‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 220 sur 260 · ACTE DE.DERNIERE VOLONTÉ · texte numérisé non relu

ACTE DE.DERNIERE VOLONTÉ

Je soussigné, Jean-Marie Robert de la Mexnais, considérant combien la vie est incertaine et que ma mort peut être inopinée, après avoir recommandé mon âme à Dieu, et imploré ses miséricordes et la protection de Marie, sa très sainte Mère, ai réglé et règle ce qui suit, en ma qualité de Fondateur et de Supérieur général des Frères de l'Instruction chrétienne.

Premièrement. —Je renouvelle et confirme, en,tant que besoin. les Règles et Constitutions renfermées dans le Recueil à l'usage de mesdits Frères, et les exhorte à ne jamais oublier qu'en entrant dans la Congrégation ils ont promis, aux pieds des autels, de les observer fidèlement.

Deuxièmement. — Après mon décès, la Congrégation sera gouvernée par un Frère Supérieur général, avec l'aide d'un Conseil de quatre membres, dont il prendra l'avis dans/foutes les affaires importantes, et dans le sein duquel il choisira deux assistants, plus particulièrement destinés à le soulager dans l'exercice de sa charge : le second assistant remplira les fonctions d'Econome.

Troisièmement. — Par un g,cte spécial que l'on trouvera annexé à celui-ci, sont ou seront désignés par moi les cinq Frères qui, au moment de ma mort, devront prendre en main l'administration de l'institut, former le Conseil, et nommer, pour la première fois, et pour trois ans, le Supérieur général. Que ?i, dans le cours de ces trois ans, l'un des cinq Frères désignés, quel qu'il soit, venait à mourir, son successeur serait nommé par les membres restants, à la pluralité des voix; en cas de partage égal de voix, celle du plus ancien d'âge des Conseillers compterait pour deux.

Quatrièmement. — Au bout de trois ans, c'es.t-à-dire dans la Retraite qui suivra Texpiration des trois années d'exercice des Frères nommés, ainsi qu'il vient d'être dit ci-dessus, on fera une nouvelle élection du Supérieur général et des membres de son Conseil, à laquelle auront seuls le droit de voter les Frères présents qui seront liés par le vœu perpétuel. Dans cette seconde élection, et dans celles qui suivront, le Supérieur général et son Conseil seront élus pour cinq années : ils pourront être réélus indéfiniment.

Cinquièmement. — Si le Frère Supérieur général mourait dans l'intervalle de ces cinq années, il serait remplacé provisoirement, jusqu'à la Retraite la plus prochaine, par le premier assistant.

Sixièmement. —Toutes les élections, soit qu'elles se fassent dans le Conseil pendant les trois premières années, soit que tous les Frères liés par le vœu perpétuel y prennent part, seront présidées par le premier Aumônier de la Maison principale : il en dressera procès-verbal, et les soumettra à l'approbation de Monseigneur l'Evêque du diocèse ô\e Vannes, où est situé notre chef-lieu..

Septièmement. — Pour être élu Supérieur général, il faut réunir les deux tiers des voix. Si ce nombre de voix ne se réunissait pas sur le même Frère au premier scrutin, l'élection ^serait suspendue pendant un jour entier que l'on passerait en prières, pour appeler les lumières de l'Esprit-Saint ; on procéderait, le lendemain, à l'élpction définitive, qui aurait lieu à la simple majorité des voix : cette majorité suffira toujours pour l'élection ées membres du Conseil.

Huitièmement. —Les scrutins seront dépouillés, en présence des électeurs,

par le Président, assisté des trois plus anciens d'âge, et les bulletins seront brûlés immédiatement après, sans que l'on fasse connaître les noms de ceux qui auront obtenu des voix, ni le nombre de voix obtenu, soit par le Supérieur général, soit par les membres du Conseil qui se trouveront élus.

Neuvièmement. — Aucun des Frères électeurs ne sollicitera de suffrages pour qui que ce soit, avant l'élection, et ne dira, après l'élection, pour qui il a voté.

