‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 211 sur 260 · LA GLORIFICATION · texte numérisé non relu

LA GLORIFICATION

Les restes précieux furent dépose's dans un nouveau cercueil, puis on célébra une messe solennelle, et le panégyrique de l'homme de Dieu fut prononcé, une fois encore, par un admirateur de ses œuvres (1). De longues heures, la foule déhla, comme autrefois, devant la châsse. L'un après l'autre, les Frères firent reposer sur la poitrine du mort le crucifix qui les anime aux saints combats ; avec plus de confiance encore que jadis, les mères firent toucher aux restes du défunt des chapelets, des images de piété et jusqu'aux langes de leurs nouveau-nés.

Enfin il fallut dérober la chère relique à tous ces hommages. Le visage du Père fut recouvert d'un linceul précieux, et l'on vissa le couvercle du nouveau cercueil ; au chant du Te Deum, on transporta le serviteur de 0ieu dans la chapelle, puis il fut descendu dans le caveau que, naguère, lui avaient préparé ses fils (2). C'est là qu'il repose, en attendant qu'un pape du XX« siècle montre à la France et au monde, assis dans le royaume éternel, près de saint Jean-Baptiste de la Salle, Je saint instituteur des Frères bretons.

Au spectacle de cette pompe, oii des cantiques d'allégresse avaient remplacé les plaintes funèbres, on revoyait, par la pensée, un autre spectacle et d'autres funérailles.

Involontairement, l'imagination contemplait ce cercueil qui, en 1854, par une sombre matinée de février, s'achemina sans croix sans prêtre, sans prières, vers la hideuse tranchée oii dormaient les morts inconnus.

Quel contraste !

(1) M. le chanoine de la Yillerabel, secrétaire gênerai de Tévèché de Saint-Brieuc.

(2) Le tombeau, fermé par une dalle de marbre blanc, est sans cesse visité par la population pieuse de Ploërmel et des alentours. 11 porte l'inscription suivante : « Ici repose le serviteur de Dieu Jean-Marie Robert de la Mennais, prêtre, fondateur des Frères de l'Instruction chrétienne et des F'illes de la Providence de Saint-Brieuc, né à Saint-Malo le 8 décembre 1780, décédé en odeur de sainteté à Ploërmel le 26 décembre 1860. — Promoteur convaincu de l'infaillibilité pontificale, défenseur zélé des droits et des libertés de la sainte Eglise, ardent apôtre de lenfance et de la jeunesse. — « Aimé de Dieu et des hommes, sa mémoire est en bénédiction. » (ECCLES. XLV, i).

Alors que Jean-Marie, le prêtre fidèle, le travailleur obscur et obéissant, monte dans la lumière, alors que les foules acclament son nom et baisent son glorieux tombeau, qu'est devenue la poussière de. celui qu'on appela « le grand Lamennais » ? Où retrouver ici-bas le dernier atome de celui qui, un instant, prétendit renouveler la société et dicter des lois à l'Eglise ? Et son âme? où est-elle? qui nous le dira ?

Le chrétien reste confondu à la pensée des jugements divins, et, comparant deux destinées si différentes^ ne sait que répéter le mot du saint Livre, si familier jadis à l'infortuné Féli : a Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur (1) ! »

(1) Maxime de l'Apocalypse (xiv, 13^ que Félicite de la Mennais avait adoptée comme refrain d'un beau poème funèbre, composé par lui à la Chesnaie, et intitulé : Hymne des morts.

Page 1