LE COLLÈGE DE MALESTROIT
Son école supérieure de Maleslroit était à l'agonie. Il pensa que peut-être l'annexion de quelques classes latines la ressusciterait. On était encore sous le ministère Guizot. Si le ministre, qui en désirait vivement le succès, entrait dans ses vues, les petits pensionnaires de Ploërmel seraient transportés à Malestroit, et tous les intérêts seraient sauvegardés.
Il se hâta de soumettre son plan à M. Guizot, lui annonçant l'intention de confier à M. Ruault la direction du pensionnat latin, et demandant pour lui le diplôme de maître de pension.
Dans sa pensée, il est vrai, M. Ruault ne devait être qu'un prête-nom, car il entendait bien ne pas se priver de ses services à Ploërmel.
Après quelques difficultés, le ministre accorda le diplôme. Les classes latines de Ploërmel furent transférées à Malestroit; l'abbé Julien Houet, directeur de l'école primaire supérieure, devint, sans quitter ses fonctions, directeur effectif du pensionnat; mais, pour qu^on ne pût accuser M. de la Mennais de subterfuge malhonnête, il fut réglé que M. Ruault se rendrait à Malestroit deux ou trois fois par semaine, et suivrait d'aussi près que possible les travaux des écoliers.
Le supérieur des Frères avait donc entre les mains un collège légalement reconnu. Oh! c'était un bien petit collège, et qui ne devait guère porter ombrage à l'Université, puisque jamais les élèves des classes latines ne dépassèrent la quarantaine. C'était, du moins, un refuge assuré aux anciens élèves des Frères désireux d'aborder les carrières civiles (1). Trois professeurs et un maître
(1) Le 6 avril 1837, M. delà Mennais écrivait à M. Rohrbacher « Voici un petit événement dont vous vous réjouirez dans le Seigneur: J'ai obtenu pour M. Ruault le diplôme nécessaire pour ouvrir un pensionnat latin à Malestroit. Nous irons jusqu'à la quatrième inclusivement, de plein droit. Nous ouvrirons c^tte école le 20 avril, avec vingt-cinq élèves, qui en formeront le premier noyau; mais j'ai l'espoir
d'études, composaient tout le personnel enseignant (1). Les récréations et les repas, tout, sauf les classes et les études , était commun entre les petits latinistes et les élèves des Frères. L'ancien économe de la maison d'études ecclésiastiques, M. Bouteloup, restait chargé de pourvoir à la subsistance de la communauté.
Certes, ce n'était point un mince souci, car l'argent était aussi rare qu'autrefois ; mais l'excellent homme trouvait moyen, à force d'ordre et d'économie, d'équilibrer son budget, tout en prodiguant, les jours de fêtes, desserts succulents et autres gâteries.
^M. de la Mennais reprit le chemin de la vieille maison tant aimée. Quatre ans seulement s'étaient écoulés depuis le départ des anciens hôtes. Quel contraste ! Dans la salle oîi Gerbet avait disserté sur les mystères de l'Eucharistie, un jeune clerc de vingt-deux ans enseignait les déclinaisons grecques; dans la chambre oii Rohrbacher avait écrit tant dé savants chapitres, des bambins espiègles s'escrimaient à composer des thèmes latins. Des éclats de voix rieuses égayaient les allées du petit parc, accoutumées aux graves propos des de Hercé et des Jourdain.
N'importe ! Maintenant comme autrefois, ces vieux murs abritaient le travail sanctifié par la prière. C'était assez pour que l'abbé Jean y vînt chercher, le plus souvent possible, l'oubli de ses rudes fatigues.
L'association formée en 1835 maintenait entre les maîtres des liens quasi religieux, et assurait dans la maison une discipline exacte. De bonne heure, on avait senti la nécessité de la restreindre au petit groupe des
que notre petit régiment augmentera. L'alarme est dans les collèges voisins, et particulièrement dans celui de Ploërmel, où règne une immoralité hideuse. C'est pour sauver mes pauvres petits enfants que je fais ceci : i!s sont si bons, si pieux, si aimables tandis qu'ils restent sous nos ailes ! Mais quand ils tombent dans un collège en sortant de chez nous, ils sont bientôt perdus comme les autres. J'ai voulu prévenir la loi dont nous sommes menacés. Gomme elle n'aura pas d'effet rétroactif, nous nous trouverons dispensés des formalités qu'elle exige. » — Lettre inédite. — Archives des Frères.
(1) C'étaient MM. Trouillard, Merpaux, Gorbinais et Gayer. M. Bouteloup remplissait les fonctions de sous-directeur et d'économe pour le collège et l'école primaire supérieure.