‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 218 sur 260 · MÉMOIRE SUR L.V RÉORGANISATION DU CLERGÉ COLONIAL · texte numérisé non relu

MÉMOIRE SUR L.V RÉORGANISATION DU CLERGÉ COLONIAL

La commission instituée par ordonnance royale du 26 mai 1840 pour l'examen des questions relatives à l'esclavage, après avoir fait observer^ dans son rapport avec M. le ministre de la Marine, combien la composition de notre clergé colonial a été jusqu'ici médiocre, ajoute que le séminaire du Saint-Esprit, en possession de fournir au recrutement de ce clergé, aurait besoin d'être reconstitué sur d'autres bases, et qu'il ne suffit plus, du moins dans son état actuel!, à la nécessité des temps.

Cette remarque est juste : il y a, en effet, une réforme à entreprendre et à accomplir ; mais pour savoir en quoi doit consister cette réforme, il est nécessaire de rechercher la cause du mal auquel on veut remédier. Recherchons-la donc.

1° Les règles données au séminaire du Saint-Esprit, à son origine, par M. de Yintimille, archevêque de Paris, ont été renouvelées et complétées, en 1814, par la Propagande romaine, laquelle prescrivit en même temps de faire un règlement particulier pour les prêtres dudit séminair

aui se consacreraient à l'exercice du saint ministère dans les colonies. r, trente ans se sont écoulés, et ce règlement n'existe pas encore, et l'organisation intérieure du séminaire lui-même est restée imparfaite. D'un si long retard il est résulté qu'un très petit nombre des prêtres des colonies se sont affiliés à la maison de Paris, et que cette maison se recrute péniblement. Les meilleurs prêtres hésitent à s'y fixer en qualité de directeurs, parce qu'elle languit et que son avenir est incertain. D'un autre côté, ses rapports avec les prêtres qu'elle forme ne sont ni durables, ni déterminés nettement. A peine ceux-ci la quittent-ils pour aller aux colonies, qu'ils lui deviennent à peu près étrangers. Le supérieur, au nom de la Propagande, leur donne, il est vrai, des pouvoirs spirituels, mais sans conserver sur eux aucune juridiction réelle : ils ne sont ])lus soumis qu'à l'autorité, beaucoup trop faible et souvent entravée dans son action, de MM. les Préfets apostoliques.

On assure que le vénérable M. Fourdinier reconnaît, comme tout le monde, la pressante nécessité de changer ce fâcheux état de choses. J'ignore- quels sont ses projets, ses moyens de réaliser les améliorations^ et, par conséquent, je ne puis en juger : tout ce que je puis dire, c'est que, dans le cas où la restauration dont il s'occupe n'aurait pas" lieu, ou ne devrait pas être prochaine, on ne pourrait mieux faire que de confier le séminaire colonial à messieurs de Saint-Lazare, si connus pour leur excellent esprit et leurs vertus apostoliques.

Si messieurs les Lazaristes étaient chargés de la direction du séminaire, il serait fort à propos que, de plus, ils. eussent une maison de mission dans chaque colonie ; mais je ne pense pas que la règle leur peji'mette de se disperser un à un dans les cures. 11 y aurait donc toujours un clergé séculier, distinct de cette congrégation, pour administrer les paroisses et pour le service des ateliers.

2° Le mode adopté jusqu'alors pour le recrutement des élèves du séminaire est vicieux, car la maison se peuple en grande partie de jeunes gens qui abandonnent leurs diocèses, soit qu'on mette peu d'intérêt à les garder, soit qu'ils manquent de ressources pécuniaires pour continuer leurs études. Se flatter qu'il en sera autrement par la suite et que les évoques se priveront de leurs sujets d'élite en faveur des colonies,

c'est se faire illusion. 11 faut préparer soi-même de bonne heure par une éducation spéciale les sujets que Ion destine à ces pays lointains, si on veut les rendre vraiment propres au difficile et important ministère qu'ils auront à remplir. Or, un petit séminaire est indispensable pour cela. Cet établissement coûterait peu, s'il était placé en province, et si l'on n'y admettait que des jeunes gens qui eussent déjà un certain degré d'instruction, et qui fussent capables de suivre des cours élevés. Messieurs de Saint-Lazare ont senti la nécessité de prendre des mesures semblables pour se recruter, et maintenant ils ont un petit séminaire.

