Je pourrais vous répondre en deux mots, comme l'Apôtre : Tempus rçsoluf,ionu meœ instat. Ma santé est ruinée, épuisée par le travail. Moi, pauvre vieux, j'ai à gouverner de 8 à 900 Frères, 233 établissements en Bretagne, et toutes les écoles fondées par le gouvernement dans les colonies, moins l'île d« la Réunion ; 140 de mes Frères sont employés dans les outres colonies ; à la Martinique seulement, ils donnent l'instruction religieuse à 27.000 individus, erifants et adultes. On fait pour ces derniers des classes du soir, qu'ils fréquentent avec beaucoup d'ardeur, et, de plus, on va les enseigner dans les champs, à la queue do la charrue, et on leur apprend, non pas la grammaire, l'arithmétique et autres belles choses, mais le catéchisme et leurs prières. Par ce moyen, on ne les prépare pas à devenir membres de l'Institut, mais on en fait des chrétiens et des hommes.

(1) Nous ne .sommes pas &ùr d'avoir lu exactement ce nom dans le manuscrit.

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