‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 34 sur 260 · SEVERITE DE M&' DE LESQUEN · texte numérisé non relu

SEVERITE DE M&' DE LESQUEN

Malgré tout, le conseil municipal, outré de la menace de mort suspendue sur son collège, parlait toujours d'obtenir la suppression des Cordeliers, se proposant (Je donner sa démission en masse si on la lui refusait. C'est alors que Mgr de la Romagère, rendu, "sans doute, plus accommodant par des lettres venues de haut lieu, entra dans la voie des concessions. Pour sauver son séminaire, il proposa à M. Rendu, chargé de traiter avec lui au nom du gouvernement, un contrat qui liait étroitement cet établissement au collège, dont l'avenir devait être, par là même, assuré.

Dans ce projet, l'externat latin de M. de la Mennais était, lui aussi, conservé; mais l'attitude de l'évêque avait soulevé, à Dinan, trop de mécontentements. Non seulement la ville n'accepta point cet arrangement, mais la fraction libre-penseuse du conseil municipal profita des dispositions de l'opinion pour faire expulser les Ursulines des bâtiments de la Victoire. Un collège purement laïque y fut installé, et le séminaire subsista, mais réduit à ses pensionnaires ecclésiastiques, toujours en butte aux animosités' des libéraux.

Les magnifiques projets de l'abbé Jean étaient à terre, et, de plus, il restait sous le coup des sévérités du prélat. Privé de tous ses pouvoirs dans le diocèse de Saint- Brieuc, interdit a divinis, obligé de renoncer a dire la sainte messe pendant la visite de ses soixante-dix maisons de Frères situées dans les Gôtes-du-Nord, il pouvait croire la mesure comble ; elle ne l'était pas.

Sa maison de Dinan était debout, réduite à son ancien état d'école primaire, et il y avait conservé un certain nombre de pensionnaires, habitués à la direction spirituelle de M. Chevalier. Oi", ce digne prêtre n'avait plus le pouvoir de confesser à Dinan. Soucieux de la liberté des consciences, M. de la Mennais résolut de faire venir périodiquement à sa maison de la Chesnaie,

iituée dans le diocèse de Rennes, les enfants qui désireraient se confesser, soit à M. Chevalier, soit à lui-même. Il usait, en cela, d'un droit incontestable, puisqu'il avait toujours des pouvoirs de vicaire général dans le diocèse de Rennes.

Il n'avait pas compté avec le caractère hésitant de Mgr de Lesquen. Celui-ci craignit-il d'indisposer contre lui son collègue de Saint-Brieuc? Vit-il dans l'acte de l'abbé Jean un manque de déférence envers sa propre autorité ? Il se résigna , en tout cas , à contrister de nouveau son vieil ami, en lui interdisant d'exercer, à la Chesnaie, son ministère auprès des enfants de Dinan. M. de la Mennais était en voyage lorsque la lettre du prélat partit de la chancellerie épiscopale. Il ne la reçut qu'au bout de huit ou dix jours. N'obtenant point de réponse, et craignant peut-être que l'on bravât sa défense, Mgr de Lesquen perdit patience, et lança une seconde missive plus dure que la première (1).

C'est alors que l'abbé Jean adressa au vieux pontife qui tenait de lui sa crosse, et qui, par les erreurs de son zèle, l'avait déjà tant fait souffrir, cette lettre admirable d'humilité, de patience et de calme raison :

^ « Monseigneur, M. Ruault m'a envoyé les deux lettres que vous* m'avez fait l'honneur de m'adresser dans le mois de février, et si je n'y ai pas répondu plus tôt, ce

(1 Cette lettre était adressée à M. Ruault, qui devait la faire par ve.nir à destination. La voici :

« Rennes, le 26 février 1839.

« Tl y a quelque temps, cher coopérateur, que j'écrivis à M. l'abbé de la Mennais au sujet des enfants de mon diocèse. Si j'avais été informé plus tôt de cette mesure, qu'il serait inutile de justifier (il s'agit des confessions entendues à la Chesnaie), je m'y serais certainement opposé... N'ayant reçu aucune réponse, et craignant que cette le.ttre ne soit point parvenue a son adresse, je prends le parti, cher coopérateur, de réitérer ma défense, afin que vous informiez M. de la Mennais de mes intentions bien arrêtées.

« Je ne donne à aucun prêtre de mon diocèse, ni à qui que ce soit de sa congrégation, le pouvoir de confesser, dans le diocèse de Rennes, les jeunes gens qui sont à Dinan pour leur éducation, à quelques établissements qu'ils appartiennent. Il m'est pénible d'ajouter que lui-même est compris dans cette défense.

« Ex toto co"de, tuus in Xto.

« C- L. Ev. de Rennes. »

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