DixiÈMEMENT. — La Cérémonie de la profession et de la prise d'habit sera faite par le premier Aumônier de la Maison principale ou par un autre ecclésiastique délégué par lui : le célébrant acceptera les promesses et l«s vœux au nom du Supérieur général

OjSZiÈMEMENT. — Le Supérieur général gouvernera la Congrégation a,vec une autûxité entière, sauf les exceptions énoncées plus bas.

D©uzLÈMEME?sT. — 11 pcut excluie de la Congrégation les Frères qu'on ne pourrait garder sans scandale et sans danger, et, en ce cas, les relever de leur vœu: néanmoins, il ne prononcera aucune exclusion qu'après avoir pris l'avis et obtenu l'approbation de deux membres au moins du Conseil.

Treizièmement. — li réglera, de concert avec l'Econome, ce qui concerne l'es affaires temporelles de la Congrégation. ; mais il ne pourra ni emprunte;", Tii acb'eter. ni vendre une propriété foncière quelconque, sans lautorisation du Goiîîieil. Il soumettra, tous les trois mois, ^audit Conseil les comptes de la Maison principale, et, tous les ans, ceux des divers établi.ssements, afin q^e le Conseil les arrête : s'il y a im. excédent de recettes, le Conseil en déterminera l'emploi.

QuAix^KziÈMEMENT. — Le Frère Supérieur général pouiTayadmettre à la prise d'habit, à faire ou à renouveler les premiers vœiax {qui .sont cVun, trois et cin^q ans) ; mais nul ne sera admis au vœu perpétuel ^qjie du cons«nteiiient du Coaseil : pour être reçu, il faut obtenir la majotité des voix.

Quinzièmement. — Le Supérieur général nommera, à tous les emplois : les pouvoirs c{u'îl déléguera seront toujours révocables par lui.

Seizii^aiement. — II visitera ou fera visiter tous les établissements une fois par an, autant que possible ; il choisira, de préférence, le visiteur parmi ses Conseillers.

Dix-SEPTiÈMEMENT. — Squ devoiTest d'éc^uter avec humilité, patience et douceur, et de peser scrupuleusement, dans sa conscience, tous les avis que peuvent lui donner les membres de son Conseil, soit sur le gouvernement de la Congrégation, soit sur sa conduite personnelle : ses''assist'ants sont spécialement obligés de l'avertir de tout ce qu'il leur semble aperoevoir de mal en lui.

PloërmeL 2 février 1843.

L'abbé J.-M. m la MENNAIS.

LETTRE DE M. RmULT AU FRÈRE A1MBR0ISE

« J'ai reçu votre bonne lettre du 6 février; je vous reiuercie de tous les détails qu'elle l'enferme, et, suivant votre reeo.niraandation expresse, je n'en ai fait part qu'à notre bon Père : je pense, sans en êtie certain, qu'il vous a écrit depuis qu'il en a pris connaissance. Je sais qu'il vo^us a écrit de Paris, où il 'est allé, dans la dernière quinzaine de février,

et d'où il nous est revenu vers la mi-mars ; mais alors il ne pouvait avoir connaissance de ladite épitre. La nouvelle perte que vous venez de faire, que nous venons de faire tous, du bon frère Damase nous a causé beaucoup de peine. En voilà donc deux, et deux excellents, que le bon Dieu nous prpud, près de vous, en moins de trois mois, sans parler des trois autres d'ici, dont les noms vous sont maintenant connus 1 II est le souverain Maître, et nous ne pouvons et ne devons qu'adorer sa volonté, non moins sainte et miséricordieuse lorsqu'il nous frappe que quand il lui plaît de nous consoler. Dans les coups même que sa main nous porte, il y a quelque chose de consolant et de bien consolant pour notre foi, ce sont les saintes dispositions et les admirables sentiments qu'il met dans les coeurs de nos chers Frères qu'il appelle à lui. Vous ne me donnez ni ne pouviez sans doute encore me donner des détails sur les derniers moments du saint frère Damase; mais quelqu'un de vous a écrit, et Ton m'a dit qu'il a rendu sa belle âme à Dieu en disant : « Je vais au ciel ! ! »

