‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 31 sur 260 · LE COLLÈGE DE M LESTROIT · texte numérisé non relu

LE COLLÈGE DE M LESTROIT

professeurs dirigés par M. de la Mennais. Après divers essais, le bon abbé Rohrbacher s'était éloigné, par la force des choses, d'une œuvre qu'il ne voyait pas possible de transporter hors de Bretagne (1).

M. de la Mennais, se sentant le guide toujours écouté des jeunes ecclésiastiques qui travaillaient à Malestroit et à Dinan, tenta de les unir plus étroitement en précisant le but de leur association.

Le 29 septembre 1838, il rédigea de nouveaux statuts fort détaillés, qui supposaient, chez les sujets, l'intention de se lier prochainement par des vœux. C'était, reprise et spécialisée, l'idée de la congrégation de Saint-Méen. La nouvelle association était bien humble au début : cinq membres seulement, y compris le supérieur (2); mais celui-ci n'ignorait pas la vertu cachée de l'humilité; il vit, dans cet obscur essai, une garantie contre l'orgueil, dont il avait jadis déploré les ravages parmi les siens, et dont les suites l'elfrayaient encore.

Ce petit groupe d'hommes dévoués ne devait point, dans les desseins de la Providence, devenir une congrégation; mais leurs règles et Faction incessante de l'abbé Jean les maintinrent associés assez longtemps pour rendre possible l'œuvre des petits collèges.

De 1837 à 1842, les exercices scolaires suivirent leur cours régulier à Malestroit. On était pauvre, perdu au fond d'un désert, écrasé de leçons et de surveillances, mais la gaîté des écoliers mettait la joie au cœur des maîtres, et l'on ne se plaignait pas.

Au mois de mars 1842, un arrêt du Conseil royal de l'Instruction publique vint troubler la paix de l'humble maison. On avait constaté la non-résidence habituelle de M. Ruault, et le digne prêtre était condamné à quitter ses fonctions de directeur.

Après un moment d'émotion, le collège reprit son

(1) Voir, plus loin (chapitre VIT, p. 126), le récit de ses tentatives dans le diocèse de Nancy.

(2) C'étaient MM. Ruault, Bouteloup. Chevalier (professeur à Dinan) et Merpaux. — Voir l'acte d'association à la fin du volume {Appendice B).

train accoutumé, lorsqu'on apprit que M. de la Mennais avait obtenu, pour M. l'abbé Houet, le titre et les privilèges de maître de pension.

Rien d'essentiel n'était changé; malgré tout, le nombre des élèves diminua, et les modiques réserves de l'économe s'épuisèrent. Gomme toujours, la crainte d'une ruine financière et la perspective d'une prochaine- dispersion entamèrent le bon esprit. Le jour vint où l'abbé Houet dut faire pressentir à M. de la Mennais la fermeture du collège. Il reçut de lui, le 10 septembre 1843, une lettre encourageante, où nous relevons ces lignes : « Je ne me dissimule pas que la dépense sera considérable; mais enfin elle ne sera pas telle que j'aie à faire de grands sacrifices, et je m'y résigne, parce que je tiens, dans des vues d'avenir, à ne pas perdre le titre de pensionnat. Cependant, si l'on ne veut pas, si l'on ne s'entend pas, si l'on ne se dévoue pas, je comprends que rien n'est possible, et qu'il vaut mieux en finir de suite. Viens me voir dans le courant de la semaine, et nous en causerons (1). »

Quel fut le résultat de cet entretien? Nous l'ignorons; mais la lettre précédente est la dernière pièce où il soit fait mention, à notre connaissance, du collège de Malestroit. Tout porte à croire qu'il ne se rouvrit point à la rentrée de 1843. Aux yeux du monde, c'était un échec. Aux yeux de la foi, ces six années consacrées à former, pour l'avenir, des catholiques éclairés étaient un nouveau titre aux récompenses et aux bénédictions d'en haut.

Cet essai d'enseignement libre eut un autre avantage. Il habitua les pères de famille du Morbihan à l'idée de faire élever leurs enfants ailleurs que dans les maisons de l'Etat, et contribua à accentuer peu à peu cet état d'esprit qui devait bientôt aboutir à la loi Falloux.

(1) Lettre inédite. — Archives des Frères.

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