‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 32 sur 260 · LES ECOLES DE DINAN · texte numérisé non relu

LES ECOLES DE DINAN

Le petit collège de Dinan, ouvert peu de temps après celui de Malestroit, devait vivre moins longtemps encore. A titre de maison d'éducation, il ne mériterait qu'une mention rapide; mais les traverses qu'il suscita à M. de la Mennais ont mis en telle lumière son humilité et son courage, qu'il nous faut raconter avec quelque détail sa courte existence.

Jusqu'ici, le zélé éducateur a lutté, pour l'enseignement libre, contre l'opposition laïque. Après tout, les agents de l'Université et les municipalités libérales étaient dans leur rôle en contrariant ses vues ; les difficultés vont lui venir maintenant de ceux qui lui doivent encouragement et protection.

On sait que Dinan possédait, dès 1819, vme école de Frères, à laquelle le fondateur venait d'annexer une école primaire supérieure. La petite ville était plus favorisée qu'aucune autre, au point de vue scolaire. Elle possédait, pour les jeunes gens, trois établissements d'instruction : le petit séminaire , installé dans l'ancien couvent des Gordeliers, le collège universitaire et la maison des Frères, où l'on donnait, à la dérobée, quelques leçons de latin. C'était beaucoup ; c'était trop pour une aussi faible population. Aussi, le collège, fermé autrefois à la suite des entreprises de M. delà Mennais, et qu'on avait depuis peu ressuscité, était-il à peu près désert. Lorsque, en 1835, l'école primaire supérieure vint ajouter sa concurrence à celle du petit séminaire, la ville songea sérieusement à se débarrasser d'une charge qu'elle supporterait désormais en pure perte.

Le maire était un homme droit, clairvoyant, et, de plus, excellent chrétien. Il alla trouver M. de la Mennais, et lui proposa de greffer ouvertement sur sa grande école de Frères un externat latin qui recueillerait les vingt élèves du collège, et ouvrirait ses portes à tous les enfants de la région que Ton ne destinait point au sacerdoce.

Ce plan aurait pour résultat d'assurer l'éducation chrétienne de toute la jeunesse de Dinan, puisqu'elle se partagerait désormais entre le petit séminaire, oii l'on élevait de futurs prêtres, et le nouvel établissement, destiné aux élèves laïques, mais placé sous la haute direction d'un ecclésiastique. Une pareille occasion de faire le bien en grand devait tenter M. de la Mennais. Il promit son concours au maire de Dinan.

M. Querret vivait toujoi^rs dans sa propriété de la Motte, tout entier à ses affections de famille. Son ami lui demanda de sacrifier son repos pour servir, encore une fois, la jeunesse qu'il avait tant aimée.

Il annonça ensuite au maire de Dinan son intention de placer à la tête de l'externat l'ancien professeur de la Faculté des sciences de Montpellier, que les hommes les plus distingués du pays s'honoraient d'avoir pour compatriote.

Bien que M. Querret fût docteur es sciences, il lui fallait le diplôme de maître de pension. M. de la Mennais entama, à ce sujet, des négociations dont il espérait plein succès. Restait à solliciter l'autorisation de Mgr l'évêque de Saint-Brieuc, dans le diocèse duquel allait être situé le nouveau collège. i

Mgr de la Romagère venait de faire à M. de la Mennais de telles avances, que celui-ci comptait enfin sur ses bonnes dispositions. 11 alla trouver le prélat et lui exposa son plan de vive voix. Mais, désirant une autorisation écrite, il lui mit entre les mains la pièce suivante, qui contenait un exposé loyal de ses vues :

« Monseigneur, afin de ne laisser aucun doute sur les intentions qui m'animent et sur le but que je me propose en essayant de fonder à Dinan une institution privée, je crois devoir vous exposer et vous soumettre mes pensées à cet égard, étant bien décidé à ne rien faire que sous votre autorité et avec votre approbation.

i< I,. — J'ai le désir de procurer aux familles de Dinan les moyens de donner à leurs enfants une éducation chrétienne et une instruction complète, sans qu'elles soient obligées

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