3° Qu'il y ait urgence à créer des évêchés dans nos colonies, la commission le prouve trop bien pour que j'aie à le prouver de nouveau après elle. Mais elle propose d'en créer deux seulement, dont l'un comprendrait la ^Martinique, la Guadeloupe et la. Guyane, et l'autre, tous nos établissements sur la côte d'Afrique, depuis le Sénégal jusqu'à Bourbon. Selon moi, au lieu de deux évêchés, il en faudrait au moins trois, c'est-à-dire qu'il est à désirer que la Martinique et la Guadeloupe aient chacune le sien. L'éV^êque de la Guadeloupe, qui aurait à administrer la Guyane, devrait la visiter au moins une fois par an, ce qui rendrait sa tâche assez fatigante pour qu'on n'y ajoutât point l'administration de la Martinique. Il importe que, dans les colonies plus qu'ailleurs, les visites pastorales soient fréquentes, et comment le seront-elles, si les diocèses sont trop étendus ?

4° Les diocèses des colonies seront-ils gouvernés par des évoques titulaires, ou par des vicaires apostoliques revêtus du caractère épiscopal? Cette question est grave. Sans la décider positivement, la commission parait préférer des vicaires apostoliques, parce qu'elle craint que la création d'évêques titulaires n'entraîne de trop grandes dépenses et ne place le gouverneur dans une position délicate et relativement inférieure visà-vis d'évêques inamovibles. Mais ces craintes sont-elles fondées ? Evidemment non ; car, d'abord, la dépense ne pourrait être plus grande qu'autant qu'on voudrait établir dans chaque diocèse un séminaire et un chapitre. Or, l'érection d'un chapitre n'est pas d'une nécessité immédiate et absolue : il suffit que le Pape donne au premier grand vicaire, ou, à son défaut, au second grand vicaire de l'évêque, le pouvoir d'administrer pendant la vacance. Quant à un séminaire, d'ici très longtemps et peut-être jamais, aucun séminaire ne sera possible dans les colonies ; on ne trouvera de sujets qu'en France, et ce n'est aussi qu'en France qu'ils peuvent être convenablement élevés. Les évoques des colonies, titulaires ou non, placeront toujours leurs sujets dans le séminaire colonial de Paris, et le département de la marine n'aura, comme aujourd'hui, qu'un établissement de ce genre à soutenir.

Mais demande-t-on, les évêques étant titulaires, MM. les gouverneurs ne se trouveront- ils pas placés vis-à-vis d'eux dans une position délicate et relativement inférieure ? Nullement : les préséances et le rang seront réglés dans les colonies comme ils le sont en France, où l'on ne voit pas qne la considération et l'administration de MM. les préfets et de MM. les lieutenants-généraux, commandants de province, souffrent en aucune manière de ce que nos évêques soient inamovibles, quoiqu'ils ne le soient pas eux-inômes.

Après tout, que les évêques coloniaux soient inamovibles ou non, ils jouiront également, dans les colonies, d'une considération immense, et il le faut pour qu'ils fassent tout le bien qu'on attend d'eux.

Cependant, au fond de la difficulté très peu sérieuse à laquelle nous venons de répondre, il y en a une autre beaucoup plus digne d'attention;

la voici : , , . , i

11 peut arriver qu'un éveque des colonies abuse de sa position et de son influence. Le gouvernement voudra le rappeler et le remplacer : ^h bien ! dans cette supposition, un vicaire apostolique n'est, pas plus qu'un évêque titulaire, révocable à la volonté du gouvernement. Pour que cet

évêque, quel qu'il soit, perde sa juridiction, il est indispensable que le pape intervi'enne ; et il y aura cette différence, s'il s'agit d'un évêque titulaire et non d'un vicaire apostolique, que ce cas si grave ne sera qu'un cas ti^ès simple de translation d'un évêché des colonies à un évêché de France.

