‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 26 sur 260 · NOUVELLES ATTAQUES DE GLAIS-BIZOIN · texte numérisé non relu

NOUVELLES ATTAQUES DE GLAIS-BIZOIN

D'aussi sages projets se heurtaient/ malheureusement, à un plan préconçu. Non seulement M. de Salvandy ne rétablit pointles brevets du troisième degré, mais il refusa tout d'aijord de renouveler, ei;i faveur des Frères non brevetés, les autorisations provisoires qui avaient permis à l'institut de vivre, malgré la loi de 1833. De plus, on reprit, à la Chambre des Députés, les attaques contre les Frères.

M. Glais-Bi'zoin s'en était fait une spécialité. Selon lui, il était urgent de fonder partout des écoles laïques gratuites, « car, disait-il, il s'établit, spécialement dans les départements de l'Ouest, des écoles de Frères qui sont gratuites, et qui attirent tous les élèves. »

Ce qui était sûrement gratuit, c'étaient de pareilles allégations. M. de laMennais entreprit de leprouver. Il s'adressa, de nouveau, au ministre : « Afin, disait-il, de répondre à des phrases par des faits, et sans sortir du pays que j'ai pris pour exemple, je dirai que, depuis la loi de 1833, je n'y ai établi qu'une école nouvelle, qui se trouve placée à l'extrémité de la Corno-uaille. Assurément, cette école n'a enlevé d'élèves à personne, car les enfants qui la fréquentent, au nombre de 75, sont de la commune même.

« Il existait, il est vrai, avant 1833, dans cette partie de Tarrondissement de Guingamp, cinq autres écoles de Frères. La population de ces six écoles, dont cinq sont communales, est de 700 enfants, qui payent tous, sans exception, des rétributions plus considérables que celles qu'on exige dans les écoles laïques.

« Celles-ci ne prospèrent pas mieux dans les cantons limitrophes du Morbihan et du Finistère, oii nous n'avons pas une seule école, et l'instruction primaire n'y a pas fait encore le premier pas... Si donc M. Glais-Bizoin est jaloux de mon faible succès, qu'il relise la fable de La' poule aux œufs rror, et qu'il en fasse Fapplication (1). »

4) Lettre médite du 11 juillet 1838. — Arctiives des Frères.

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Il rappelle ensuite au ministre la nécessité absolue des autorisations provisoires, et lui indique les suites de son refus. Trois mille cent soixante-quinze enfants vont être plongés, du jour au lendemain, dans une ignorance désormais incurable, car, s'il est facile de fermer les écoles des Frères, il est presque impossible, pour mille raisons, de leur en substituer d'autres.

Mais lettres et mémoires couraient risque de dormir indéfiniment dans les cartons du ministère, tant était puissant le parti qui poussait à la destruction de l'enseignement congréganiste.

M. Rendu, le clairvoyant et courageux ami de l'abbé Jean, fut obligé de prendre en main la cause des Frères. Soutenu par l'amiral de Rosamel, ministre de la Marine, qui réclamait alors les services de M. de la Mennais, il fit valoir auprès de M. de Salvandy tant et de si bonnes raisons, qu'il finit par enlever de haute lutte les autorisations provisoires (1).

C'était une première victoire remportée sur le mauvais vouloir des bureaux. Afin d'en 'étendre les résultats, M. Rendu demanda à l'abbé Jean, pour le mettre sous les yeux du ministre, un nouveau mémoire aussi détaillé que possible sur l'origine, le but et le fonctionnement de son institut. M. de la Mennais reprit la plume, et composa cette magistrale étude sur l'enseignement primaire en Bretagne, à laquelle nous avons fait plus d'un emprunt (2).

Peu à peu M. de Salvandy revint de s'es préventions, et, le 22 août 1838, il accordait au supérieur des Frères le crédit de G 000 francs qu'il avait jusqu'alors refusé.

Malheureusement, le nouyeau ministre était, comme son prédécesseur, impuissant à contenir les passions locales.

M. de la Mennais ne croyait pas au succès d'écoles

1) M. de la Mennais n'en voulait user que le temps nécessaire pour se mettre en refile. En 1840, sur les 180 écoles qu'il a fondées, on n'en trouvera plus que 8 ou 10- dirigées par un Frère non breveté.

•2) Voir tome I", pages 321 et 324,

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