PROTESTATION DE L'ABBE JEAN
n'est pas ma faute, ni la sienne, car, mon itinéraire ayant été déramgé, j'ai éprouvé un retard de huit ou dix jours.
« Votre seconde lettre m'a fait peine, parce qiie vous pai^issez avoir des doutes sur mon exactitude à me conformer à vos intentions. Cependant, je n'ar rien fait, ce me semble, qui puisse donner lieu à un pareil soupçon. Si douloureuse que puisse être ma position, je ne chercherai jamais à la changer ou à l'adoucir par des moyens qui répugneraient également à ma conscience et à mon coetir. Il ne m'est pas venu à la pensée que je vous compromisse le moins du monde en confessant a la Ghesnaie quelques-uns de mes pauvres petits enfants de Dinan, car, autrement, je ne l'eusse pas fait, et je n'eusse pas autorisé M. Chevalier à le faire également. Si j'avais eu la plus petite inquiétude à cet égard, je. vous aurais demandé d'avance votre agrément.
<' Aujourd'hui même, je l'avoue franchement, je ne pense pas que personne en ait conclu ou puisse en conclure, avec la moindre apparence de raison, que vous approuver îa levée de boucliers du journal de Dinan contre le petit séminaire ou contre les i^eligieuses. Et, quant a ce qui m'est personnel, on sait que je fais encore tout ce que je puis pour en empêcher les suites; mais, malheureusement, chaque jour mes efforts sont de plus en plus contrariés par ceux qui devraient y joindre les leurs dans ïe même but.
« Etrange affaire vraiment, que celle-ci, dans laquellechacun agit contre ses intérêts! On nuit au collège par la manière dont on le défend , et on rend à peu près certaine la ruine de l'école ecclésiastique par les mesures auxquelles on a recours pour la soutenir! Celle que vous prenez, si elle devient publique, comme il est bien diffidfe qu'elle ne le devienne pas, sera funeste à cet établissement, et rien de plus fâcheux ne peut lui arriver. Ce sera une arme de plus pour ses adversaires, déjà si animés et si puissants. Mon opinion à cet égard pourra vous être suspecte, et, si j'ose l'exprimer devant vous, c'est que je considère comme un devoir de dire et de
faire jusqu'au bout tout ce que je pourrai faire et dire en faveur du petit séminaire, dont on m'accuse cependant avec tant d'injustice d'être l'ennemi.
(( Si vous me permettiez de citer à l'appui de mes observations celles des ecclésiastiques les plus graves du diocèse de Saint-Brieuc et de Dinan même^ vous verriez qu'ils jugent de tout ceci comme j'en juge, et je suis certain qu'ils se réuniraient à moi pour vous représenter que, -dans l'état actuel des choses, la défense que vous nous faites, lorsqu'elle sera connue, achèvera d'éteindre les dernières espérances de salut pour les Cordeliers. Mais je ne veux pas insister davantage sur ce point; je me borne avons rappeler que, dans cette occasion, aussi bien que dans toute autre, ma soumission à vos ordres sera entière et sans réserve. Demain soir, je serai à Dinan (1). »
Les mois s'écoulaient, et Mgr de la Romagère maintenait sa décision. Non seulement M. de la Mennais ne pouvait pas célébrer dans le diocèse de Saint-Brieuc, Qiais jl ne pouvait pas y confesser ses Frères, lorsqu'il faisait la visite des maisons. Aux yeux des ignorants et des gens prévenus, il passait pour un prêtre coupable. Cela dura une année entière. Pas une fois il n'éleva la voix pour se plaindre ; pas une fois il ne récrimina contre Mgr de la Romagère.
Les prêtres du diocèse de Saint-Brieuc, dont il était aimé et vénéré, lui témoignaient parfois leur indignation : jamais il ne les encouragea par une parole de blâme à l'adresse de leur supérieur légitime. Ses Frères connaissaient si bien ses sentiments à cet égard, qu'on chercherait vainement, dans leurs lettres d'alors, un mot de critique ou de ressentiment pour le traitement infligé à leur Père.
Après les avoir tant de fois exhortés à la résignation et au courage, le fondateur les prêchait d'exemple, et il insistait, à l'occasion, pour que la leçon fût comprise.
(( Il est vrai, écrivait-il au frère Ambroise, j'ai bien des
(1) Lettre inédite, du 4 mars 1839. — Archives des Frères.