Une considération d'un ordre politiquement plus élevé me frappe vivement. Les vicaires apostoliques sont à la nominatron du pape seul, puisque ce sont ses vicaires à lui, et ils ne sauraient être à la nomination du roi. Le roi peut, sans doute, recommander au Saint-Père tel ou tel sujet ; mais cette recommandation ne serait qu'une simple prière, tandis que la nomination par le roi, en vertu d'un concordat, serait un droit de la couronne. N'est-il pas essentiel d'établir ce droit ? On l'a fait pour Alger ; pour/juoi ne le ferait-on pas pour les autres colonies ? Cet exemple répond à tout.

De même aussi que l'évoque d'Alger a été déclaré sulfragant de l'archevêque d'Aix. parce que la métropole d'Aix est la plus voisine d'Alger, ainsi les évéchés des colonies doivent dépendre de la métropole de Bordeaux, parce que Bordeaux e^t le port de France qui a le plus de relations, avec les colonies.

^° L'autorité du métropolitain sur ses suiîragants se réduit, en réalité, à fort peu de chose dans l'état actuel de la discipline : peut-être donc lr« gouvernemeat jug«ra-t-il convenable d'avoir près de lui un évoque avec lequel il puisse s'entendre plus intimement sur les affaires ecclésiastiques des colonies, et qui ait im titi'e pour y prendre ])art. 11 faudrait, pour cela, que nos diocèses coloniaux fussent considérés comme établissements de fondation royale. Un prélat, grand dignitaire, attaché à la personne du roi, pourrait avoir alors certains droits dans leur administration, avec l'approbation du Saint-Siège. Mais je ne conaprends pas que rien de pareil soit possible dans le sy.stème des vicaires apostoliques, puisque, je le répète, un vicaire apostoli^^ue n'est qu'un simple délégué du pape, et non. à proprement parler, l'homme du roi.

Pour conclure dans le sens de la commission, je pense comme eJle que la réorganisation, la reconstitution du clergé colonial est le grand point et l'affaire pressante. Voilà le vrai moyen d'action sur la race noire. La religion catholique manifestera par là tout ce qu'il y a de puissant dans l'unité, dans la subordination, dans la règle. Ce sera pour tous le grand instrument de civilisation et de rapprocheHJkent ; ce sera le salut des colonies.

Juillet 1844.

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EXTRAIT DE LA CIRCULAIRE DU MINISTRE DE LA MARINE AUX ÉVÊQUES DE FRANCE (27 février 4846).

« La Congrégation des Frères de l'Instruction chrétienne, fondée et dirigée à PloC'rmel par M. l'abbé Jean-Marie de la Mennais, a, depuis plusieurs années, joint à son œuvre métropolitaine la tâche importante de procurer à nos colonies d'Amérique et duSénégal des Frères instituteurs pour la direction des écoles gratuites. Les sujets qu'elle a mis et qu'elle continue de mettre à ma disposition se sont fait distinguer surtout par leur zèle comme par l'utilité de leur coopération.

« Depuis la loi sur le régime des esclave-s, votée en 1843, mon départe-

ment a plus besoin que jamais de recourir à l'assistance de cette honorable congrégation ; mais son supérieur général ne peut, malgré j^on activité et ses excellentes intentions^ procurer au service colonial des Frères instituteurs aussi promptement et en aussi grand nombre que la chose est devenue nécessaire.

« Le département de la Marine a donc un intérêt réel à ce que le noviciat de l'institut de Ploërmel se recrute de nouveaux sujets, et je viens vous prier, Monseigneur, de vouloir bien y contribuer, dans l'étendue de votre diocèse, par vos efforts et vos exhortations, etc., etc. »

De son côté, M. de La Mennais écrivit la lettre-circulaire suivante aux évêques de Saint-Brieuc, de Quimper. de Vannes et de Nantes :

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