‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 36 sur 260 · ATTITUDE DU PRÊTRE INJUSTEMENT FRAPPE · texte numérisé non relu

ATTITUDE DU PRÊTRE INJUSTEMENT FRAPPE

peines; mais le bon Dieu me l'ait la grâce de les supporter sans murmure et sans trouble Jésus-Christ, notre Seigneur et notre modèle, depuis l'heure de sa naissance jusqu'à sa mort, sur la croix, n'a jamais été sans douleur; pour partager sa gloire, il faut que nous partagions ses souffrances. « Mon fils, nous dit-il dans U Imitation, que les «travaux que vous avez entrepris pour moi ne brisent pas a votre courage, et que les afflictions ne vous abattent pas ; « mais qu'en tout ce qui vous arrive, ma promesse vous con- «sole et vous fortifie. Je suis assez puissant pour vous ré- « compenser au delà de toute borne et de toute mesure... u Attendez un peu, et vous verrez bientôt la fin de vos maux ; ('la vie éternelle est digne de tous ces combats et de plus «grands encore (i). »

Une pareille attitude finit par faire impression sur Févêque de Saint-Brieuc. Comprenant qu'il s'était engagé dans une fausse voie, mais trop entêté pour reculer, il laissait entendre qu'il serait sensible à un témoignage de déférence donné par M. de la Mennais.

Le frère Laurent, de Quintin, ayant appris qu'il devenait plus traitable, en.écrivit, tout joyeux, à son supérieur. « Mon cher Frère, répondit l'abbé Jean, une dame vous a dit avoir entendu de la bouche d'un prêtre que Mgr Févêque de Saint-Brieuc n'attendait de ma part qu'une « petite soumission » pour lever la suspense qui pèse sur moi.

«Ah! si Monseigryeur voulait, il n'attendrait pas longtemps, je ne dis pas une « petite soumission » de ma part, mais la soumission la plus cordiale. Quoique j'aie été et dû être profondément et bien douloureusement blessé des mesures qu'il a prises, il ne s'est pas échappé de ma bouche une parole amère^ ni contre lui, ni contre qui que ce soit; j'ai été calme, résigné, et j'ai fait mon profit pour Fétcriité d*^ ce qui m'affligeait, désirant toutefois que .^ett^ épreuve, 4 li m'était si utile dans l'ordre du saL.1, fût abrégée, autant que possible, caria Religion en souffre,

(1; Lettre inédi'.e. — Archives des Frères.

i22 JEAK-MARIE DE LA MENNAIS

et tous les gens de bien en gémissent. Dans cette afTrensfr affaire de Dinan, on m'a supposé des intentions tout à fait opposées à celles que j'avais, et, s'il y a lieu, je pourrai prouver, par pièces atithentiques, que j'ai constamment défendu ce qu'on m'accusait de vouloir détruire (i). » ■

C'est un simple laïque qui allait obtenir du prélat le mot décisif.

M. de la Mennais comptait parmi ses amis un ancien membre de l'école de la Ghesnaie, M. Achille du Glésieux. Poète aimable, auteur de stances fort appréciées de Maurice de Guérin, et, ce qui vaut mieux, homme de foi et d'action charitable,, il venait d'établir, avec Les conseils de Fabbé Jean, un orphelinat agricole dans son manoir de Saint-Ilan, situé au bord de la baie d'Yfliniac. Depuis longtemps , il souffrait de la rigueur exercée contre un prêtre dont il avait pu apprécier rëmiriente vertu, et il se demandait comment fléchir révoque, chez lequel il était reçu avec des marques de considération et d'estime.

Un matin, avant l'aube, dans sa chambre de Saint-Ilan, il se réveille brusquement, avec cette idée, qui l'assiège comme celle d'un devoir à accomplir sur l'heure : « Il faut que je réconcilie Mgr de la Romagère avec M. de la Mennais. »

Il appelle M™^ du Glésieux, lui fait part de la vive impression qu'il ressent, et lui déclare qu'il y voit une inspiration de Dieu.

Il se lève, fait atteler son cabriolet, et part pour révêché de Saint -Brieuc, distant d'environ une lieue et demie. Arrivé au palais, il apprend que Monseigneur n'est pas encore descendu de ses appartements, et qu'il dira Ta sainte messe à l'heure habituelle. Le visiteur se fait conduire à ?a chapelle, et se met à prier avec ferveur pour le succès de sa démarche. Au bout d'une demi-heure, le prélat

(1; Cf. Ropartz, p. 409.

Page 1