« Ah ! comment ne pas bien espérer d'une œuvre à laquelle se sont dévoués et ont travaillé de si bons religieux ! Et cela, malgré les misères, pour ne pas dire à cause môme des misères et des contrariétés dont cette œuvre est traversée. Ces misères, mon très cher Frère, vous en sentez le poids, on le voit, et vous le faites voir peut-être un peu trop, dans la plupart de vos lettres, sans en excepter celle à laquelle je réponds en ce moment. Je vous lai dit plusieurs fois, et, dussé-je vous ennuyer, je vous le répète, vous ne me paraissez pas assez tenir compte à la divine Providence des consolations qu'elle ne manque point de verser parmi vos peines. Nous en sommes un peu tous là : nous avons toujours l'œil ouvert sur la main qui frappe, et nous regardons

fïeu celle qui guérit, ou du moiiis présente le baume qui adoucit, pour ui en témoigner notre gratitude. Pourtant, le bon Dieu, qui connaît à fond notre faiblesse, ne nous laisse pas toujours sur le chemin du Calvaire ; il nous mène aussi quelquefois sur la route du Thabor, pourvu que nous le laissions faire ; mais il faut lui rendre la justice de le reconnaître et d'en convenir, et d'être sensibles aux sujets de joie qu'il nous envoie. Vous êtes, je le vois avec plaisir et j'en bénis sa bonté, et vous avez toujours été soumis et résigné à la volonté divine ; mais il me semblé que votre soumission, toute robuste qu'elle soit, est un peu, parfois, plus philosophique que foncièrement religieuse ; je veux dire que votre soumission est plus dans l'esprit que dans le cœur. — Je crains que vous me compreniez mal, parce que je m'expliquerais mal.

— Je sais très bien, mon cher Frère, que vous êtes décidé à vouloir tout ce que Dieu veut, à lui faire tous les sacrifices qu'il demandera de vous, môme celui de votre vie, s'il le faxit ; mais vous voyez toutes choses en noir, et pour le présent et dans l'avenir même. Si vous avez, par exemple, un ou deux Frères qui ne vont pas aussi bien qu'ils le devraient, vous vous cramponnerez à tout ce que cette idée pewt avoir de pénible, à toutes les fâcheuses suites qui peuvent résulter delà, au lieu détourner la médaille, de considérer avec joie l'édifiante conduite des autres et d'en louer mille fois le Seigneur, qui vous présente cette coupe de consolation et d'espérance. On vous envoie des Frères, mais en trop petit nombre pour pouvoir suffire à tant de besoins et combler les vides que fait la mort.

— Et encore, parmi les nouveaux venus, pas un qui soit du bois dont OD fait les chefs d'établissement. — Que faire avec cela? — Que faire, mon très cher Frère "i Faire comme votre bon Père d'ici, de votre mieux, avec les instruments que Dieu vous met sous la main, et, pour le reste, vous en remettre absolument aux soins de sa Providence et ne pas vouloir aller plus vite qu'elle-même. — Mais les demandes pleuvent, on vous presse de tous bords, et vous ne savez plus à qui en appeler. — Il serait plus agréable pour vous sans doute, l'amour-propre serait plus à l'aise, si vous pouviez contenter tout ce monde-là ; car ledit amour-propre se glisse furtivement un peu partout, et, sous couleur d'un plus grand bien

manqué ou ajourné, il pousse son homme à la plainte, au murmure, à l'impatience contre les obstacles qui l'arrêtent et le laissent exposé aux criailleries des mécontents. *

