‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 206 sur 260 · CIRCULAIRE RELATIVE A LA VISITE DES MAISONS · texte numérisé non relu

CIRCULAIRE RELATIVE A LA VISITE DES MAISONS

Providence, il m'est bien doux, après tant d'années de labeurs et d'épreuves, de voir aujourd'hui votre œuvre se développer en Bretagne, s'implanter dans le midi delà France et s'étendre jusqu'au delà des mers. A cette vue, je no puis que me confondre, et m'écrier avec l'Ecriture : Oui^ le doigt de Dieu est là! Cependant, je dois vous le dire, mes très chers Frères, la plus précieuse consolation que je puisse emporter en descendant dans la tombe, ce n'est pas de compter le grand nombre de sujets que je laisserai dans vos rangs. Ce qui contribuera surtout à augmenter dans mon âme la douce confiance que vous serez un jour ma joie et ma couronne dans le Seigneur, ce qui m'affermira dans cette pensée que votre institut ne sera pas une œuvre éphémère, mais une institution durable, c'est l'assurance de vous laisser fortement attachés à vos saintes règles, et pleins de cet esprit de ferveur qui, seul, est Tâme de toute société religieuse, et en fait la force et la durée

« Depuis l'origine de la congrégation, je n'ai cessé d'en visiter chaque année les divers établissements, aussi longtemps que mes forces me Font permis. Et combien de fois ai-je trouvé, dans mes visites, une heureuse occasion d'être utile à vos âmes !

« Obligé aujourd'hui de me décharger sur quelques-uns de vos Frères d'une partie de ma sollicitude à cet égard, je désire assurer de plus en plus les résultats que je me suis proposés, en faisant de la visite un des points de vos règles (1). »

Le 2 juillet de la même année, nouvelle circulaire prescrivant le retour à certaines pratiques menacées de tomber en désuétude. Conscient jusqu'au bout de sa responsabilité, le fondateur veut pouvoir dire au Juge souverain, dont l'appel ne saurait tarder : « Père, je n'ai perdu, par ma faute, aucun de ceux que vous m'avez donnés (2) ! »

(1) Circulaire concernant la visite des établissements. — Imprimerie de Lamarzelle, à Vannes.

(2) Pater, quos dedistimihi, non perdidi ex eis quemquam. — Joan, xvii, 9.

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C'est parmi ces travaux que ce vaillant, soutenu par l'affection des siens, s'acheminait vers la dernière heure.

Pour les hommes dont la carrière se fournit ainsi d'un seul élan, la mort n'est presque pas un sommeil, encore moins une défaillance ; ils ne s'arrêtent pas pour mourir. Leur front garde jusqu'au dernier jour l'expression lisible de la pensée ; leur âme ardente et lumineuse se trahit toujours par la flamme du regard ; leur voix, douée de ce ferme accent qui est celui de la virilité humaine élevée au-dessus de la nature par le souffle de Dieu, articule nettement jusqu'au bout le oui et le non de la vigueur apostolique (1) ; leur intelligence, depuis longtemps familiarisée avec la vraie notion de la vie, aperçoit de plus près, sans effroi comme sans surprise, le terme qu'elle voyait distinctement de loin, terme où finit un jour, mais oii le vrai jour commence. Ils entrent, sans chanceler, de l'ombre dans la lumière, de la guerre dans la conquête^ du temps dans l'éternité. S'ils se reposent enfin, c'est que la journée est pleine et que l'ordre du repos est donné.

C'est pour ceux-là que l'Eglise emploie, sans les voiler^ toutes les hardiesses de son langage. Comme elle leur disait, au début : « Entre dans la vie et garde les commandements (2), » ainsi, la tâche accomplie, elle leur dit : (( Pars de ce monde, âme chrétienne (3). » Et, suivis de leurs œuvres, calmes devant le tribunal qui va régler leur sort éternel, ils répondent avec confiance, comme ils répondirent jadis en engageant la bataille: « Me voici. Seigneur, car vous m'avez appelé (4). »

Ainsi devait mourir Jean de la Mennais.

(1) su autem vester : Est, est; non^ no?i. — Matth. v, 37.

(2) Si vis ad vitam ingredi^ serva mandata. — Rit. Rom. — Ordo bapt.

(3) Proficiscere^ anima christiana, de hoc mundo. — Rit. Rom. — Ordo commend. anim.

(4) Ecce ego, quia vocasti me. — I. Reg. VI. 9.

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