« A la vérité, le désir de donner plus de développement à votre belle œuvre est bon et très louable, et je suis bien éloigné de vous en faire un reproche, car il est selon Dieu, pourvu qu'il demeure toujours subordonné à sa volonté, à son infmie sagesse qui ne précipite rien, mais qui conduit tout avec poids et mesure, et change souvent en moyens les obstacles mêmes. Oui, sous cette douce et puissante main, les événements ({ui nous paraissent le plus opposés au but deviennent les plus propres a l'atteindre. Ah ! Que de grandes et belles choses se sont accomplies ainjk sous vos yeux, comme sous les nôtres, et cela tout au rebours de nos pauvres conjectures et de nos petits raisonnements humains ! Allons donc, mon bien cher frère Ambroise, allons petitement avec les petits instruments que le bon Dieu a mis à notre disposition, nous tenant toujours humblement et joyeusement sous sa main paternelle, prêts à aller de l'avant ou à nous arrêter, selon qu'il lui plait de nous en donner ou retirer les moyens. De cette manière, si vous faites peu aux yeux des hommes, vous ferez beaucoup devant Dieu, qui tient moins compte des actions que de la bonne volonté. »

Il le blâme ejisuite paternellement de ses excessives exigences vis-à-vis de M. Dandin, aumônier des Frères des Antilles, puis, dans une lettre suivante, après que le cqupable l'a remercié de ses conseils, tout en essayant de se justifier un peu :

« J'ai reçu, lu et relu votre chère lettre du 6 juillet dernier, en réponse à la mienne du 24 avril, suivant ce que vous me dites, car je ne garde point copie des lettres que je vous écris, non plus que de leurs dates. Vos sept grandes pages ne m'ont point paru trop longues, soyez-en sûr, et je les ai lues très attentivement et des yeux et du cœur.

« Ayant beaucoup d'autres lettres à diriger vers vous et sur d'autres points du globe, j'aurai le regret de ne pouvoir m'entretenir avec vous, mon très cher Frère, aussi longtemps que je le désirerais, malgré l'avantage de l'occasion économique qui ne se présente qu'une fois Tan. L'impression générale qui m'est restée après la lecture ou les lectures de votre lettre, c'est le plaisir et le vif intérêt que vous avez trouvés, quand même, à lire la mienne, parce que, malgré tout, vous saviez qu'elle ne venait pas -d une main ennemie. Vos souvenirs interdisaient aune pensée contraire l'entrée de votre cœur: vous savez, en etfet, que le mien^ ainsi que ma chétive existence, depuis longues années, vous sont entièrement dévoués. Quand je dis vous, j'entends toute la congrégation depuis la tête jusqu'aux pieds; j'entends toutes ses œuvres de l'ancien et du nouveau monde; j'entends tous ses intérêts du temps et surtout de léternité. Aussi, quoique mes idées et mes jugements vous aient paru exagérés sur certains points et faux sur d'autres, vous ne semblez pas m'en garder rancune. Ce serait à tort, car je ne crois pas qu'il me soit échappé un mot blessant avec dessein de vous blesser; je n'ai point cherché à vous faire de la peine pour vous en faire : c'est une espèce de plaisir que, grâce à Dieu, j'ignore, à ce que je crois du moins : car il est si facile de s'abuser et si difficile de bien démêler les misères cachées au fond de notre pauvre cœur ! Quoi qu'il en soit, devant Dieu, qui, comme vous le rappelez, sonde les cœurs et les reins, ma conscience me dit que mon unique but a été, comme toujours, de vous donner des avis utiles, en appelant votre attention sur certains points à l'égard desquels votre manière d'agir me semblait blâmable ; mais des avis seulement, entendez-le bien, des conseils d'ami, et non des réprimandes, qui ne sont point de ma compétence. Je connais maposition, et mon intention est de ne jamais franchir mes limites. Dans ma correspondance avec vous, tout ce que je me propose, c'est de répondre de mon mieux à la confiance que vous m'avez autrefois témoignée, et qu'il me semble mériter encore, parce que mes sentiments pour vous n'ont point varié. »

Rl'PONSES AUX QUESTIONS QUI M'ONT ÉTÉ ADRESSÉES,

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